LA QUESTION D'ÉGLISE
Il se passe aujourd'hui quelque chose d'étrange. Au nom de l'union des chrétiens, on lance l'anathème contre les vérités secondaires ou soi-disant telles. On traite surtout avec le dédain le plus cavalier, les doctrines que Dieu a jugé bon de nous révéler au sujet de l'Eglise. Le langage qu'on emploie est tellement mélangé de vrai et de taux, que plusieurs chrétiens simples, ne sachant comment s'en tirer, sont entraînés à manifester leur esprit fraternel par la singulière voie du latitudinarisme ecclésiastique.
Nous, qui croyons aimer Y union, mais qui tenons aussi à la vérité, nous ne nous sentons pas libres do garder plus longtemps le silenoe. Des explications complètes sont devenues nécessaires, pour rétablir 1 équilibre divin entre les deux termes que l'homme a toujours cherché à ruiner l'un après l'autre et 1 un par 1 autre. L Écriture ne nous
donne pas à choisir entre l'amour et la vérité ; l'Écriture nous appelle à suivre « la vérité dans l'amour. »
C'est ce que nous allons essayer d'établir, par une exposition que nous rendrons péremptoire,pour la rendre moins longue et plus facile à saisir.
Un autre jour nous discuterons, s'il le faut; aujourd'hui nous présenterons de simples thèses, une sorte de catéchisme sur le sujet.
I. Il est très- vrai qu'il y a des vérités fondamentales et des vérités secondaires. On pourrait même dire qu'il n'y a qu'une seule vérité fondamentale, puisqu'il n'y a qu'un seul fondement, Jésus-Christ ; et Ton pourrait ajouter qu'audessous de ce dogme des dogmes, les vérités révélées sont loin d'occuper le même rang et d'avoir la même importance.
— Mais, si un tel classement est légitime, quoique dangereux, il n'est aucunement légitime de refuser l'attention ou l'obéissance la plus absolue à la moindre des doctrines révélées. Toutes sont divines, les secondaires aussi bien que les principales. Nous leur appartenons ; elles ne nous appartiennent pas.
II. Il est très-vrai que quiconque accepte la vérité fondamen aie est chrétien, malgré ses erreurs sur les points secondaires. Un catholique-romain qui croit en Jésus-Christ est notre frère, complètement notre frère, bien qu il reste soumis au pape, qu'il fasse la guerre aux saints, qu'il retire la Bible au peuple, et qu'il se prosterne devant des images taillées. Le rationaliste qui croit en Jésus-Christ — il y en a
— est notre frère, bien qu'il rejette l'autorité de l'Écriture et qu'il mutile le canon sacré. — - Mais, s'il est bon que nous tendions la main à ces rachetés du Sauveur, à ces membres de notre famille éternelle, nous n'avons pas le droit de dire à l'un : « Peu importent votre papauté, vos persécutions, votre défiance de la Bible, vos idolâtries, vos traditions humaines! » et à l'autre : « Peu importent vos opinions impies sur la parole infaillible de Dieu ! »
III. Il est très-vrai que les membres d'une même Eglise et les associés dune même œuvre chrétienne sont appelés à supporter leurs erreurs secondaires. Ils doivent se rappeler la grande parole : « Peîisons de cette manière, cî sien quel*
l'église selon L ÉVANùILE
que chose vous pensez autrement, Dieu vous le révélera aussi ; cependant il faut marcher suivant une même règle, dans les choses auxquelles nous sommes parvenus. » — Mais, s'il y a péché à se séparer de quiconque diffère en quelque chose de nous et à transformer toute divergence en dissidence, il y a péché aussi et péché grave à déserter ou à voiler une seule vérité, quelque secondaire qu'elle paraisse. En restant à côté des frères qui se trompent, le disciple du Seigneur n'accorde jamais que leur erreur soit indifférente, et il l'attaque avec ces ménagements de la charité envers les faibles, qui n'impliquent jamais le moindre abandon de la moindre vérité.
IV. Il est très-vrai que les questions d'organisation ecclésiastique sont des questions secondaires. — Mais la question d'Eglise est profondément distincte des questions d'organisation ecclésiastique. S'il est permis de ne pas mettre les révélations infaillibles et obligatoires relatives aux formes du culte, de la discipline ou du gouvernement des assemblées, au même rang que les dogmes fondamentaux, il en va tout autrement du dogme même de l Eglise. Profession individuelle ou recrutement héréditaire, Eglise distincte du monde ou Eglise identique au monde, ce n'est pas là une question de forme ou d'organisation. Il s'agit d'avoir ou de n'avoir pas l'Eglise visible ; et cette question de l'Eglise est si peu une question secondaire, qu'il est écrit : « l'Église est la colonne et l'appui de la vérité ! » La vérité de l'Église est aussi fondamentale, quant au christianisme collectif, que la vérité du salut par le sang de Christ pour le christianisme personnel, que la vérité de la théopneustie pour la garantie divine de l'un et de l'autre.
V. Il est très-vrai que les Eglises nationales, où tout citoyen est moralement et parfois légalement contraint d'entrer, servent néanmoins de canal et d'instrument à beaucoup de grâces précieuses ; qu'elles prêchent souvent le pur Evangile, qu'elles convertissent, qu il leur arrive d'être la pépinière des Eglises mêmes qui les répudient. — Mais qu'est-ce que cela prouve? Une seule chose : que la connaissance du Sauveur et de la Bible porte des fruits, malgré le milieu où elie se trouve placée; que l'Évangile conserve encore de la puissance, en dépit des obstacles que lui
oppose l'établissement mondain qui en a usurpé l'administration. Le réveil est sorti du sein du rationalisme; dironsnous qu'il en soit le produit? La Réforme est sortie du sein de l'Eglise romaine ; irons-nous en remercier le pape? Sachons de même distinguer, au sein des Eglises de multitude, entre l'institution, qui est mauvaise, puisqu'elle est contraire à la Parole de Dieu, et l'Ecriture que possède cette église, et l'amour de Christ qu'elle annonce, et les frères excellents qu'elle renferme.
VI. Il est très-vrai que l'institution dont il s'agit a occupé pendant bien des siècles la place de l'Eglise, et que pendant ce temps, l'Église a disparu. — Mais le Seigneur n'avait pas promis qu'elle ne disparaîtrait pas; il avait promis qu'elle unirait toujours par reparaître, car « les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » Le principe de l'Église s'est montré dans l'histoire plus fréquemment qu'on ne l imagine, car la persécution enfante la profession, et les chrétiens souffrants pour leur foi, n'ont pas pu ne pas être des professants. En tous cas, 1 Eglise se montre aujourd hui, et ses conquêtes croissantes prouvent que les portes de 1 enfer n'ont pas prévalu. Ceux qui retournent à 1 Eglise ne la créant ni ne la fondent, ils ne font que se rapprocher du Modèle divin, vers lequel notre devoir est de remonter constamment et pour toute chose. Ils ne créent pas plus l'Eglise que Luther n'a créé le dogme ; ils lisent ce qui est écrit, et ils obéissent. Maintenant, on verra combien est solidement assis le dogme soutenu par l'Eglise, après avoir vu, pendant tant de siècles, combien le dogme sans l'Eglise est aisément renversé.
