LES DEUX ET LADY CULMER. PUIS, MRS MOUNTSTUART JENKINSON
Lady Busshe et Lady Culmer entrèrent. Leurs regards turetaient à droite et à gauche. Lady Busshe, lorsqu'elle aperçut dans le salon Mr Dale, murmura, à l'oreille de son amie : « C’en est la confirmation ! » :
Lady Culmer répondit par un auire murmure * « On peut avoir toute confiance en Corney.
__ Il est lui-même plus réconiortant que tous ses Temèdes.
— C’est un trésor inestimal
Miss Eléonore et Miss Isabel leurs visiteuses.
le pour notre comté. »
L'amabilité des demoiselles Patterne, jointe à l’éclipse totale de leur personne derrière l’illustre neveu, devait :nciter des femmes du monde, assez entreprenantes, à
prendre quelques libertés. Elles n’y manquèrent pas.
Lady Busshe parla d'abord : « Eh bien ? quelles nouvelles ? Nous connaissons les grandes lignes. Ne vous étonnez pas. Nous savons l'essentiel. Nous avons entendu
} le souhaitèrent le bonjour à
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le canon. J'aurais pu vous dire tout cela hier : je l’ai vu. Et, avant-hier, je l’avais deviné. Oh ! je crois maintenant à la fatalité de certains actes. Lady Culmer et moi, nous sommes d'accord pour accepter cette explication : c’est la plus simple. Eh bien, êtes-vous contentes, chères amies ? »
Les deux vieilles demoiselles esquissèrent une gTriImMace interrogative
« De quoi ?
— De cela ! de tout ! d’elle ! de lui !
— De notre Willoughby ?
— Serait-il possible qu’elles eussent besoin d’une petite dose de Corney ? demanda Lady Busshe à Lady Culmer.
— Elles jouent avec perfection un personnage discret, répondit Lady Culmer. Mais, chères amies, nous sommes dans le secret.
— Comment s’est-elle conduite ? murmura Lady Busshe. Elle ne s’est pas trop dérobée, pas trop débattue, j'espère. Elle est d’une bonne famille, paraît-il, bien que je ne comprenne pas Ce Que peut signifier une lignée de savants — on pense malgré soi à une rangée de tabliers. Et elle était jolie. C’est un assez bon commencement. Mais ces qualitéslà ne pourront jamais faire échec à l'intelligence. II les avait toutes les deux sous son toit ; il pouvait comparer et. vous voyez le résultat. Une jeune fille intelligente, dans une Maison, triomphe de toutes vos beautés. Lady Culmer et moi, nous interprétons ainsi l’événement., Il a trouvé sa Partenaire charmante, l’espace d’une danse, maïs il la ju- Seait plutôt ennuyeuse lorsque se termina la farandole. J'ai vu tout cela hier, clair comme le jour. Elle ne comprenait pas Sir Willoughby, et lui ne la comprenait pas davantage. C’est ce que nous dirons.
— Elle est jeune, elle s’instruira », répondirent les vieilles demoiselles, gênées, mais incapables de rien comprendre aux paroles que Lady Busshe prononçait.
« Vous êtes charitable et vous l’avez toujours été. Je me rappelle que vous avez trouvé une parole indulgente Pour cette petite Durham. »
Lady Busshe traversa la pièce pour rejoindre Mr Dale.
ns
[1 tournait les feuillets d’un livre imposant, qui contenait
les blasons de nos grandes familles.
« Etudiez-le, dit-elle. Ftudiez-le, mon cher Mr Dale ; de ce droit de possession que
Me vous eXerCez SUT une Jeune fille intelligente et accomplie. son des Patterne. Et
A la page 300, vous ITouverez le bla:
croyez-moi, elle vous entraînera jusqu'à la Pairie, avant d’avoir dit son dernier mot. C’est une facon de parler, bien entendu. Sir Willoughby et sa femme ne se contenteront pas de s'installer ici et de gouverner leurs terres. Letitia n’a-t-elle pas d'immenses ambitions ? Et des ambitions que je déclare très honorables. »
Mr Dale essaya confusémeni de protester. Il ferma le livre, examina le cartonnage, tapota d’un doigt la couverture, émit l’espoir que Lady Busshe se portait bien, fit une allusion à son propre étal de santé et à l’étourdissement de l'oiseau sorti de la cage.
