Prœcipue et excellentissime antistitum
ROME ET l'Église wisigothique 25
La promulgation du VP concile œcuménique, tenu à Constantinople en 680 8i, nous prouve le caractère universel qu'avait l'autorité de l'évêque de Rome dès cette époque. Quatre lettres de saint Léon II (682-683) et une de saint Benoît II (684-685) i récisent la procédure de cette promulgation en Espagne. Saint Léon II s'adresse d'abord à tous les évêques espagnols, leur fait part des décisions du concile et leur envoie par Pierre, notaire régionnaire, les actes qu'on en avait pu traduire pour le moment, c'est-àdire l'essentiel, la définition, l'acclamation « qu'on appelle prosphonétique » et l'édit de l'empereur. Il promet de leur adresser le reste des actes quand la traduction sera terminée ; il enjoint de faire connaître les textes envoyés et de recueillir les signatures de tous les évêques, signatures qu'il déposera à la confession de Pierre, lui qui, quoique indigne, tient la place du prince des apôtres ^. Saint Léon II se considère donc comme désigné par sa fonction pour être l'exécuteur des décisions du concile œcuménique et ne paraît pas soupçonner qu'on puisse faire la moindre opposition à l'exercice de cette autorité. Il s'agit visiblement d'une prérogative en état de possession et reconnue de tous sans conteste.
Au roi Ervige, au comte Simplicius et à l'évêque Quiricius, saint Léon II envoie les mêmes actes qu'à l'ensemble des évêques d'Espagne ^. Au roi il recom-
1. «Quilicet impares, vice tamen apostolorum principis fun-^ « gimur. )) (Jaffé, Regesta, no 21 19, p. ado.) Date de la lettre : septembre-décembre 682. (Migne,P. L., t. XGVI, col. 4i3-4i5.)
2. Jaffé, Regesta, n"^ 2120, 2121, 2122 ; Migne, P. L., t. XGVI, col. 4i5-420.
2 4 LA DISCIPLOE DE L EGLISE WISIGOTHIQUE
mande de faire en sorte que les décisions du VP concile œcuménique soient notifiées à tous les prélats qui gouvernent les diocèses, à tous les prêtres, à tous les clercs et à tous les peuples de son royaume S et que tous les évêques les signent.
Le notoire régionnaire Pierre ne dut ]?as remplir sa mission du vivant de saint Léon, car saint Benoît II lui écrivit pour l'exhorter à s'occuper avec beaucoup de zèle et de vigilance à faire signer les définitions conciliaires par les évoques 2.
Dans sa lettre le pape Benoît II demandait à son correspondant d'inviter les évêques espagnols à s'expli-
1. <( Omnibus Dei ccclesiarum prœsulibus, saccrdotibus, cle- « ricis etpopulis praedicenlur. » (Migne, P. L., t. XCVI, col. 4i8- 20.)
2. « Ut subscripliones episcoporumpost synodicam définitioneiii « cum summa sedulitalc atquc vigilantia procurct subjungi. » (Jaffé, Regesta, n» 21 25, p. 2^1 , lettre de l'année 683, après juillet; Migne, P. L., t. XCIII. col. 423).
Dans ces lettres, le pape Honorius est formellement condamné ; immédiatement après Cyrus d Alexandrie, Sergius, Pyrrhus, Paul, Pierre de Gonstantinoplc. saint Léon II nomme Honorius : • qui flammam haeretici dogmalis non ut decuit apostolicam auctoritatem, incipientem exstinxit, sed negligcndo confovit. » (Lettre aux évêques espagnols, Migne. P. L., t. XCVI. col. hik.^ Scandalisé d'une telle déclaration, Baronius a nié l'authenticité du document qui la contient et de tout le groupe de textes relatifs à la promulgation du YI" concile œcuménique en Espagne. [Annales:, ad annum C83, n s i8 à 21.) Déjà Bini cité par Migne avait répondu aux objections de Baronius, et voici comment Doni H. Leclercq les rétorque dans la nouvelle traduction française de VHistoire des conciles, de Héfélé, t. III, 553-555.