VII. Il est très-vrai qu'un usage presque universel attribue le nom d'Eglise à toute société religieuse qui se réclame de Jésus-Christ. — Mais un usage non moins général attribue le nom de chrétien à quiconque est né en Europe. Qu'un Européen, fût-il disciple avoué de Feurbach, parcoure l'Asie ou l'Afrique, ce sera un chrétien voyageur au milieu des musulmans ou des idolâtres; personne ne le regardera autrement. Cela empêche-t-il que le mot de chrétien n'ait un sens sérieux, un sens biblique, le seul légitime? Ne disons-nous pas « les chrétiens,» en parlant des hommes dont la profession et la vie semblent indiquer une
foi réelle, par opposition aux hommes qui se montrent étrangers à la foi? Le mot Eglise a aussi ses deux modes d'application; l'application courtoise, qui dit: « l'Eglise protestante, l'Eglise catholique, l'Eglise grecque, les Eglises nationales, les Eglises indépendantes, » et qui ajoute, en parlant de leur ensemble : « 1 Eglise ; » l'application scripturaire, qui ne voit des Eglises que là où le caractère fondamental de ces sociétés spéciales existe, et qui ne voit l'Eglise que dans l'ensemble de ces mêmes sociétés.
VIII. Il est très-vrai que la prédication de la Parole et le maintien des institutions fondées par le Sauveur sont un des devoirs de l'Eglise. — Mais il ne faut pas se hâter d'en conclure qu'on soit Eglise, par cela seul qu'on prêche la Parole et qu'on maintient les institutions. L'Eglise se définit par ce qu'elle est, non par ce qu'elle fait. C'est une société qui tient école ; en me prouvant que l'école est tenue, tant bien que mal, vous ne me prouvez pas qu'elle soit tenue par la société. La question de société est tout ici, et d'ordinaire on l'omet.
IX. Il est très-vrai que les membres de l'Eglise invisible, ne se trouveront pas toujours compris tous, dans l'Eglise visible; que l'église locale ne contiendra pas tous les chrétiens de l'endroit; que l'Eglise générale ne comprendra pas tous les chrétiens vivant sur la terre à un moment donné. — Mais si les chrétiens manquent à un devoir quand ils ne se rattachent pas à l'Eglise, il n'est écrit nulle part que l'Eglise perde son caractère quand elle ne renferme pas tous les chrétiens. Les a-t-elle jamais renfermés tous? Même au temps des apôtres, n'y a-t-il pas eu de croyant qui soit mort sans recevoir le baptême et sans entrer dans une église? Quelle est la définition des Eglises locales et de l'Eglise visible qui puisse renfermer tous les chrétiens? L'une exclura ce qu'elle nomme les sectes, l'autre exclura les quakers qui rejettent la cène et le baptême, la troisième n'admettra pas les hommes que des parents baptistes ou des parents incrédules n'ont pas présentés au baptême, qui ont eu le tort de ne se déclarer membres d'aucune Eglise, et qui, cependant, croient au Seigneur Jésus.
X. Il est très vrai que le caractère essentiel de l'Eglise, l'adhésion individuelle, ne sera jamais entièrement à l'abr
des atteintes que lui portent, dans les temps faciles, les habitudes d'imitation- et les souvenirs d'un christianisme héréditaire. — Mais il yaura toujours opposition radicale sur ce point, entre le multiiudinisme qui nous suppose chrétiens el l'Eglise qui part de la supposition inverse; entre le système qui confond la congrégation avec l'Eglise, et celui qui les distingue profondément; entre le système qui repose sur les admissions de catéchumènes, et celui qui repose sur la négation du catéchuménat ; entre le système où la position en dehors de l'Eglise est intenable passé un certain âge, et celui où la position de simple auditeur est consciencieusement acceptée par un grand nombre ; entre le système où il faut avoir du courage pour ne pas se déclarer chrétien, et celui où il faut éprouver le besoin de confesser son Sauveur pour se déclarer chrétien ; entre le système où une puissance presque irrésistible et plus forte que tous les avertissements nous pousse à la profanation de la cène, et celui où tout nous écarte d'une telle profanation, où tout nous invite à rester dans la congrégation, en attendant que nous ayons la foi. D'un côté sera toujours le monde, malgré les efforts les plus sincères pour réaliser TEglise. De l'autre sera l'Eglise, malgré les misères inévitables qui, sans le détruire, souillent son caractère social.
XL II est très-vrai que les Eglises, si elles prétendaient organiser l'Eglise visible et lui donner une représentation œcuménique, retomberaient bien vite dans Terreur grossière d'où est né le catholicisme-romain. — Mais qui parle de conciles généraux? Ce n'est pas nous; ce sont ceux qui, organes du multitudinisme conséquent, se rattachent aux traditions, et placent le Symbole des Apôtres, les trois premiers conciles, les confessions du seizième siècle à côté de la Bible, comme objet de leur foi. Les Eglises sauront être unies, sans créer un gouvernement central que les apôtres n'ont pas institué après eux. A l'exemple des Eglises primitives, elles se connaîtront, elles s'aimeront, elles se concerteront pour certaines œuvres communes ; elles n'inventeront point de synode œcuménique, soyez tranquilles. La Mère-Eglise, au sens romain du mot, ne reparaîtra pas par leur fait. Il leur suffira de restituer au monde le magnifique spectacle de l'union pratique entre les Eglises, des
œuvres entreprises en commun, et par les Églises d'un môme pays, et par les Églises de pays différents. Il leur suffira de montrer leur affection réciproque. L'Eglise visible n'avait pas d'autre manifestation au premier siècle; elle n'en doit pas avoir d'autre au dix-neuvième.
XII. Il est très-vrai que l'on a abusé de la question d'Eglise, et que, par une infirmité bien humiliante pour notre nature, nous sommes souvent entraînés à exagérer l'importance des points contestés, confondant le centre de notre lutte du moment, avec le centre même de la foi. — Mais ce n'est pas une erreur secondaire, que celle qui méprise une déclaration quelconque de l'Ecriture, qui nous entraîne à dire, en nous sachant gré de notre spiritualité et de notre largeur : « Je ne tiendrai pas compte de ce qui est écrit relativement à l'Eglise. Dieu a parlé; je ne lui obéirai pas. J'aurai même soin de ne pas m'informer de ses paroles, de les ignorer, de les oublier. Je secouerai ces vérités importunes, qui nuisent à l'union des chrétiens ! » L'erreur que nous signalons là est tellement grave, que nous pouvons l'appeler mortelle. Une fois en révolte avouée contre un ordre quelconque de l'Ecriture, nous sommes en révolte contre tous. Nous croyons croire aux choses révélées que nous daignons conserver, et nous n'y croyons plus qu'à demi. Le doute, un doute général, a mordu au cœur notre foi. Le principe du triage ne réussit pas mieux aux orthodoxes qu'aux rationalistes; il ne devient pas moins funeste, pour être pratiqué dans l'intérêt prétendu de l'union et contre les seuls dogmes ecclésiastiques. Prenons y garde : c'est la maladie du temps.
