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— Je puis dire que c’est vrai, Mesdames, et qu'elle comprend ainsi ses devoirs envers son père.

— Et envers tous ses proches, Mr Dale.

— Dieu veuille que vous ayez raison. »

Le valet de chambre apparut et annonça que Sir Willoughby et Mr Whitford s'étaient enfermés à clé dans le laboratoire.

Les deux dames constatèrent : « Ce sont des affaires de famille. Vous savez avec quelle application et quelle activité Willoughby traite ses affaires, Mr Dale.

— Est-il en bonne santé ?

— Excellente.

— De corps et d'esprit.

— Mais, cher Mr Dale, il n’est jamais malade.

— Ah ! Et vous dites cela à quelqu'un qui ne se porte jamais bien ! Et la santé de Mr Whitford est-elle solide ?

— Solide ? Vous m'inspireriez pour moi-même des alarmes, s’écria le Rév. docteur. Solide comme notre constitution, comme le crédit du pays, comme la réputation de notre prince des poètes. Je vous prie de ne rien craindre pour Jui. »

Mr Dale renifla délicatement, comme un homme qu'on vient de plonger dans une perplexité plus grande encore.

Il reprit : « Mr Whitford travaille beaucoup de la tête. C’est un travailleur acharné. Les affaires de la vie quotidienne lui restent peut-être un peu étrangères — si je puis ainsi dire. »

— Méprisez cette légende, qui calomnie le travailleur intellectuel, Mr Dale. Fiez-vous à ma parole : celui qui, sans arrêt, fait travailler son cerveau, a la tête la mieux conformée pour s'occuper de toutes sortes d’affaires.

— Ah ! votre fille est ici, Monsieur ?

— Ma fille est ici, Monsieur. Elle sera extrêmement heureuse de présenter ses respects au père de son amie, Miss Dale.

— Elles sont amies.

— Leur amitié est très cordiale. »

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Mr Dale tenta timidement d’apaiser son agitation en reniflant une seconde fois.

Il soupira : « Letitia », puis il se passa sur le front uné main quon voyait trembler.

Les deux vieilles demoiselles lui demandèrent avec inquiétude si la chaleur de la chambre l’incommodait. L’une d'elles offrit un flacon de sels.

Il remercia. « Je puis tenir bon jusqu’à ce que Sir Willoughby arrive.

— Nous craignons de le déranger quand sa porte est fermée à clé, Mr Dale, mais si vous le désirez, nous tâcherons de transmettre votre message. Vraiment, vous n’apportez pas de mauvaises nouvelles de notre Letitia ? Elle nous à quittés brusquement, ce matin, sans prendre congé de personne. Elle a seulement prévenu l’une des femmes de chambre que votre état l’obligeait à se rendre immé:diatement près de vous.

— Mon état ! Et maintenant, elle me ferme sa porte ! Nous avons causé de part et d’autre de la porte, et c’est tout. Je reste là, stupéfait et malade, entre les deux portes fermées, «et il semble qu'aucune d'elles ne veuille s’ouvrir pour qu'on me donne enfin les explications plus nécessaires à mon état que des remèdes.

— Mon Dieu ! s’écria le Rév. docteur. Vous décrivez en termes frappants votre situation, Mr Dale. Ils peindraiïent exactement la situation actuelle de la dernière génération humaine. Si nous étions encore au temps où je prononçais des sermons, je songerais volontiers à utiliser cette image, du haut de la chaire. Pour mon compte, lorsque les portes sont fermées à clé, je ne touche pas aux serrures ; et j’attribue ma parfaite égalité d'humeur, et même ma santé, à ce fait que j’évite de poser des questions et j'accepte que les portes me restent fermées. J'éclaire ma page avec la lumière dont je dispose. Au contraire, si jose pour me faire comprendre, emprunter vos propres paroles, nous entendons le monde d’aujourd’hui frapper, de chaque côté de nous, aux deux portes fermées du mystère des choses, et nous le voyons s'arrêter, stupéfait et malade, parce que

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les coups frappés restent sans réponse. Tenez, Monsieur, le monde devrait comparer le sort différent du mendiant et du facteur des postes. Frappez pour donner, on vous ouvre. Frappez pour implorer, la porte reste close. Je le répète : arrivez avec une lettre devant cette porte qui est fermée, et on vous recevra bien, mais on n’ouvrira pas pour vous tendre à vous, une lettre. Voici la raison... »

Mr Dale épongea son front moite de sueur, et tendit la main avec un geste de supplication. « Je suis un malade, Monsieur Middleton. Je ne me sens pas de taille à me mesurer avec des analogies. J'ai juste assez de force pour la lente digestion des faits.

— Quant aux faits, nous sommes bradyspeptiques, tous, jusqu’au dernier d’entre nous, Monsieur. Nous ne savons pas encore si la nature est un fait, ou bien un effort pour dominer quelque fait. Le monde n'a pas encore assimilé le premier fait qu’il ait trouvé sur sa route. Nous essayons toujours de transformer en un sang généreux le fait même de notre existence. »

Mr Dale gémit en appuyant des deux mains sur ses tempes. « Ma tête tourne. J’ai eu tort de sortir. J'ai cédé à une impulsion — une impulsion que j'estime honorable. Je ne suis pas capable. Je ne puis pas vous suivre, docteur Middleton. Excusez-moi.

