‹ L'église selon l'EvangileChapitre 7 sur 30 · QUESTION DES JEUNES NATIONAUX · texte numérisé non relu

QUESTION DES JEUNES NATIONAUX

Gomme rien, aujourd'hui encore, n'est moins connu que la vraie nature de l'Eglise, il est naturel qu'on ne connaisse guère non plus, les vrais rapports de l'Eglise et de 1 Etat Ignorés au sein des Eglises nationales, ils le sont môme au sein des Eglises indépendantes. On y entrevoit le principe de l'incompétence du gouvernement civil en matière spirituelle; on est loin de l'appliquer fermement, et d'en tirer toutes les conséquences.

Combien de chrétiens soutiendront aujourd'hui la sainte thèse de la profession individuelle, et raisonneront demain en se plaçant dans 1 hypothèse d'une foi générale, d'une nation croyante, d'une nation qui prie, qui jeûne, qui rend son culte à Dieu! Combien de chrétiens s'indigneront à l'idée que l'Etat s'attribue la décision des questions religieuses, et trouveront fort simple que l'Etat adresse aux Eglises l'invitation la plus religieuse de toutes, celle qui exige le plus de foi vivante, celle qui implique le plus de formalisme et d'hypocrisie, si elle ne naît pas d'un senti-

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ment profondément sérieux : l'invitation de jeûner et de s'humilier !

Jeûner et s'humilier! Oui, à un jour donné, toujours le même, tel gouvernement viendra parler de péché, de repentir, de retour à Dieu ; c'est une tâche comme une autre, comme les levées de la milice ou le recouvrement de l'impôt ; on s'y est obligé en acceptant son emploi, et, bon gré mnl gré, fût-on voltairien ou panthéiste, on s'acquitte d'une tâche prévue, on épuise son répertoire de termes bibliques et de contrition officielle. Puis, à quelques semaines de là, le moment vient où un peuple entier, — ô profanation ! — un peuple inconverti en grande partie, s'associe aux formes les plus sacrées de la repentance évangélique. N'est-il pas convenu que, pendant ces vingt quatre heures, on courbera la tête à la pensée des péchés qui doivent recommencer le lendemain !

Nous n'examinerons même pas ici de quelle manière se pratiquent ces prétendus jeûnes ; nous nous refusons la triste satisfaction d'égayer, par des détails bien connus d'ailleurs, un sujet qui ne doit certes pas exciter notre rire ! Cela n'est pas comique, cela est profondément affligeant.

Et cependant, il y a des gens que cela ravit. Un gouvernement qui est forcé de parler de Christ; une nation qui rend hommage, une fois l'an, aux grandes vérités habituellement méconnues, n'est-ce pas un beau spectacle, un spectacle plein de grandeur et d'édification ?

C'est un beau spectacle comme celui des quatre communions, où les plus incrédules viennent manger et boire leur condamnation ; comme celui des admissions générales de catéchumènes, où une génération entière de jeunes garçons et de jeunes filles s'avance en longues files, au milieu des larmes d'une commune, laquelle s'assure qu'il n'en manque pas un seul, et que tous ont bien éprouvé, à l'époque fixée, le besoin de se donner à Jésus-Christ ! C'est un beau spectacle comme celui des princesses, adoptant par leur mariage le culte de leur nouveau pays ; comme celui des magistrats et des gentilshommes du dernier siècle, y compris Voltaire, faisant leurs pâques et donnant le bon exemple au peuple; comme celui de Louis XIV, suspendant

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ses adultères afin de pouvoir remplir son office de roi, en célébrant, à la tête de ses sujets, la cérémonie la plus auguste de la religion du pays ! C'est un beau spectacle, comme tout ce qui se rattache de près ou de loin à la théorie païenne des croyances nationales.

Une seule fois, depuis que le monde existe, la croyance a dû affecter dans ses manifestations la forme d'une nationalité. Un peuple dont Dieu était le législateur et le roi, avait mission de transporter cette même qualité de peuple dans le culte rendu à l'Eternel : le culte national existait légitimement chez les Juifs. Le gouvernement des Juifs avait le droit de les inviter au jeûne, et le devoir des prophètes consistait à les défendre contre les illusions de ces repentances collectives, à rétablir les droits de la foi personnelle, au sein même de la théocratie.