XIII. Il est très-vrai qu'il n'y a pas d'Eglise parfait, et que la prétention d'être l'Eglise, est le signe ordinaire secte. — Mais quel nom donnerons-nous à la prétention de ne tenir aucun compte des révélations relatives à l'Eglise? Il faudra bien avouer que c'est de l'incrédulité pure et simpie : incrédulité partielle, qui s'imagine pouvoir repousser une fraction spéciale de l'Ecriture, sans ruiner par la base l'autorité de l'Ecriture entière. Le disciple fidèle du Sei gneur sent les imperfections de son Eglise, il se garde bien de lui réserver à elle seule le titre d'Eglise; toutefois, il n'en est membre que parce qu'il lui reconnaît les caractères
essentiels posés par la Parole de Dieu ; il ne cesse de faire effort pour lui donner une ressemblace plus complète avec le modèle apostolique ; il ne cesse de tendre vers la réalisation parfaite de 1 Eglise visible, telle que la lui montrent les Actes et les épîtres : réellement unie sans gouvernement unique et central, portant les mêmes traits essent'els sans uniformité, distincte du monde sans exclusion disciplinaire de tout élément mondain. En un mot, il croit à. 1 Eglise ; il croit à la révélation de Dieu relative à l'Eglise ; il croit cette révélation obligatoire jusque dans ses moindres détails, et, à plus forte raison, dans ses principes fondamentaux; il sait que l'Eglise visible parfaite n'a jamais existé, n'existera jamais sur la terre avant le retour de Christ, pas plus que le chrétien partait n'a existé ou n'existera. Seulement, pour l'Église comme pour le chrétien, il sait aussi que le devoir strict est de viser à la perfection : de ne jamais se dispenser en rien, de l'obéissance à ce qui est écrit.
XIV. Il est très-vrai que chaque Eglise doit tendre la main aux autres, malgré les diversités légitimes qui les distinguent sur les points que l'Ecriture n'a pas réglés, et même, malgré les erreurs réelles qui les séparent, sur des points que Dieu 'n'a pas abandonnés à notre libre détermination. — Mais aucune Eglise n'a le droit, ni de signaler une erreur des autres Eglises en la déclarant indifférente, ni de reconnaître leur supériorité sur un noint,sans les imiter en cela. Où Dieu a prononcé, l'obéissance et la révolte ne peuvent être également bonnes, le oui et le non ne peuvent se valoir. Ceux qui se montrent si larges soutiennent an fond, à leur insu, que lorsque Dieu parle nous demeurons libre de choisir parmi ses paroles, adoptant ce qui est esssentiel, négligeant ce qui est secondaire, tenant compte des circonstances, examinant s'il ne serait pas plus utile de rejeter certaines portions gênantes de l'Écriture, au moins provisoirement et jusqu'à ce que la fidélité r:oit devenue opportune.
XV, Il est très-vrai que le mot « église visible » n'est pas scripturaire, et que la Bible emploie simplement le mot u église, » soit qu'il s'agisse de l'assemblée locale, soit qu'il s'agisse de la collection des assemblées locales, soit
qu'il s'agisse de l'assemblée des rachetés appartenant à tous les temps et à tous les lieux. — Mais, si le mot « visible » n'est pas scripturaire, la chose lest certainement et l'église de 1 Timoihée III, 15, n'est ni celle de 1 Corinthiens, I, 2, ni celle d Ephésiens, V, 27. Or, une détermination devient nécessaire, toutes les fois qu'on rencontre en face de soi l'opinion qui voudrait réduire à deux, ou même à une seule, les trois acceptions du terme église. Il faut bien alors maintenir avec force la réalité, l'importance, et des Eglises, et de l'Eglise qui paraît aux yeux, de l'Eglise qui impose des devoirs, de l'Eglise mêlée, de l'Eglise organisée, de l'Eglise ayant ses anciens et ses diacres, de 1 Eglise où l'on entre toujours par la profession et souvent par le sacrifice. Il faut bien rappeler alors que, quoique les trois acceptions se rapportent au même sens profond et éternel, quoique l'Eglise définitive, l'Eglise essentielle, l'Eglise par excellence soit celle du ciel, quoique l'Eglise visible ne soit que sa manifestation ou locale ou collective dans son contact temporaire avec les réalités d'un monde corrompu, ce n'en est pas moins elle qui remplit le noble rôle de colonne de la vérité.
XVT. Il est très-vrai qu'en se bornant à l'Eglise invisible, on échappe aux difficultés, car les saints sont toujours les saints, le corps de Christ est toujours le corps de Christ. — Mais de quel droit nie-t-on l'importance capitale de la forme que prend la manifestation — nécessaire ici-bas, personne ne le conteste — de l'Eglise des premiers-nés dont les noms sont écrits dans les cieux? De quel droit semble-t-on soutenir que les Eglises les plus mondaines sont sanctifiées par les saints ; qu'elles sont toutes légitimes, puisqu'il y a toujours des saints quelque part; que les saints eux-mêmes, ne fussent-ils membres apparents d'aucune Eglise, appartiennent, sans le savoir, à l'une de celles qui existent près d'eux, à l'une si ce n'est à toutes? Il ne suffit pas d'échapper aux difficultés, il faut encore se soumettre à la Parole de Dieu. Or, d'après la Parole de Dieu, la manifestation de l'Eglise ici-bas a ses règles positives et son principe fondamental. D'après la Parole de Dieu, l'Eglise qui se montre sur la terre, pour soutenir la vérité, ne consiste pas dans les premières assemblées venues qui se réclament de Christ,
et qui ont des chrétiens dans leur sein ou dans leur voisinage ; elle consiste dans les assemblées qui ont le caractère essentiel de se distinguer du monde, et de se recruter parmi les hommes de bonne volonté. L'Eglise instituée par le Seigneur au milieu de nous n'existe pas plus sans la profession, que l'Eglise céleste n'existe sans la conversion.
XVII. Il est très-vrai qu'une indestructible unité repose au fond des diverses applications apostoliques de ce mot unir que : « église; » que 1 Eglise considérée comme corps de Christ a exactement le même fondement, la même vie, le même chef que l'Eglise considérée comme institution ; il est très vrai que l'institution ne se conçoit pas isolée et en quelque sorte séparée du corps de Christ ; que la notion idéale et la notion empirique sont distinctes sans être le moins du monde contradictoires, et que le nom de l'Eglise mêlée étant celui de l'Eglise sainte — à la manière des chrétiens pécheurs qui sont nommés « les parfaits » — il en résulte que l'Ecriture ne nous montre pas le fait empirique sans nous rappeler aussi le fait idéal. — Mais nous n'établissons aucune antithèse «entre l'Eglise définitive et sa manifestation temporaire ; nous rétablissons au contraire leur accord trop méconnu, quand nous disons : « L'Eglise organisée par le Seigneur sur la terre, et qui est appelée à remplir un rôle si grand et si saint, cesse d'être l'Eglise, quand elle prend le contre-pied de l'Eglise céleste. L'Eglise a dans ce monde ses règles que Dieu a posées, son caractère que Dieu a défini. Ces règles sont obligatoires. Ce caractère est de rigueur. S'il fait place à un caractère diamétralement opposé, le fait visible de l'Eglise disparaît, avec toutes les grâces qui y sont attachées. »
XVIII. Il est très -vrai que le mot d'église dans ses diverses acceptions se rapporte toujours à la même chose, et qu'on a introduit ici des distinctions théologiques qui scindent ce que l'Ecriture ne scinde pas. — Mais, tout en repoussant des procédés de dissection qui transforment le corps vivant en cadavre, tout en évitant de spiritualiser l'acception idéale jusqu'à faire abstraction de l'acception empirique, tout en s'abstenant de matérialiser l'acception empirique jusquàfaire abstraction de l'acception idéale,ilest permis de ne
pas réduire la différence entre les deux Eglises à Une différence de point de vue, et de s'inscrire en faux contrôla théorie commode qui la définit ainsi : « L'Eglise telle que Dieu la voit, et 1 Eglise telle que les hommes la voient. » Rien n'est plus inexact. Au lieu de la différence de point de vue, sachons reconnaître une différence constitutive. La réalisation terrestre de l'Eglise a été organisée avec des éléments terrestres, pour vivre sur la terre, pour y tolérer un mélange, pour y exercer une discipline, pour y montrer une société sui generis : la société des hommes qui font profession d'avoir renoncé au monde afin de confesser Jésus- Christ. Ne dites pas que les membres du corps de Christ, apparaissant les uns après les autres aux yeux des hommes, assurent toujours aux établissements religieux dont ils font partie le titre d'Eglise, et qu'ainsi l'Eglise ne cesse point de frapper les regards, alors même qu'elle revêt la forme diabolique d'une armée levée contre le Sauveur et renfermant quelques saints entraînés par la foule! Ne dites pas que l'établissement papal est l'Eglise, 1 Eglise assassinant les chrétiens pendant des siècles, 1 Eglise brûlant les Bibles, l'Eglises faisant la guerre à l'Eglise ! Ne 'dites pas que le multitudinisme est 1 Eglise, que les nations sont l'Eglise, que le monde est 1 Eglise î Ne dites pas qu'entre 1 Eglise mondaine et l'Eglise distincte du monde, qu'entre 1 Eglise qui tue les saints et l'Eglise des saints, qu'entre l'Eglise qui proscrit la Bible et l'Eglise de la Bible, qu'entre l'Eglise de Satan et l'Eglise de Dieu, il n'y a que la distance du mieux au moins bien, de la réalisation scripturaire à la réalisation moins fidèle ! Il y a la distance du oui au non, de la lumière aux ténèbres. Ce qu'on nous donne pour l'Eglise — hélas ! toutes les histoires parlent ainsi — ce n'est pas l'Eglise, c'est son contraire absolu. Une de nos surprises auprès de Dieu, sera d'avoir pu prostituer à ce point un nom aussi sacré.