Saint Léon rappelle aux évêques espagnols qu'il a envoyé des archevêques au ^I* concile œcuménique. Or, remarque Baronius, ce n'est pas saint Léon II, mais Agalhon qui a envoyé des légats à co concile, et parmi ces légats aucun n'était archevêque. Réponse :
ROME ET l'église WISIGOTHIQUE 25
quer clairement au sujet de la volonté du Christ et des fameux trois chapitres ^ Pour répondre au désir du pape, saint Julien, archevêque de Tolède, confia au notaire régionnaire Pierre, qui s'en retournait à la ville éternelle, avec les actes du VP concile œcuménique signés par tout l'épiscopat espagnol, une apologie de la vraie foi où en son nom et en celui de ses collègues il réfutait les erreurs condamnées à Cons-
saint Léon parle non seulement en son propre nom, mais au nom <lu siège apostolique. Le (( nous » qu'il emploie peut très bien désigner un de ces prédécesseurs. On a d'autres exemples, et dans ce siècle même, d'un tel usage. — Il n'y avait pas d'archevêques parmi les légats proprement dits, mais trois archevêques de l'Illyricum qui dépendait alors de Rome signèrent au concile avec le titre de vicarius ou legatus.
Le XlVe concile de Tolède fait allusion aux actes (^esto) du concile œcuménique qui ont été envoyés en Espagne. Ce fait, prétend Baronius, est en contradiction avec la lettre de saint Léon à l'épiscopat espagnol où il n'est question que d'une partie des actes. A quoi l'on répond facilement que les documents envoyés étant les principaux, on pouvait fort bien les appeler purement et simplement les actes du VI^ concile œcuménique,
La lettre au roi Ervigc mentionne une lettre de l'empereur au pape Agathon, datée de la IXe indiction, au sujet de la convocation du concile. C'est une erreur manifeste, s'écrie Baronius, car la lettre en question fut adressée au pape Donus et elle est de la VI® indiction. Pvéponsc : un copiste a pu facilement confondre VI et IX. Quant au destinataire c'est bien Donus, mais Agathon, son successeur, reçut la lettre ety répondit ; on pouvait donc parler d'une lettre à Agathon,
Quiricius, archevêque de Tolède, est mort en janvier 680, saint Léon II, pape en 682 seulement, n'a donc pas pu lui écrire comme tel, conclut Baronius. Réponse : nous ne savons pas s'il s'agit ici de Quiricius de Tolède, et de plus les communications entre l'Espagne et Rome étaient assez difficiles pour que saint Léon II ait pu ignorer encore en 682 la mort de Quiricius.
I. <( Ut quœ de voluntate aliisque tribus capitulis obscurius. « scripserant declararent. » (Migne, P. L., t. XGVI, col. 4a3,)
26 LA DISC[PLINE DE l'ÉGLISE WISIGOTHIQLE
lantinople. Saint Léon II étant mort sur ces entrefaites, l'apologie fut remise à saint Benoît IL Ce dernier, étonné de certaines expressions, demanda des explications. Julien les fournit en rédigeant une deuxième apologie qui fut insérée aux actes du XV^ concile de Tolède (début de mai 688). Le P. J. Tuilhan a tiré au clair la suite assez embrouillée de cette controverse dans son édition de l'anonyme de Cordoue, page 126. Nous croyons cependant devoir nous séparer de lui sur un point d'importance que nous discuterons plus loin. Yoici d'abord l'analyse du texte principal qui nous instruit de cette affaire ; l'apologie même de saint Julien dans la rédaction du XV*" concile de Tolède ^.
Julien et ses collègues rappellent tout d'abord qu'aux observations orales faites par saint Benoît II à l'envoyé espagnol il fut répondu la même année de façon parfaitement suffisante^. Cependant, en relisant les notes du messager, on s'est aperçu que, par la faute de celui-ci, une équivoque avait pu tromper le pape. Ce dernier s'étonne de l'expression : la volonté a engendré la volonté ^. Ceci tient à ce que l'intermédiaire, lisant avec peu d'attention ^ l'écrit incriminé, a laissé croire et cru qu'en parlant aiasi Julien se plaçait au point de vue de la psychologie humaine auquel on ne peut pas dire que l'esprit, le verbe viennent de la volonté