‹ L'église wisigothique au VIIe siècleChapitre 43 sur 141 · I. — Les conciles œcuméniques · texte numérisé non relu

I. — Les conciles œcuméniques

Sommaire. — Place des conciles œcuméniques dans la collection des conciles espagnols. — Autorité qui leur est attribuée. — Réception du Vie concile œcuménique.

Le gouvernement central de l'Eglise a pour organe non seulement la papauté, mais encore le concile œcuménique. Malheureusement nos documents ne parlent pour ainsi dire pas de ce dernier sujet. On s'intéressait peu aux controverses dogmatiques agitées et dirimées à Nicée, à Constantinople, à Ephèse ou à Clialcédoine, dans ce siècle et dans ce pays de faible curiosité théologique. Quant aux canons disciplinaires, on les supposait connus et on les considérait comme un droit commun implicite et admis de tous auquel il n'était pas nécessaire de renvoyer expressément.

Celte absence presque complète d'allusions est

compensée, il est \Tai, par la place faite aux assemblées plénières de l'Eglise dans la grande collection canonique espagnole du vu* siècle, VHispana^. Dans la première rédaction de ce recueil, qui est antérieure À 633 *, les conciles grecs viennent en premier lieu, et on y trouve ceux de Nicée, de Constantinople (le I" seulement ^), d'Ephèse et de Chalcédoine *. Quand plus tard (probablement au début du viii® siècle, avant la conquête arabe de 71 1) la collection fut complétée, on ajouta, après le P*^ concile de Constantinople, le IIP tenu en 680-681 et dont la réception eut un certain retentissement en Espagne, comme nous le verrons plus bas. La partie doctrinale des conciles œcuméniques est très abrégée dans VHispana ; on semble s'être surtout attaché à leurs canons disciplinaires et n'avoir pris d'intérêt tbéologique qu'au IIP concile de Constantinople. De plus la collection n'établit pas de distinction ou tout au moins de sépa-

I. Cf. Boudinhon, « La codification du droit canonique », dans le Canoniste contemporain, avril igoS, p. 2i4-2i5.

a. Maassen l'a restituée d'après une table conservée dans certains manuscrits. Cf. Geschichte der QueUen...y t. I, p. 667. La série des conciles de Tolède s'y arrête au Ille ; elle a donc dû être close avant le IV^, de 633, qui fut national et qu'on y aurait certainement adjoint dans 1 hypothèse d'une composition plus tardive.

3. 11 est à remarquer que le ll^ concile de Constantinople, omis ici, ne fut reconnu comme œcuménique par le pape qu'après un certain temps d'hésitation, et que sa réception en Occident fut l'occasion d'un schisme temporaire des provinces de Milan et d'Aquilée.

4. Même enumération des conciles œcuméniques au XIY® concile de Tolède, c. 5, et au concile de Braga de 672. (Bruns, t. II, p. 38.)

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ration bien nette entre ces assemblées et les conciles particuliers de l'ancien Orient, puisque ces derniers sont intercalés sans autre indication entre Nicée et Constantinople.

Quelques expressions éparses de-ci de-là dans nos documents donnent une idée de l'autorité qu'on attribuait aux conciles œcuméniques. Les Espagnols les considéraient vraiment comme la règle et la norme de leur foi. Quand il s'agit de recevoir le IIP concile de Constantinople qui condamne le monothélisme, leur premier soin est d'en comparer la doctrine à la foi de Nicée, de Constantinople, d'Ephèse et de Chalcédoine *. Quand la croyance s'attache à ces antiques décisions, on ne suit pas son sens propre, mais on se fie à des décisions indubitables ^.

L'autorité du concile de Nicée en matière disciplinaire était presque égale à son autorité dogmatique. Les évêques et les clercs espagnols pouvaient lire dans leur manuel canonique, le codex canonum, une déclaration très explicite du I" concile de Tolède (en 4oo) à ce sujet. L'évêque Patruinus avait signalé la diversité fâcheuse des coutumes des Eglises d'Espagne et demandé qu'on édictât des règles uniformes, particulièrement en ce qui concerne les ordinations.