XIX. Il est três-vrai que notre langage est encore grossier, quand nous parlons de l'Eglise visible et de l'Eglise invisible, quand nous indiquons l'une comme la manifestation terrestre de l'autre, quand nous semblons faire de la première une dépendance de la seconde. — Mais, si nous avons tort, cédant ain^iaux nécessités de la discussion, de recourir à une expression qui n'est pas scripturaire, pour distinguer ce que les adversaires de l'Eglise cherchent à confondre, sous prétexte qu'un mot toujours le même ne saurait avoir plusieurs applications, il nous est facile de montrer que ce mot unique nous suffit au fond, sans addition d'aucune épithète. L'Eglise, c'est l'assemblée : l'assemblée des croyants. Voilà le sens unique ; nous n'avons pas besoin d'en chercher d'autres. S'agit-il du ciel ? l'assemblée des croyants ne pourra comprendre que les saints et comprendra tous les saints, à commencer par ceux de l'époque qui a précédé Jésus-Christ et la fondation de l'Eglise parmi les hommes. S'agit-il de cette terre? l'assemblée des croyants sera nécessairement la société de ceux qui font profession de suivre le Sauveur, c'est-à-dire la société que les apôtres ont fondée et réglementée à l'effet de se distinguer du monde, de protester contre lui et de travailler à le convertir. S'agit-il d'un lieu déterminé sur la terre ? l'assemblée, des croyants sera la même société constituée dans ce lieue sur la base posée par les apôtres. On voit donc que l'idét est constamment identique ; l'assemblée des croyants, c'-est rassemblée par excellence. Lorsque nous en serons revenus à des idées simples et bibliques sur ce sujet, nous n'aurons plus besoin de nous servir des désignations de visible et
dïnvisible; Y assemblée nous apparaîtra aussi clairement qu'aux premiers chrétiens : assemblée triomphante dans les cieux ; assemblée organisée, mélangée et militante sur la terre ; assemblée locale ; et partout la même assemblée, la même société des saints, le même corps de Christ, la même maison du Dieu vivant. Il en va des chrétiens pris collectivement ou de l'Eglise, comme des chrétiens pris individuellement. A l'égard de chaque chrétien, la discussion peut me forcer à mettre en avant des adjectifs qui repoussent certaines erreurs et certaines prétentions ; je puis être contraint de distinguer momentanément deux chrétiens : celui qui sur la terre, cède parfois au mal ; celui qui làhaut, est affranchi du péché. Cependant il n'y a qu'un chrétien, déjà sanctifié dans la pensée de Dieu — puisque ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés — et, revenant au langage de l'Ecriture, je ne parlerai que de saints et de parfaits.
XX. Il est très-vrai que les opinions sont libres, que notre interprétation de TEcriture au sujet de l'Eglise n sst pas adoptée par l'universalité des hommes pieux. Beaucoup voient le multitudinisme dans le Nouveau Testament, tandis que d'autres, non moins respectables, hésitent et pt»r conséquent s'abstiennent. — Mais nos observations ne s'appliquent pas à ces erreurs ou à ces hésitations consciencieuses. Se tromper ou hésiter ainsi, c'est encore se soumettre à. l'Écriture. Pour ceux qui se trompent ou qui hésitent sérieusement, soit au sujet du dogme, soit au sujet de l'Eglise, nous avons de cordiales sympathies ; bien plus, nous avons de fermes espérances, car, « celui qui cherche, trouve. » Ce qui excite nos craintes, ce que nous dénonçons à haute voix, ce qui nous affaiblit et nous ruine, ce que nous rencontrons sur le terrain du dogme comme sur le terrain de l'Eglise, c'est l'indifférence sceptique et hautaine qui ne se ïrompe pas, qui n'hésite pas, qui ne se donne pas tant de peine avec l'Ecriture, qui se contente de passer à côté. Le langage que nous relevons ici, ce n'est pas celui du nationalisme convaincu ou celui du doute plein de douleur et d angoisses, c'est celui de la lâcheté moitié mystique, moitié utilitaire, qui, voyant certains passages dans i'Eùri 3e contente de les écarter en les déclarant ou contraires à
l'édification et à l'union, ou contraires aux intérêts actuels de l'Evangile. Négation explicite de ce qui est écrit sur l'Eglise, négation implicite de ce qui est écrit sur un sujet quelconque, indépendance du sentiment et du raisonnement humain vis-à-vis de la Parole de Dieu ; voilà ce qu'on trouve à la base des théories qui ont cours aujourd'hui: chaque Église a son rôle ; chacune représente un côtéde la vérité; il est bon qu'il y ait des luthériens, et il est bon qu'il y ait des réformés, et il est bon qu'il y ait des quakers, et il est bon qu'il y ait des anglicans, et il est bon qu'il y ait des darbystes ! nous regretterions qu'il n'y eût pas d'Eglises nationales, et nous regretterions aussi qu'il n'y eût pas d'Eglises indépendantes ! le principe multitudiniste doit avoir son expression, et le principe de la profession personnelle doit avoir aussi la sienne ! — C'est-àdire qu'il n'y a rien de vrai, rien de faux, que l'Ecriture n'oblige personne, que personne ne croit à sa doctrine ; car croire à une doctrine, c'est nier et détester la doctrine opposée. Ah ! que le Seigneur nous donne l amour de la vérité, nous en sommes étrangement dépourvus. Nous n'accepterons jamais, réellement, les vérités particulières, tant que nous n'aurons pas accepté la vérité en elle-même et ses droits absolus sur nous : avant de recevoir les vérités concrètes, il faut avoir soumis son âme à la vérité abstraite, à la vérité quelle qu'elle puisse être, à toute vérité révélée de Dieu.