Mais, dès l instant où l'Eglise a été fondée, cet état de choses a disparu. Il y avait eu un peuple de Dieu ; il n'y a pas eu, légitimement, de peuples évangéliques : il ny a eu ni Eglise du pays, ni Etat chrétien, ni gouvernement autorisé à convier au jeûne ou à la prière, ni un acte quelconque d'un culte national quelconque.

Ici on nous arrête ; on s'indigne du rôle humiliant que nous réservons à 1 Etat ; on nous rappelle les promesses nombreuses que la Bible adresse « aux nations; » on nous accuse d'exagérer l'individualisme et de nier les bénédictions sociales qui procèdent du Sauveur.

La réponse est aisée :

En quoi le rôle de l'Etat est-il humiliant, puisqu'il se renferme dans sa compétence? L'Etat se plaint de ce qu'on lui ôte les âmes en ne lui laissant que les corps ! mais faut-il donc absolument que l'Etat gouverne l'Eglise et dirige les âmes, pour enfermer dans son domaine ce qu'il y a de plus important ici-bas? Si la question est posée de la sorte, si l'Etat doit s'emparer de tout ce qui est considérable, il ne s'arrêtera pas à identifier l'Eglise et la nation, il gouvernera l'Eglise, il réglera la doctrine, il disposera de son enseignement.Tant qu'il existera quelque part un vestige d'action spirituelle indépendante de sa direction, l'Etat pourra dire qu'on lui laisse les corps et qu'on lui dérobe les âmes.

Cela peut mener très -loin, on le voit, et cela a mené très-

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loin en effet. — Or, pêns^-t-on que l'Etat se soit agrandi en usurpant ainsi? Pense-t-on qu'en dénaturant 1 Eglise, il ait augmenté son propre rôle? Non. Eglise, Etat, tout s'est abaissé en même temps. Chacun aurait été fort influent, respecté dans son domaine; chacun est devenu misérable et méprisable, depuis que les domaines ont été confondus. L'Etat avait envahi le spirituel ; 1 EglLe a envahi le temporel. Des luttes terribles, scandaleuses, ont troublé la paix du monde, ébranlé les restes d'une foi chaque jour plus corrompue. Après avoir semblé être partout, la relgion a fini par n'être plus nulle part.

Le secret de la puissance, c'est sa légitimité. Le seul Etat qui influe sur les âmes, est celui qui ne prétend pas s'en mêler. Le seul Etat qui élève son rôle, est celui qui en accepte les limites et qui les maintient. — Oui, il est beau, ce rôle d'un Etat qui se tient dans sa sphère, d'un gouvernement qui se contente de gouverner. Gouverner, c'est quelque chose ; maintenir la sécurité de tous, faire respecter les droits de tous, procurer aux intérêts spirituels comme aux temporels les garanties législatives et judiciaires, assurer les libertés, même gênantes, écarter résolument les diverses formes du despotisme, ce n'est pas une mission à dédaigner. L'Elat qui s'en acquitte loyalement, peut se dire qu'il contribue plus à l'avancement de l'Evangile, que s'il prenait en main les intérêts d une Eglise ou s'il essayait d'imposer des formulaires. En agissant ainsi, il fait une œuvre très-élevée et très-spirituelle, une œuvre bénie de Dieu, une œuvre de sainte propagande : et cette œuvre est bonne, elle est efficace, précisément parce que c'est bien la sienne. A chacun son métier ici-bas.

Après s'être apitoyé sur les humiliations de l'Etat, on s'apitoie sur le décaissement religieux auquel nous condamnons les nations. Les nations ne sont-elles pas l'objet de promesses magnifiques, et sans aller plus loin, n'a-t-il pas été dit : « Toutes les nations de la terre seront bénies en ta semence? » Gomment veut-on dépouiller les nations de ce qui leur a été annoncé? Si les nations sont bénies, comment ose-t-on soutenir qu'elles ne peuvent pas agir nationalement vis-à-vis du Seigneur, prier nationalement, inviter nationalement au repentir, jeûner nationalement? N'est-il

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pas évident que dénier la piété collective d'un peuple, c'est rompre le plus solide des liens qui le tiennent uni, c'est dessécher la plus abondante des sources qui lui apportent la vie spirituelle ?

