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& …— Si les jeunes femmes parlent ainsi, Miss Middle- OR — Comment les jugez-vous ?
— C’est qu'elles se sentent trop seules ! »
Elle ne pouvait le contredire. Elle se croyait capable
d’être fidèle, et elle s’avoua la vérité de ces paroles : il n’y a pas de liberté pour les faibles ! Vernon l'avait dit un jour. Elle essaya de résister à l’accablement que lui imposait cette pensée, mais son impuissance manifeste lui donna tout de suite le sentiment d’une misérable dépendance.
Une demi-heure plus tôt, elle n'eût pas sans péril traversé pareil état d'âme, en compagnie d’un homme habitué à scruter et à déchiffrer de jolis visages. Mais les circonstances étaient tout autres : la voiture arrivait aux grilles du parc.
« Dois-je vous laisser seule ? demanda de Crave.
— Pourquoi donc ? »
Il s'inclina avec grâce.
Cette soumission courtoise flattait la torpeur de Claire. Forace de Craye ne l'avait pas obligée à se tenir sur ses gardes, et elle ne s’aperçut pas qu'il était allé bien lom lorsqu'elle répondit affirmativement à cette remarque : « Une histoire toute faite est un piège pour le narrateur.
— (C'est vrai, » dit-elle. Elle venait d’avoir la même pensée.
Il rejeta la tête en arrière d’un mouvement drôle, comme pour consulter son cerveau ; et il chigna de l’œ1l une douzaine de fois.
« Oui, vous avez raison, Miss Middleton, préparer d'avance son improvisation ne réussit Jamais. C'est un piège tendu pour faire trébucher notre habileté. La vérité et notre propre esprit sont les meilleurs conseillers, et comme vous représentez la vérité, ;'essaierai de jouer Île rôle que vous m'attribuerez. »
Claire réfléchissait ; elle se sentait gênée par quelque entrave, mais plutôt qu’une réalité présente, c'était une menace pour l'avenir. Et comme elle avait l'intention de s'adresser à Willoughby, sans user d’aucun subterfuge,
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D4 L'ÉGOÏSTE lle était reconnaissante à son compagnon qui ne l'avait
pas tentée. Personne ne pouvait mettre en doute le talent du Colonel pour arranger une fable élégante. Claire était à la fois disposée à admirer le conteur ei à pratiquer son art : elle se sentit heureuse d'être protégée contre ellemême. Elle ne demanda pas comment l'esprit pourrait ceconder la vérité, et comme elle ne pensa point à Crossjay, Ile ne fut point troublée par le souci de faire accorder ensemble la vérité et le petit conte que Crossjay avait dû inventer le matin même.
La voiture roulait dans le parc. Claire ne s'occupa plus que de savoir si son retour serait agréable à Vernon. Vernon en était virtuellement la cause, bien qu'il eût si peu fait pour le provoquer : si peu que Claire ne pouvait être sûre de lui faire plaisir.