XXI. Il est très-vrai aussi, pour revenir au point de départ, que l'union des chrétiens est un sujet de la plus haute importance ; que nous sommes loin de la chercher assez, de la pratiquer assez ; qu'elle nous demande de grands progrès dans la largeur véritable, dans l'amour, dans le support ; que les manifestations de l'union sont propres à confondre les adversaires, à renverser beaucoup de traditions haineuses et beaucoup d'exclusivismes purement charnels ; que là est une des œuvres principales de ce siècle, où les vieux formulaires tombent en ruines, en même temps que les vieilles barrières politiques sont réduites en poussière par le choc des locomotives lancées à toute vapeur. — Mais le mouvement vers l'union court un grave danger ; il risque de 8e tromper de route. Si nous allons chercher
l'union où Dieu ne Fa pas imse, nous ne la trouverons pas. Dieu l'a mise dans la vérité, et nous la cherchons dans le dédain de la vérité ! Fait inexplicable, où la contradiction des choses se révèle par la contradiction des termes, l'union et Y Eglise sont aux prises, et nous sommes à la veille, peut-être, de nous unir sur la base impie que voici: « Personne ne prendra au sérieux ni les instructions des apôtres ni leur exemple, en ce qui concerne l'Eglise visible ! » Frères, ce n'est pas en rejetant une portion de l'Ecriture que nous arriverons à. l'union ; c'est en nous soumettant à tout ce qui est écrit. Ainsi, seulement, nous deviendrons très-larges et Irès-étroits ; très- larges envers les personnes et très-étroits envers les erreurs, sachant vivre avec ceux qui diffèrent de nous quant aux points secondaires, et sachant maintenir les vérités secondaires aussi fermement que les principales, car les unes et les autres sont divines. Là sera la vraie union, celle des chrétiens, celle des Eglises, la seule que la Bible ait prévue, la seule que Dieu approuve, la seule qu'il veuille bénir. Par cette voie, nous marcherons vers un idéal un peu plus élevé que celui qu'on s'obstine à nous présenter: idéal où l invisibilité deviendrait le caractère essentiel de l'Eglise, idéal qui n'aurait rien de commun avec les temps apostoliques, idéal qui mettrait à l'unité des chrétiens la condition de l'hostilité des Eglises, idéal qui, pour montrer au monde notre amour fraternel et enlever au catholicisme l'argument de nos divisions, aurait soin de consacrer le fait de notre fractionnement historique et d'en assurer la durée, en calmant nos scrupules, en dirigeant toutes nos pensées vers la seule Eglise mystique !
L'idéal que nous poursuivons, sans regarder — ce n'est pas notre affaire — aux obstacles que peut rencontrer sa réalisation immédiate, c'est simplement celui de l'Eglise apostolique. Notre métier est de viser haut, aussi haut que Dieu l'ordonne. Nous n avons pas le droit de nous créer des modèles intermédiaires, sous prétexte que nous ne saurions atteindre sur le-champ au modèle délinitif. Les quasivérités, les vérités de transition sont des mensonges. Les hommesqui nous poussent vers l'union aux dépens del Eglise se trompent, comme ceux qui, en matière dogmatique, crai-
gnent de trop entreprendre et sacrifient une vé ré pour en faire mieux accepter une autre. Pas tant de politique chrétienne i Allons droit au but, c'est-à-dire à l'accomplissement de tout ce qui est écrit. Pour ce qui concerne l'union des frères et l'Eglise, aspirons nettement à n'avoir plus aucune de ces Eglises fondées sur la tradition, isolées à cause de la tradition: Eglises d'hommes et portant des noms d'hommes, Eglises de Luther, de Calvin ou de Wesley, « de Paul, d'Apollos ou de Géphas. » Sachons espérer un temps où l'autorité de Dieu . étant tout, l'autorité des fondateurs d'Eglises ne sera rien ; où devant l'Ecriture théopneustique, les livres symboliques achèveront de s'effacer. Ne nous accoutumons jamais au mal présent comme à un état normal et définitif. Alors, quand nous désirerons autre chose que l'union purement individuelle d'un certain nombre de frères, dérobée en quelque sorte au travers de nos divisions désormais inditférentes ou sanctifiées ; alors, nous ferons des pas en avant. Nous ne viendrons pas à bout de toutes les dénominations, de toutes les sectes ; la liste d*s Eglises traditionnelles restera toujours longue ; il y aura peut-être encore longtemps des luthériens, des calvinistes, des presbytériens, des baptistes, des anglicans, des congrégationalistes, des wesleyens et des quakers ; cependant, il y aura aussi un nombre croissant d'Eglises qui, se plaçant sous la seule autorité de l Ecriture, se sentant unies entre elles, unies avec celles des Eglises traditionnelles qui sont des Eglises de professants, entretiendront dans leurs diversités secondaires et dans leur indépendance locale les douces relations de fraternité, d'appui mutuel et de concours pour les bonnes œuvres qui caractérisaient les Eglises apostoliques. L'Eglise visible était cela au temps des apôtres ; elle doit être cela aujourd'hui. L'union des frères ne se séparait pas de l'union des Eglises au temps des apôtres ; elle ne doit pas s'en séparer aujourd hui. Tâchons de ne pas nous faire plus sages que Dieu ; acceptons le but tel que Dieu le donne, employons les moyens tels que Dieu les a prescrits. Plus nous serons fidèles dans la réalisation de cette union des frères, qui a pour forme les Eglises, 1 union des Eglises, l'Eglise visible en un mot, plus nous nous sentirons libres de manifester avec éclat notre affection envers
tous les chrétiens qui, retenus encore au sein d'institutions que le siècle apostolique n'avait pas connues, demeurent attachés aux sectes, aux établissements nationaux, et n'appartiennent pas à l Eglise visible, quoiqu'ils appartiennent à Jésus-Christ.
UNE APOLOGIE DEfi EGLISES DE MULTITUDE.
Voici enîin une théorie ferme et conséquente, à l'usage du multitudinisme. En publiant le travail de M. Bastide, YEspérance a donné un bon exemple et provoqué un débat sérieux dans lequel nous nous faisons un devoir d'entrer. Trop souvent la discussion de la question d'Eglise nous a été comme impossible, parce que nous ne trouvions devant nous que des déclamations sentimentales, ou des sophismes, ou des doctrines de circonstance, ou des systèmes imaginés à l'appui des situations, ou des arguments d'utilité places en première ligne ; c'était le scepticisme qui prenait la parole, ce n'était pas la foi ; on contestait bien moins notre principe qu'on ne contestait en elle-même l'autorité des principes ; on attaquait bien moins l Eglise de profession individuelle, qu'on ne proclamait en matière ecclésiastique le droit général de faire tout ce qui plaît, tout ce qui sert,
: sans tenir compte de l'Ecriture et du modèle apostolique. — Aujourd'hui, chose nouvelle et précieuse, nous nous trouvons en présence d'une conviction. M. Bastide croit à l'Eglise
* de multitude ; il la voit dans le Nouveau Testament, et il
n'y voit qu'elle ; il ne l'accepte pas comme un pis-aller, il ne la conserve pas en attendant mieux, il n admet pas qu'on puisse avoir ici des Eglises de multitude et là des Eglises de professants, il ne pense pas que ces diversités fondamentales soient légitimes ou excellentes ; non, en homme grave et convaincu, il déclare que le contraire du bien est le mal, que le contraire du vrai est le faux, que le contraire de 1 Eglise n'est pas 1 Eglise.