Tous ces lieux communs du nationalisme religieux, bien connus de nos lecteurs, puisqu'on trouve, même dans les Eglises protestantes, des hommes intelligents qui les accueillent en partie, tous ces lieux communs sont fondés sur une pétition de principe. On suppose que les bénédictions destinées aux nations, ne peuvent pas passer par le canal des individus !

Or, elles doivent passer par là. Pour qu'une nation soit bénie, pour que l'Evangile s'y répande, pour qu'un grand nombre d'âmes y soient converties, pour que les masses inconverties y subissent elles-mêmes, autant que possible, l'influence de la vérité révélée, il importe que la distinction apostolique soit maintenue entre l'Eglise et le monde, entre la société des croyants et la société des citoyens. Dès que l'ensemble des citoyens apparaît et agit en qualité de croyant, l'idée de foi est radicalement faussée, les illusions naissent à lenvi, la nécessité delà conversion individiduelle s'efface, la nature de cette conversion reste inconnue. Membre d'un Etat chrétien, je suis toujours tenté de me dire que ma position à l'égard du Christ et de son Eglise, n'est pas celle d'un pauvre païen.

Et c'est ainsi que les bénédictions destinées aux nations sont repoussées, par cela seul qu'on veut leur donner, malgré l'exemple des apôtres, une l'orme nationale. — Encore, ne parlons-nous pas ici des nombreuses erreurs dogmatiques que 1 intervention de l'Etat, que la domination d'une multitude incrélule entraîne nécessairement. Nous aimons mieux rester en deçà de notre thèse, que de paraître l'exagérer.

Les choses se passent autrement, lorsque les manifestations d'une croyance soi-disant nationale, se trouvent absolument supprimées ! Alors, tout est vrai, tout e^t simple; il n'y a de mensonge et d'hypocrisie d'aucune sorte. Alors, les bénédictions destinées à la nation lui arrivent directement. Les magistrats impies ne seront pas entraînés à faire parade de piété; mais les magistrats pieux donneront, à titre individuel, l'exemple d'une foi vivante et courageuse. Les mul-

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tîttïdes ne se croiront pas chrétiennes; mais les chrétiens adresseront aux multitudes, des paroles qui auront toute leur gravité. On ne récitera plus de prières officielles; mais la prière aura son vrai caractère aux yeux des hommes, et sa puissance vis-à-vis de Dieu. Il n'y aura plus de jeûnes généraux et périodiques; mais les fidè'es jeûneront, et leur humiliation spontanée ne sera pas une vaine forme, un péché, une offense à lEta rnel : ils chasseront du pays ces démons « qui ne sortent qu-e par le jeûne et par la prière. »

Ceci est un idéal, nous le savons bien. L'entière séparation de l'Église et de l'État n'est encore réalisée nulle part. Sans parler de la Prusse, où Ton se flatte de l'avoir amenée, tout en assurant de larges dotations aux Eglises et en conservant un ministère des cultes, il est malheureusement certain que les Etats-Unis eux-mêmes, ont maintenu certains usages qui supposent la profession du christianisme par le peuple entier. Obligation légale d observer le repos du dimanche ; proclamations év'angéliques adressées à la confédération par le président ; prières prononcées à 1 ouverture des séances par laumônier du congrès : autant d'actes collectifs, qui deviendraient excellents s'ils éta:ent inspirés par la foi personnelle de ceux qui les accomplissent, et qui sont abominables, du moment où ils imposent un mensonge à quelques-uns d'entre eux. — Aucun mensonge n'est bon ; « aucun mensonge n'est de la vérité. »

Nous voilà ramenés à la question spéciale que nous désirions traiter, et dont la solution fie sera pas difficile à trouver maintenant. A la lueur des principes que nous avons rappelés, nous reconnaîtrons la nature sophistique des arguments qu'on a coutume de faire valoir.