I. « Ea ipsa gesta [Concilii Constantinopolitani tertii] decretis quidem illis synodalibus et pra?cipuis in omnibus consona et ISicaenaî quidem, Constantinopolitana3 val Ephesinœ fidei concordantia, Ghalcedonensi vero unita. » (Gonc. XfV« de Tolède, 5, Bruns, t. I, p. 35i.)

a. « Credamus ergo non sensibus nostris, sed indubitatis conciliorum priscorum dogmatibus jam prœmissis. » (Tolède, XIV, 10, Bruns, t. I, p. 353.)

Il avait ajouté que son opinion était que les constitutions du concile de Nicée fussent observées à perpétuité et qu'on ne s'en écartât point. Les évêques répondirent que c'était aussi leur avis à tous et que si quelqu'un contrevenait sciemment aux prescriptions de Nicée, on devait le tenir pour excommunié jusqu'à ce qu'il s'amendât ^.

Il n'en va peut-être pas de même pour les autres conciles œcuméniques. En intercalant entre eux et Nicée les conciles grecs particuliers, le rédacteur de VHispana semble ne pas attribuer à leurs décisions en matière de discipline une portée universelle. Il faut cependant remarquer que les décisions des conciles particuliers faisaient souvent alors force de loi bien au delà des limites du territoire pour lequel elles avaient été tout d'abord édictées. Quoi qu'il en soit, nous ne trouvons dans toute la série des conciles espagnols du vu'' siècle presque aucun renvoi explicite aux canons disciplinaires des conciles œcuméniques 2.

Tout ceci regarde le passé. Quand il s'agissait d'un nouveau concile œcuménique, comment l'enregistrait-

I. « Episcopi dixerunt : Hoc omnibus placet, ita ut si quis « cognitis gestis concilii Nicaeni aliud quam statutum est facere <( praesumpserit et non in eo perseverandum putaverit, tune ex- « communicatus habeatur, nisi per correptionem fratrum emen- « daverit errorem. » (Tolède, I, initium, Bruns, 1. 1, p. 2o3.)

a. Le 5« canon du concile de Narbonne renvoie à un canon du concile de Nicée contre l'ambition et les brigues cléricales. Il s'agit, en réalité, du i8e canon du concile de Ghalcédoine. (Bruns, II, p. 60.)

Le 9e canon du II« concile de Séville renvoie au concile de Ghalcédoine (qu'il désigne sous son vrai nom) sur la question des économes des Eglises.

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on ? C'est ce que nous apprend le XIV'" concile de Tolède (684) consacre en entier à la réception du IIP concile de Constantinople, YP œcuménique, qui condamna le monothélisme (680-68 ij. Sur l'initiative du pape saint Léon II, le roi Ervige publia un édit en vue de la confirmation du récent concile par l'ensemble de l'épiscopat espagnol. Les évêques venaient de se réunir en concile national à Tolède, en 683, et ne pouvaient rester plus longtemps absents de leurs diocèses, la rigueur de la température leur interdisait d'ailleurs un long voyage^. Une nouvelle assemblée était donc impossible. Pour y suppléer on eut recours à la procédure suivante : un synode aurait lieu d'abord dans la ville royale 011 assisteraient des délégués de tous les métropolitains du royaume wisigothique *, c'est-à-dire de Gyprien de Tarragone, de Sunifred de Narbonne, d'Etienne de Mérida, de Julien de Braga et de Floresinde de Séville ^. Les délégués rendraient compte à leurs supérieurs respectifs des délibérations de Tolède, et dans chaque province un concile s'y conformerait. De cette façon l'ensemble de l'épiscopat espagnol promulguerait un seul et indivisible décret de confirmation *. Bien que dispersés les évêques espagnols lurent tous avec soin les actes envoyés par saint

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