Tel est le point sur lequel nous sommes pleinement d'accord. Ce point a sa valeur : on ne rencontre pas tous les jours des chrétiens ayant une croyance ecclésiastique. Fûtelle fausse, cette croyance n'en est pas moins une croyance: quelque chose qui donne prise à 1 adversaire, et qui en soi, mérite le respect. Les hommes qui se trompent fortement nous consolent un peu de ceux qui ont raison par indifférence ou par légèreté, de ceux plus nombreux encore qui pensent que personne n'a tort ni raison, qu'il faut s'embrasser et se taire, que ira questions ont assez duré, et qu'en fait d'Eglise, le grand principe est de n'en point avoir.
M. Bastide a un second mérite : il souligne la distinction qui existe entre la question d'Eglise d'une part, la question de dogme et de discipline de l autre 11 montre que, cette
1« Il va sans dire d'ailleurs que M. Bastide conteste l'infidélité dogmatique du protestantisme national en France. Ceci est une question tout à fait distincte, qu'il faut maintenir distincte, et que nous n'entendons pas traiter aujourd'hui. — Orthodoxes ou non. les Églises dont on parle sont multitudinistes, et cela nous suftît. Ou prétend qu'elles sont de vraies Églises selon la définition de Calvin, de Julius Mûller ou de Schleiermacher ; par malheur, elles ne le sont pas selon la définition des apôtres, puisqu'elles suppriment le principe même de l'Église : l'admission individuelle de.-, membres, faisant profession d'être convertis.
Nous nous contenterons donc d'exprimer ici la profonde surprise que noiis font toujours éprouver ceux qui affirment sérieusement qu'une Égiise conserve la vérité dogmatique, lorsqu'elle souffie qu'on l'attaque dans ses chaires, et lorsqu'elle refuse par un vote formel de mettre un terme à ce prodigieux scandale. Les arguments n'ont pas beau jeu contre les faits; la fidélité du passé et celle de l'avenir ne démontrent pas celle du présent. — Tantôt on nous invite à regarder en arrière : l'Église nationale a
seconde question fût-elle résolue, l'orthodoxie et l'action disciplinaire fussent-elles assurées quelque part, le problème n'en subsisterait pas moins en entier : Qu'est-ce que l Eylise? Est-ce tout le monde? Est ce seulement la société de ceux qui font profession d être convertis ?
Personne n'a posé ce problème en termes plus fermes et plus nets. Gomme il croit parfaitement ce qu il dit, M. Bastide ne se suit pas tenté de 1 exprimer faiblement. Sa thèse n'a rien d'ambigu. — L'Eglise est destinée à « eng'ober » les nations ; elle doit les envelopper d'un réseau d institutions religieuses ; c'est ainsi qu'elle fait leur éducation et qu elle lès christianise. Le catholicisme du moyen âge, le catholicisme de Grégoire VII, a été le type, grossier sans doute, mais le type cependant, de ce que 1 Eglise est appelée à être ; jamais mieux qu'alors, en etfet, la société civile n a été placée sous la main de 1 institution ecclésiastique; à Hart ses doctrines, qui étaient mauvaises, on a vu se réaliser surtout alors la théorie de Julius Mûller, qui représente la société civile et la société religieuse par deux cercles concentriques, et. qui veut que le cercle ecclésiastique s'élargisse jusqu'à ce qu'il égale le cercle politique et se superpose à lui. L'Eglise reçoit des peuples, et travaille à en faire des chrétiens.
<c Ce n'est pas autrement, dit M. Bastide, que je me représente, par exemple, une tribu insoumise d'Afrique venant en masse faire sa soumission. Le gouvernement français n'a garde de la refuser, et n'exige pas, avant de
maintenu la vérité dans ses vieux symboles! tantôt on nous invite à regarder en avant : l'Eglise nationale maintiendra la vérité dès que le rarti rationaliste aura achevé de succomber ! Ce qui qui est certain, n'est qu'à l'heure qu'il est, l'Église nationale ne la maintient pas. Or le temps présent a son importance en matière de fidélité.
Dieu réclame une fidélité actuelle, et de plus une fidélité effective. Si ta fidétité d'hier et celle de demain ne peuvent pas tenir lieu de la fidélité d'aujourd'hui, la fidélité des liturgies, voire des coufessions de foi [supposons-la réelle), ne tiendra pris lieu de la fidélité des actes. L'Église qui permet lu'on nie ou qu'on altère en son nom les doctrines essentielles du salut, ne saurait se justifier en disant : Voyez mes liturgies et mes symboles !
l'annexer à l'empire, qu'elle soit française par ses mœurs et ses coutumes ; mais il l'annexe tout d'abord, et puis, par ses administrateurs, par son commerce, par ses réseaux de fer, la France fera arriver chez elle le courant bien aisant de ses idées et de sa civilisation, de manière à se l'assimiler parfaitement. »
Voilà du multitudinisme sincère, et qui ne va pas se cacher derrière l'engagement des catéchumènes, en disant : nous aussi nous avons la profession ! ce n'est pas notre faute si elle est universelle, et si elle se produit régulièrement à un âge convenu ! — M. Bastide dédaigne de telles fictions; il sait que le recrutement héréditaire est un recrutement national ; il sait ce que vaut, à titre d'admission libre, une déclaration de christianisme que chacun trouverait beaucoup plus difficile de refuser que d'accorder ; il sait ce qu'il faut penser d'une foi qui se manifeste chez tous, et chez tous au même moment de la vie, avec une exactitude administrative. Aussi n'essaye-t-il pas de nous faire prendre les Eglises de multitude pour des sociétés volontaires, unies par la croyance profonde dont chaque membre, pour son propre compte, serait venu faire profession ; ce sont de vastes cadres où les masses se trouvent introduites, avant d avoir ou de prétendre avoir ces croyances-là. Avant d'annexer une tribu algérienne, exige-t-on qu'elle soit française par ses mœurs ? Avant d'englober une génération nouvelle dans 1 Eglise, exige-t-on qu'elle ait les mœurs de l'Evangile, qu'elle soit ou se croie convertie? Non, on annexe d abord, on englobe d'abord ; puis viendra l'action lente qui fera ici des Français, là des chrétiens.
Le multitudinisme n'avait jamais posé sa thèse avec plus de précision, avec plus de bonne foi. Essayons de l'examiner, en suivant Tordre excellent qu'établit M. Bastide lui-même: interrogeons d'abord l'Ecriture, ensuite les réformateurs, enfin les arguments d'utilité.
l'échiture
L'Eglise est- elle le monde? La question se pose ici dans toute sa simplicité. — Ne nous indignons pas trop vite en la voyant ainsi formulée. Si l'Église est une école sans être une société, si elle reçoit les masses nationales afin de les façonner, de les christianiser, d'en convertir peut-être une partie, on ne comprend pas pourquoi elle exclurait quelqu'un de son sein ; les plus mauvais ne sont-ils pas ceux qui ont le plus besoin d élie ? Me fermera-t-on les portes de l'hôpital, sous prétexte que je suis trop malade? — Disons-le : pour le multitudinisme conséquent, il n'existe point de distinction réelle entre le monde et l'Eglise ; en principe, le monde entier a sa place marquée dans 1 Eglise ; en fait, le monde entier occupe cette place ; non-seulement l'Eglise peut être le monde, mais elle doit être le monde.