-— « Ne doit-il donc plus y avoir de foi nationale, de prière nationale, de culte national?» —Non. Jusqu'au moment où il y aura une nation croyante, où Jasus-Christ régnera sur la terre, jusqu'à ce moment, la prétendue édification de pareils actes constituera un horrible scandale.

— « Mais il ne s'agit que d'une simple invitation. Pourquoi ne répondrions-nous pas, nous chrétiens, à un appel qui se rapporte à un devoir? Peut-on trop se repentir?

Déplorer nos péchés devient-il une chose mauvaise, parce que l'Etat nous y convie ? Jonas, le prophète, ne mit-il pas à profit l'avertissement du maître d'équipage : « Qu'as-tu, dormeur? lève-toi et crie à ton Dieu? » — - Oui, certes, et quiconque lui eût alors replacé son crime et son engourdissement devant les yeux, eût obtenu le même résultat. La conscience de Jonas se fût réveillée à la voix d'un matelot, comme à celle du capitaine. Aussi qu'un homme, quel qu'il soit, agissant à titre individuel, nous engage à prier et à nous repentir, nous tâcherons de mettre ses paroles à profit, qu elles viennent d'un simple citoyen, ou d un prince, ou d'un magistrat. Mais que l'Etat, en sa qualité d Etat, nous adresse le même langage, aussitôt nous sentons le devoir de repousser une usurpation funeste aux âmes et contraire à la Parole de Dieu. Si l'Etat peut nous inviter à jeûner, il peut nous inviter à prier, car la prière n'est pas moins bonne que le jeûne ; il peut fixer nos jours et nos heures de culte, car il est bon de rendre culte à Dieu ; il peut interpréter la Bible dans ses proclamations*, car interpréter la Bible est chose excellente ; il peut faire monter ses agents dans nos chaires, car prêcher Christ est un grand moyen d'édification. La limite de ces sphères une fois franchie, on ne sait pas où s'arrêtera la confusion.

— «N'importe, il était édifiant de voir ces grands rendezvous : tout un peuple au pied du trône de Dieu ! Quelle lacune dans la vie spirituelle, quand la contrition générale n'aura plus l'occasion de se manifester ! » — Elle se manifestera, aussi générale qu'elle doit l'être, c'est-à-dire aussi générale quelle l'est réellement. Elle se manifestera, non à un jour fixe et constamment le même, mais quand surviendra quelqu'une de ces angoisses, de ces calamités ou de ces délivrances, qui signalent l'existence des nations. En de telles circonstances, les rendez-vous seront donnés. Si le gouvernement doit y demeurer étranger, rien n'empêche que les individus n'y contribuent de leur personne, dans la mesure de leur piété. L'exemple n'en sera pas moins efficace, pour n'avoir pas un caractère officiel. Des chrétiens jeûneront: des chrétiens inviteront au jeûne; des Eglises proposeront un jour de jeûne à d'autres Eglises; Vappel partira d'où il doit partir et arrivera où il doit arri-

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ver. Tout ce qui sait prier priera ; tout ce qui connaît et sent son péché le déplorera. Et l'effet produit sur les masses sera d autant plus puissant, qu'on n'aura tranquillisé aucun homme en lui donnant 1 illusion de sentiments auxquels il est encore étranger. Et ainsi se répandront « sur la nation» les bénédictions promises aux nations.

Nous laissons au lecteur,le soin d appliquera d'autres questions le grand principe de l'incompétence spirituelle de l'Etat.

La prescription légale du repos aux jours de fête et aux dimanches, les prières solennelles à l'ouverture des sessions législatives ou à l'installation d'un gouvernement, la bénédiction solennellement appelée sur les nouvelles entreprises, rentrent, à des titres divers et avec un mélange plus ou moins grand de superstitions accessoires, dans la théorie que nous combattons. Ceux qui veulent les invitations au jeûne, seraient embarrassés de rejeter le reste. La théorie de la compétence spirituelle de l'Etat est tout d'une pièce. 11 y a ou il il n'y a pas des nations chrétiennes, il y a ou il n'y a pas des cultes nationaux ; 1 Ecriture s'est trompée ou ne s'est pas trompée en établissant une distinction, et même une opposition, entre le monde et l'Eglise. Nous aurons beau élargir autant que possible les portes de 1Eglise — et personne ne les fait plus larges que nous, car nous obéissons à la Bible, qui n'est pas étroite — nous ne parviendrons jamais à identifier les citoyens et les membres de l'Eglise; nous ne ferons pas cesser le mensonge, et par conséquent le péril, que renferme une" invitation où chaque citoyen est considéré comme chrétien : comme chrétien de naissance, comme chrétien de plein droit.

