Jaffé, n*» 2o38, p
3. « Robustiores pro fide et alacriores in perfidorum rescin- « denda pernicie. » (Braulio, p. 21 ; Migne, t. LXXX, c. 668.) Plus loin : « canes muti non valentes latrare. »
sive vis-à-vis des Juifs ^. Ce canon est une protestation contre les conversions obtenues par la force, protestation purement théorique d'ailleurs, car elle passe condamnation sur le passé, et déclare laisser les choses en l'état, les anciens convertis devant être maintenus de force dans le christianisme, « de peur que le nom du Seigneur ne soit blasphémé. » Ce qui confirme cette hypothèse, c'est que Braulio dans sa réponse fait allusion à un bruit — invraisemblable, dit-il, et auquel nous n'avons pas fait crédit — d'après lequel le pape aurait permis aux Juifs baptisés de retourner « à leur superstition ». On comprend si Honorius parlait de mesures relatives aux Juifs relaps le piquant de cette insinuation. De plus il est question des mesures prises anciennement par l'épiscopat espagnol et des édits du roi Sisenand se rapportant au sujet qui préoccupe le pape. Or précisément le IIP concile de Tolède a légiféré contre les Juifs au canon i4> et nous savons que Sisenand prononça contre eux diverses pénalités. Dans l'absence de la lettre pontificale elle-même, tout ceci reste d'ailleurs assez hypothétique et ne concerne notre sujet que de façon indirecte. Ce qui a plus d'intérêt pour nous, c'est la réponse des Espagnols. Elle est adressée « au très révérend (( Seigneur et pape Honorius auquel la gloire aposto- (( lique mérite tout honneur », par u l'universalité des « évêques établis à travers l'Espagne » . « Vous rem- (( plissez, y lit-on, excellemment et tout à fait comme il
I. Dahn, Die Konige der Germanen, VI, p. 64i-65o ; Beilagen, a, Commentaire de la lettre de Braulio.
(( convient la charge du siège que Dieu vous a confié (( quand dans votre sollicitude vous veillez à la dé- (( fense de toutes ses Eglises et les éclairez des lumières (( éclatantes de la doctrine * . » A cette déclaration de principe, dont nous avons relevé plus haut toute la portée doctrinale, s'ajoutent tout le long de la lettre les titres les plus honorifiques. Honorius est « le plus éminent u des prélats », « Seigneur très bienheureux », « le (( plus vénérable des hommes et le plus saint des Pères, u le chef de notre ministère. » Mais l'estime même où les Pères de Tolède tiennent le siège de Rome les rend d'autant plus sensibles aux critiques d'Honorius, et ils mettent toute leur ardeur à s'en défendre : « Non, on ne saurait les accuser de torpeur ou de (( négligence, ils n'ont fait qu'user de sages tempo- (( risations - ; qu'on ne leur applique pas le texte (( d'Isaïe (et non d'Ezéchiel comme dit la lettre pon- « tificale) : « chiens muets incapables d'aboyer. » « D'ailleurs leurs actes passés et présents dont on vous (( envoie la relation en font foi. De faux rapporu teurs ont pensé que vous leur prêteriez une oreille u favorable, mais à Dieu ne plaise que nous croyions (( que la ruse ■ du serpent ait pu laisser son stigmate (( sur la pierre du siège apostolique ! » Il ne reste
1 , « Domino reverentissimo et apostolicœ glorioe meritis hono- « rando papae Honorio univers! episcopi per Hispaniam constituti. « Oplime satis valdeque congrue cathedrao vestra3 a Deo vobis colu latae munuspersolvitis cum sancta soUicitudine omnium ecclesia- « rum praenitente doctrinae lumine... digna tutamina providetis. » (Migne, P L., t. LXXX, col. 667.)
2. (( Dispensative potuisquam negligenter aut formidolose w vcstra noverit beatitudo peractum. )) (L. c.)
donc qu'à souhaiter que le prince de Rome * démente de plus en plus par sa conduite le bruit, assurément inexact, d'après lequel il aurait permis aux Juifs baptisés de revenir à leur superstition. Puisset-il également combattre les ennemis de la croix avec autant de succès en Orient qu'en Occident. (La crise monothélite était alors à l'état aigu et l'on sait toutes les controverses auxquelles a donné lieu l'attitude d'Honorius dans cette affaire.) Les évêques espagnols auraient pu, conclut Braulio, se défendre beaucoup plus longuement, mais ils pensent en avoir dit assez et s'en remettent à la sagesse de leur correspondant -. Que ce dernier, u le principal et le plus éminent des prélats 3 )), prie pour eux auprès des mémoires des apôtres.
Dans un appendice à la lettre de Braulio, ses collègues, parlant cette fois-ci tout à fait d'eux-mêmes, demandent au pape, chef de leur ministère, de réfléchir à l'opportunité des mesures sévères qu'il prescrit. Ne sont-elles pas contraires et à la manière de faire de nos ancêtres dans la foi et aux divins enseignements du Nouveau Testament ?
Peut-être Honorius, mort le 12 octobre 638, ne reçut-il pas cette lettre écrite en janvier de la même année. En tout cas nous ignorons absolument quelles en furent les suites.
1. Ici il ne pont s'agir que du pape, tout le contexte le prouve, et à cette époque l'autorité des Byzantins à Rome n'était guère que nominale.
2. « Brevitcr quidem sed sufficientcr rcspondemus ut putamus. « Sapienti enira viro pauca suiTiciunt. » (L. c.)