Maintenant, ouvrez votre Bible, et voyez ce qu'il faut penser de l'équation qui égale effectivement 1 Eglise au monde, tout en réservant leur opposition, je le veux, au point de vue de l'idéal! L'Eglise aura un autre but, une autre destination, elle se proposera même de combattre le monde, mais elle lui sera semblable; tous les hommes qui composent le monde seront membres de l'Eglise ; considérée sous un autre aspect, la société civile se trouvera être la société religieuse : considérés au point de vue des intérêts spirituels, les peuples seront les Eglises, les citoyens seront les croyants.
Telle était la théorie du paganisme ; or qu'est-ce que le
paganisme, si ce n'est la religion du cœur naturel? Cette religion-là, toujours a reparu et reparaîtra toujours ; elle durera autant que notre révolte contre Dieu, autant que notre antipathie pour la foi personnelle, pour le don du cœur, pour la conversion. Aussi ne taut-il pas s'étonner si le christianisme s'est fait païen à son tour, s il a eu ses Eglises de multitude, ses Eglises nationales. Dès qu'on l'a pu, on a superposé les deux cercles concentriques de Julius Mûller, et le moyen âge y est si bien parvenu, il a si bien identifié la société politique et la société ecclésiastique, que les défenseurs logiques du multitudinisme lui rendent hommage à cet égard. Hensgtenberg n'a-t-il pas découvert le millénium au moyen âge ! Sans aller certes aussi loin, M. Bastide n'a-t-il pas écrit ceci : « La papauté, qui avait le pressentiment confus des destinées de 1 Eglise, s'elforça d établir une théocratie universelle dans le monde chrétien. Un moine de génie, Hildebrand, couronna cette œuvre. Seulement la papauté se méprit sur la nature et les moyens du règne de 1 Eglise sur le moude. Elle poursuivit igni et gladio, par le fer et le feu, une œuvre qui n'appartient qu'à lesprit. Mais l'Eglise du moyen âge a eu pourtant le sentiment de sa grandeur, et elle a été comme le type grossier de ce que doit être l'Eglise de Christ sur la terre. »
Grossièreté à part, moyens à part, ce type ressemble-t-il à celui des Eglises apostoliques ? La question est si étrange, que j'éprouve quelque embarras à la traiter. Quand on a eu le bonheur de vivre au sein des Eglises de professants, il devient pour ainsi dire impossible de concevoir les arguments scripturaires des Eglises de multitude.
Que les Eglises apostoliques fussent formées par la libre adhésion, personne assurément ne le contestera: — « Mais, dit-on, il fallait bien commencer ainsi. Avant de se recruter par l hérédité, il fallait bien recourir à la foi personnelle ; avant de recueillir la seconde génération, il fallait conquérir la première ; avant d englober les nations, il fallait gagner les individus ! »
On nous accorde donc que l'Eglise a commencé dans noire système, et l'on ajoute qu'elle a dû continuer dans le système de nos adversaires. A l'appui d'un changement
aussi complet, aussi radical, on apportera sans doute quelques preuves ? On nous montrera sans dou'e les apôtres avertissant leurs frères que le temps s'approche ou l'on appartiendra à l'Eglise parle seul tait de sa naissance, où l'Eglise ne sera plus la société des chrétiens, où l'Eglise deviendra une institution destinée à christianiser tous les habitants de chaque pays ? Nous attendons la citation des textes qui auraient annoncé et sanctionné d avance cette inconcevable transformation.
A délaut de textes, nous indiquera-t-on au moins quelques usages, quelques pratiques apostoliques qui fussent plus ou moins propres à remplacer un îour 1 adhésion personnelle par l'hérédité, l'armée des volontaires de Christ par les conscriptions officielles du multitudinisme, THiglise distincte du monde par lEglise identique au monde ? Si les apôtres ont baptisé les petits enfants, s'ils ont ensuite organisé leur introduction régulière dans l'Eglise par une sorte de catéchuménat, s'ils ont ainsi préparé, pour les générations nouvelles, le régime des admissions qui dispensent des adhésions, je -reconnais qn ils ont ouvert la porte au monde et que le multitudinisme peut invoquer leur exemple. Mais ces deux fails, qu il importait d'autant plus de régler avec détail et de constater avec force, qu'il leur appartenait d'opérer la future transformation de l'Eglise, ces deux faits sont invisibles dans les écrits apostoliques. Il n'y a pas là une seule mention expresse, par voie d allusion ou par voie directe, d'un seul baptême de petit enfant ; et quant au catéchuménat, quant à la confirmation du vœu du baptême, on sait s'il est possible d'en trouver une trace quelconque au premier siècle.
Une semblable lacune donne à penser, convenons-en. Supposez un moment l'hérédité religieuse admise par les apôlres, que de choses à organiser en ce cas, soit pour ces innombrables baptêmes d enfants, soit pour les mesures qu'aurait réclamées cette classe particulière de membres de la communauté!
Nous n'avons donc pas le moindre motif de supposer dans la pensée des apôtres la prévision d'une révolution ecclésiastique dont ils n'ont pas dit un mot, et nous persistons à penser que l'Église tbile qu'ils l'ont faite, n'est
pas le contraire exact de l'Église telle qu'elle devait être après eux. Le modèle qu'ils nous ont laissé, nous le tenons pour bon et pour définitif. — Leurs Églises étaient composées de ceux qui déclaraient croire en Jésus-Christ; nos Églises seront composées de ceux qui déclarent croire en Jésus-Christ. Les membres de leurs Eglises étaient en conséquence appelés saints et enfants de Dieu; les membres de nos Églises seront appelés saints et enfants de Dieu. Il y avait une distinction profonde entre leurs Églises et le monde; nous ne nous permettrons pas d'identifier nos Églises et le monde. Le recrutement de leurs Églises s'opérait par le baptême des croyants — ceux qui sont baptisés « à la place des morts. » 1 Cor. XV, 29 — les vides que la mort fait dans nos Églises ne se combleront pas par des levées en masse d'enfants et de caléchumènes.
En vérité, je m'étonne que le mot Église ne suffise pas pour terminer le débat. — Ni le mot ni les choses ne sont connus avant Jésus-Christ. Les païens n'ont que des cultes nationaux. Les Juifs sont un peuple choisi, en qualité de peuple, pour conserver la révélation divine; mais pas plus chez eux que chez les païens la notion d Église n'apparaît. On nous parle souvent de « l'Église juive ! » L'Ancien Testament proteste, d'un bout à l'autre, contre un pareil nonsens. Le recrutement héréditaire de la circoncision a lieu en Palestine, parce qu'il s'agit de recruter une nation et non une Église. Quant à confondre ces deux termes, une telle énormité est assurément fort étrangère aux écrivains bibliques.
Ce fut un grand jour que celui où naquit l'Église, cette société si nouvelle, cette incarnation magnifique du docrme de la conversion, non moins odieuse au vieil esprit païen que la conversion elle-même. Aussi se ligue-t-on contre elle; aussi s'empresse-t-on de la dénaturer, en appliquant à l'Église ce qui n'avait concerné que la nation choisie, en recrutant l'assemblée des croyants comme on avait recruté le peuple d'Israël, en assimilant ce qu il y a de plus opposé au monde : le baptême et la circoncision.