Nous ne nous croyons pas plus insensible que d'autres aux émotions de certaines cérémonies. Nous savons ce qu'il y a de beau, dans un sens, à voir une armée agenouillée, qui prie tout entière avant de marcher à l'ennemi. Et cependant, nous résistons à nos propres sympathies, pour n'approuver que ce qu'approuve la Parole de Dieu. Or, depuis que l'Eglise est née, depuis qu'elle a remplacé la théocratie juive, nous ne pouvons voir ni peuples chrétiens, ni Etats chrétiens, ni armées chrétiennes ; nous voyons des Eglises et des chrétiens. Entre la première et la seconde venue du Christ, la forme nationale de la religion n'existe pas.

Qu'il y ait donc des hommes qui prient sur le champ de bataille ; qu'il y ait des soldats, des olïiciers, des généraux à genoux ; nous le voulons bien, à moins que chacun n'ait préféré s'adresser à Dieu en particulier. Qu il y ait des paroles, des invitations personnelles, des exemples de piété propres à toucher les plus endurcis ; qu il y ait des prédications et des cultes auxquels soient conviés tous ceux qui veulent y assister, nous le désirons sincèrement. Qu'un mouvement spontané porte une armée entière à se prosterner au moment de combattre, nous sommes prêt à le comprendre et à l'admirer; mais que l'armée ait son aumônier, que l'armée ait son culte, que l'armée prie et s'imagine posséder la foi chrétiennes qualité d'armée, voilà qui nous épouvante. C'est déjà beaucoup trop, qu'en temps ordinaire, on conduise les régiments à la messe ou au sermon, tambours battant et enseignes déployées ; c'est déjà beaucoup trop, qu'on s'efforce d'endormir de pauvres âmes, en leur donnant les illusions d'une croyance universelle, d'un christianisme sans conversion ; ayons au moins pitié d'elles, le jour de la bataille! Voici, dans quelques heures, elles auront comparu par milliers devant le tribunal de Dieu ! ne leur ôtons pas leurs dernières chances de foi personnelle, de vraie repentance ; ne jetons pas le mensonge flagrant de notre prière officielle, entre ces soldats qui vont mourir et le sentiment sérieux qui, pour la première fois peut-être, s'est élevé dans leur cœur : — « Nous ne sommes pas chrétiens ; il faut le devenir ! » voilà ce que crie la conscience de plusieurs d'entre eux. Ne leur crions pas : «Vous êtes tous chrétiens ! »

Nous l'avons dit en commençant, nous le répétons en finissant : ce qui nous manque, c'est de bien saisir la doctrine de 1 Eglise fondée sur la profession de la foi en Christ, c'est-à-dire de la conversion. Sous les rois de Juda, un culte national était légitime, car il exprimait une vérité: un Israélite inconverti n'en était pas moins un Israélite, membre de la nation élue, portant le sceau de la circoncision, uni par un lien extérieur sans doute, mais réel, à ces coreligionnaires qui étaient aussi des compatriotes, à ce Dieu qui était aussi un roi. Maintenant, le recrutement

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héréditaire a cessé, et les hommes de bonne volonté sont convoqués en assemblée de toute langue et de tout pays. C'est donc mentir que de parler d armée chrétienne, de peuple chrétien, et d inviter nationalement la nation à un acte qui n'e?t que scandale, s'il ne part pas d'une contrition véritable ; qui tranquilise fatalement sur le péché, s'il n^. procède pas du sentiment du péché; et qui éloigne du ôduveur,s'il n'est pas dicté par la foi au Sauveur,

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