« Vous viendrez sans doute habiter ici, plus grande et plus belle, Mr Dale. »
[1 hocha la tête : « Dois-je comprendre...
— Je sais, reprit-elle.
__ Mon Dieu ! Est-ce possible ! »
Mr Dale leva les yeux au ciel. Il éprouvait les sentiments Hi d’une personne qui se réveille tard, et contemple un monde HR animé par la lumière éclatante du jour.
RE | Lady Busshe baissa la voix. Elle prenait les libertés qu'au- RD: torisait le rang inférieur de Mr Dale. Cependant elle adop- DE tait un ton de familiarité qui tenait compte de l’ascension prévue. Tels sont les fruits d’une éducation aristocratique : à rendre exactement à chacun, dans la
vous y figurez, en vertu
dans une cage
Un! nous apprenons F1 société, ce qui lui est dù.
« Letitia sera heureuse ; vous pouvez ÿ compter. J'aime \ voir récompenser un long et fidèle attachement, j'aime (HE: à le voir récompenser | Son histoire nous monire le RE: triomphe de la patience. Miss Dale laisse Grisélidis bien loin derrière elle ! Aucune lemme n’éprouvera de honte à montrer Lady Patterne. Vous ne savez pas ? vous doutez ?
Permettez que ] écoute, parlez aussi bas que vous voudrez.
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Mais ce changement de scène est absolument certain ?
Certaine, cette demande en mariage ? Cher Mr Dale ! Un tout petit peu plus fort. Vous êtes ici parce que ? — Naturellement, vous désirez voir Sir Willoughby. Elle ? Je ne Vous ai pas très bien compris. Elle ?... il semble, dites VOUS ?.….. »
Lady Culmer parlait aux demoiselles Patterne.
Vous avez dû vivre de pénibles heures. Ces histoires amènent toujours une tension extrême à moins qu’on ait alfaire à des gens parfaitement bien élevés. Nous devinions cette tension. Naturellement, nous ne nous attendions pas à Ce Changement de fiancée : qui s’y serait attendu ? J’aurais dû m allonger sur le dos pour réfléchir, et alors j’aurais deviné. Je ne me trompe jamais quand je me couche sur le dos pour méditer. On est plus de sang-froid. Les idées viennent, elles viennent sans contraint e. C'est pourquoi je suis plus en verve par une grise après-midi d'hiver, sur mon sofa, près de ma be à thé, qu'à n importe quel autre moment. En tous cas, vos inquiétudes ont pris fin. Quand les Middleton sont-ils partis ?
— Les Middleion partis ? répétèrent les deux demoiselles. — Le docteur Middleton et sa fille.
— Îls ne nous ont pas quittés.
— Non, ils sont ici. Pourquoi auraient-ils quitté Pat-
terne ?
Pourquoi —— Oui. Ils resteront sans doute quelques jours encore. — Seigneur
| — ll n'y a aucune raison de parler de leur dé épart, Lady Culmer.
| — Aucune raison ! »
Lady Culmer, à voix haute, appela Lady Busshe. Un cri lui répondit, qui trahissait une profonde stupéfaction.
« Elle à refusé | — Qui ?
| — Elle.
— Elle ? Refusé d’épouser Sir Willoughby.
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__ Refusé ! —— Elle décline cet honneur.
__ Oh! c’est impossible ! Non. Cest plus incroyable que les plus romanesques inventions. Mais est-il tout à faibii, À
= Tout à fait, semble-t-il. La demande fut transmise suivant toutes les règles, et repoussée.
—— Non, je vous répète que non
Ma chère, je le tiens de Mr Dale.