Pour nous, tant qu'on ne nous aura pas prouvé que le principe de l'Église n'a été proclamé par les apôtres que pour céder après eux la place à sa négation absolue, nous
continuerons à lire dans le Nouveau Testament ce qui y est et non ce qui n'y est pas; nous prendrons l'Église telle qu elle se montre dans les Épîtres: société de ceux qui font profession d'appartenir au Sauveur, société qui ne se laisse confondre en rien avec le monde, société dont les membres ont été tirés de tout pays, de toutes langues et de toute nation. Nous connaissons une Eglise dont Christ est le chef et dont on fait partie par la foi en Christ; nous ne connaissons pas une Église dont les ennemis de Christ feraient légitimement partie, et où ils devraient prendre peu à peu « les mœurs » du christianisme.
Ici, vient se placer une objection souvent reproduite par nos honorables contradicteurs. — Nous ne tenons pas compte, disent-ils, de la différence qui sépare le réel et l'idéal ! A les entendre, de même que les chrétiens sont nommés saints, quoiqu'il y ait encore beaucoup de péché en eux, de même l'Eglise nous est représentée par l'Écriture comme société des croyants, quoiqu'il y ait en elle un fort mélange d'incrédules et de mondains.
Qui cionc en doute? 11 serait certes aussi absurde de tendre à réaliser l'Église pure, que de supposer quelque part des chrétiens sans péchés. Oui, Dieu voit dans l'Église ce qui la caractérise : la foi des vrais membres, et c'est ainsi qu'il nous est parlé d'une assemblée « qui n'a ni taches ni rides. » Oui, Dieu voit dans chaque fidèle ce qui le caractérise : le principe de vie qui finira par tout absorber, et c'est ainsi que nous sommes nommés saints et parfaits.
Jusque-là nous restons d'accord. Mais si l'idéal diffère du réel, je n'ai jamais entendu dire qu il lui soit contraire. La liberté n'est pas l'idéal du despotisme, l'ordre n est pas l'idéal du desordre, la libéralité n'est pas l'idéal de l'avarice, le bien n'est pas l'idéal du mal; par conséquent aussi, la profession personnelle n'est pas l'idéal de la profession héréditaire, l'Église n'est pas l'idéal du monde, rassemblée des premiers-nés n'est pas l'idéal du mullitudinisme.
L'erreur fondamentale de M. Bastide consiste précisément à méconnaître le réel. Entre l'Église idéale et le contraire de l'Église, il n'aperçoit rien ; là pourtant se trouve l'Église
réelle. — Ou l'Église pure, ou le multitudinisme! tel est le dilemme auquel M. Bastide semble toujours revenir. Nous ne nous y laisserons pas enfermer ; nous maintiendrons le réel, l'institution mélangée, telle qu elle existait au temps des apôtres ; et c'est ainsi que nous résoudrons, sans peine aucune, toutes les difficultés que M. Bastide nous oppose en parcourant le Nouveau Testament.
1° Les apôtres ont introduit un jour trois mille personnes, un autre jour cinq mille dans l'Église ; donc, ils ont ouvert les portes à deux battants! — Nous prétendons bien les ouvrir à deux battants, nous aussi. Puissent un grand nombre d'âmes être touchées de componction, comme à la Pentecôte ? De quel droit en exclurions-nous une seule?
2° Mais on voit bien que les apôtres n'ont fait subir aucun examen à ces néophytes; le temps aurait manqué pour cela! — J'ajoute que, le temps n'eût-il pas manqué, il n'y aurait pas eu plus d'examen. Le principe des examens ne se conciliera jamais avec celui de la libre adhésion; l'admission ne sera jamais la profession. Partout où l'on s'ingère de juger et d'admettre, on travaille à mondaniser 1 Église, tout en s'imaginant qu'on travaille à la séparer du monde, car l'admission diminue la responsabilité : je me dispense d'examiner ma foi, si je sais que d'autres l'examineront. Et puis, l'admission se lie d'ordinaire aux premières communions, en sorte que le catéchuménat reparaît et avec lui le recrutement héréditaire. Toute Église qui admet, au lieu d'accepter simplement des déclarations spontanées, comme le faisaient les apôtres, finira par entrer à pleines voiles dans les eaux du multitudinisme, ou bien, se jetant dans un autre extrême pour éviter celui-là, elle tournera à l'étroitesse sectaire.
3° Mais la déclaration dont vous vous contentez ne renfermait qu'un article au temps des apôtres: la foi en Jésus- Christ! — Je ne sache pas qu'on prétende, parmi nous, ajouter un autre article à celui-là. Quiconque a pesé ces mots: croire en Jésus-Christ, sait qu'ils contiennent tout. Ceux qui font profession de croire en Jésus-Christ font prolession d être nés de nouveau, d'être passés de la mort
à la vie. Je ne connais pas de différence entre la conversion | et la toi, et je tiens que les gens qui se déclarent convertis entrent de plein droit dans l'Église.
4° Vous avouerez du moins que les Églises apostoliques renfermaient bon nombre d'inconvertis; les épîtres aux Corinthiens et l'Apocalypse sont là pour en témoigner, et la parabole de l'ivraie, celle du filet, montrent que le mélange des croyants et des incrédules rentre dans la pensée même du Seigneur! — L'argument s'est trompé d'adresse ; c'est aux Églises triées qu'il s'applique, et non pas aux Églises de profession individuelle. Vouloir l'Église distincte du monde, ce n'est pas vouloir l'Église pure. Aux anges seuls le soin de séparer un jour les bonnes et les mauvaises choses que renferme le filet. Nous n'avons garde d'entreprendre une œuvre semblable; nous n'arrachons pas 1 ivraie qui croît parmi le bon grain. L'adhésion libre et la discipline n'enlèveront pas du sein de nos Églises, cet alliage impur que contenaient les Églises primitives. Nous ne voulons ni le multitudinisme ni le triage, nous voulons l'Église.
5° Alors vous êtes exposés, comme nous, à communier avec des personnes étrangères à la foi! — Assurément, et la prétention de ne communier qu'avec des saints, ne saurait se produire chez ceux qui tiennent à ne pas s'écarter du modèle apostolique. Où était, au premier siècle, la discipline de communion? Dans quelle épître trouvonsnous l'ordre d'exclure de la cène, de suspendre de la cène, d'entourer la cène de précautions spéciales ? Nos Églises mélangées ont des communions mélangées, et cela doit être.
6° 11 reste certain, en tout cas, que vous n'évangélisez pas les masses, que vous n'obéissez pas au commandement du Maître, qui envoie ses serviteurs aux carrefours! — L'accusation a de quoi nous étonner. Si nous ne sommes pas multitudinistes pour 1 Église, nous l'avons toujours été pour la prédication; ce qui le prouve, c'est la distinction qui sépare chez nous les membres et tes auditeurs. Nonseulement les portes de nos lieux de culte sont ouvertes à tous, mais nous nous efforçons d aller au dehors; les Églises de libre adhésion ne passent pas pour oublier la grande parole: « Va dans les chemins et le long des riaies, et ceux que tu trouveras, contrains-les d'entrer, afin que ma mai-
son soit remplie. » Je ne pense pas que le muUittidinisme se préoccupe autant que 1 Église, d'exercer « le long des haies » cette contrainte évangelique.