__ Ah ! Monsieur, laissez-moi vous dire ceci : d’après ce que je sais de mes compatriotes, si vous ne me suivez pas, et si pourtant vous vous abstenez de m'injurier, vous êtes un homme vraiment magnanime. » Le Rév. docteur ne consentait pas facilement à lâcher Mr Dale. Les deux dames lui avaient imposé une attitude courtoise de muet acquiescement, et la présence d’un homme lui offrait une compensation. Il savait bien cependant que son exubérante vigueur soufflerait comme un vent d’est sur des nerïs malades. Il savait aussi que lui-même se transformait en un véritable engin de représailles, lorsque, pendant tout un jour, on l’arrachait à ses livres. |

Miss Eléonore demanda :

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« Les explications qui vous sont nécessaires, Mr Dale ? Pouvons-nous vous les donner ?

— Je ne crois pas, répondit-il d’une voix faible. Je pense que j’attendrai Sir Willoughby... ou Mr Whitford. Si je garde assez de force. Ou bien, pourrais-je échanger — j'ai peur de ne pouvoir me soutenir — échanger deux mots avec la jeune fille qui «est, qui était...

— Miss Middleton, ma fille, Monsieur ? Elle sera à votre disposition. Je vais vous l’amener. » Arrivé à la porte, le Rév. docteur s'arrêta : « Il «est vrai qu’elle peut savoir mieux que moi ce que pense Miss Dale, mais je me vante de connaître mieux qu’elle le gentleman en cause. Je crois, Mr Dale, que si je plaide pour lui devant vous, puisque vous êtes le père, vous estimerez que je fais un avocat persuasif, capable même d’épouser avec passion la cause qu'il défend. »

Mr Dale écoutait, confondu : Le frêle arbuste pris dans une rafale se courbe comme se courba Mr Dale.

« Un avocat ? » répéta-t-il. Il restait à court de souffle.

« Son avocat passionné, je le répète, car j'ai de lui la plus haute opinion. Vous le voyez, Monsieur, je suis au courant des événements. » Le docteur Middleton regarda du côté des dames. « Mais nous devons considérer, je crois, que ces événements resteront à peu près ignorés du public, tant que vos puissants arguments, joints à mes instances, n'auront pas triomphé des quelques scrupules féminins qu’on peut nous opposer. Notre Stréphon peut être accusé de timidité. Mais si, en ce moment, une juste considération pour chacune des deux parties nous oblige à ne pas citer de noms, les noms, ici, me paraissent à peu près superflus. Lui proteste maintenant de son indifférence pour l’état matrimonial. Nous comprenons bien, n'est-ce pas, que l’amour puisse traverser pareille crise de froideur ? Franchement, Mr Dale, j'ai moi-même, une fois dans ma vie, subi le refus d’une femme. Je n’ai pas éprouvé d’indignation, mais je songeais au mariage avec indifférence.

— Ma fille a vraiment refusé, Monsieur !

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— ]] semble qu’elle ait provisoirement repoussé da proposition.

— I] était libre ?.…. Il pouvait en tout honneur...

— Son meilleur ami, et son plus proche parent vous sert de caution.

— Je le sais ; on me le dit ; je suis au courant ; on m'a parlé de cette demande en mariage, on m'a assuré qu'il pouvait, en tout honneur, poser la question. Mais je reste impuissant, je ne peux rien faire. J'ai besoin de savoir d’abord si ma fille oppose des raisons telles qu'un père ne doive pas insister.

— La jeune fille, par hasard, userait-elle d’équivoques ?

—— Je ne l'ai pas vue ce matin. Je me lève tard. On m'explique par un récit stupéfiant son départ de Patterne, et sa porte se ferme devant moi. Point de réponse.

— Elle a peur qu’on l’oblige à justifier son reius, alors qu’elle n’en peut donner aucune raison.

__ Mesdames ! » s’écria douloureusement Mr Dale. Elles répondirent par une autre exclamation : « Nous devinons le secret ! Nous le devinons ! » Elles sourirent, comme souriait le Révérend docteur, en regardant Mr Dale.

« Elle ne peut donner aucune raison ? »

Mr Dale épela ces mots pour se les rendre intelligibles. « Alors, Monsieur, elle savait que vous ne vous opposiez pas au mariage ?

__— Sans aucun doute. Elle sait en quelle haute estime je tiens ce gentleman, et elle devait penser que je ne m OPposerais pas au mariage. Mais elle ne pouvait m'’attribuer un rôle important. Elle n’a pas dû songer que je serais peut-être un obstacle. Je suis l’ami de ce gentleman, voilà tout — un ami dévoué, permettez-moi de l'ajouter. »

Mr Dale fit, de la main, un geste d’imploration : c'en était trop pour lui. |

« Excusez-moi. J’ai une pauvre tête. Et votre fille pense comme vous, Monsieur ?

— Ne nous attardons pas trop aux petits détails, mais je peux dire que ma fille pense comme moi, Monsieur. Et — puis-je l'ajouter ? — ces dames sont du même AVIS. )

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