— Mr Dale, que peut bien signifier Cette conduite | »
Mr Dale, étonné d'entendre publiquement discuter ce sujet à Patterne, mais assez agréablement ému par l'intérêt qu'il excitait, répondit
« En vérité, Lady Culmer, j erre dans les ténèbres. Un père devrait savoir, mais je ne Sais pas. Sa porte resle fermée pour moi. Je ne l’ai pas vue. Les ténèbres sont de | complètes. Je mène une vie de solitaire. J'ai oublié les QE: | usages du monde. j'aurais supposé que de père devait être prévenu le premier.
= Bah ! les gentlemen d'aujourd'hui sont moins {Otmalistes ; ils obéissent à leurs impulsions et ils s'en font gloire. Il a parlé. Le fait est certain. Mais où vous a-i-on conté cette histoire de relus !
__, Je la tiens du docteur Middleton.
=. Du docteur Middleton ! s’écria Lady Busshe.
HARES __ Les Middleton sont ici, reprit Lady Culmer.
115 — Quel tourbillon nous entraîne ! » Lady Busshe fit en courant deux ou trois pas et s'assit sur une autre Chaise. « Oh! essayons de procéder systématiquement. Sinon, Ne : nous allons tous devenir des fous dangereux. Les Mid- HER À : dleton sont ici, et le Révérend docteur en personne avise Mr Dale que Letitia Dale a refusé la maïn de Sir Wil- Joughby, lequel est ostenisiblement fiancé à la propre fille du docteur Middleton. Mais Mr Dale, je vous en prie, COMment le Révérend docteur vous en a-t-il parlé ? Remettezvous. Nous n’éprouvons pas une hâte fébrile, bien que notre sympathie pour vous el notre intérêt pour toutes les personnes en cause, nous agitent peut-être un peu. Prenez tout votre temps, parlez |
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L' ÉGOÏISTE 291
— Madame... Lady Busshe. »
Mr Dale fit mine d’avaler une boule qui remontait dans sa gorge : « Je ne vois pas de raison qui doive m’empêcher de parler. Je ne vois pas comment on aurait pu me tromper. Les demoiselles Patterne ont entendu. C'est le docteur Middleton qui a parlé le premier, pas moi. Lorsque je suis venu, j'’ignorais qu'il s agit d’un refus. J'avais appris la demande en mariage. On m'affirmait qu'elle avait été faite. Je venais en visite pour m'’assurer que ma fille s'était conduite d’une façon irréprochable. Elle a ioujours eu un sentiment très élevé de l'honneur Mais nous savons que la passion fait un mauvais guide, et la nouvelle paraissait si étrange ! Je Craignais que nous ne dussions faire les plus humbles excuses au docteur Middleton et à sa fille. Je sais quel charme Letitia peut exercer. Madame, dans les termes les plus clairs, sans que la moindre méprise soit possible de ma part, le docteur Middleton m'a averti qu'il se faisait l'avocat de l’homme qui demandait la main de ma fille. J’ai la tête faible. J'ai supposé tout de suite que Sir Willoughby et Miss Middleton avaient rompu à l’amiable, ou que l’on ne m'avait pas très exactement raconté leurs fiançailles. J'ai la tête malade. Le langage du docteur Middleton est fatigant pour une tête Comme la mienne, mais je puis avec certitude me rappeler l'essentiel : il s’est déclaré prêt à plaider avec passion la cause de l’homme qui demandait à épouser ma fille. Ce furent ses propres termes. J’ai compris quil voulait me décider à intercéder auprès d'elle, Et même, le nom a été prononcé. Nous n'avons rien dissimulé. Je suis certain qu aucun malentendu n’était possible. Il se préoccupait du bonheur de Willoughby, et cette sollicitude m’a touché. Je l’ai attribuée à un sentiment que je n'ai pas besoin de vous expliquer. Il a bien dit « un avocat passionné pour SA Cause. »
— Nous sommes dans un véritable maelstrom », S’écria Ladÿ Busshe qui se tournait vers chaque personne, à son tour.
« Un formidable cyclone », renchérit Lady Culmer.
Les deux visages des demoiselles Patterne s’illuminèrent, chacun renvoyant à l’autre un même reflet.
Leur stupéfaction était si grande quelles se sentaient presque oflensées par Lady Busshe, mais leur courtoisie naturelle et leur coutumière soumission leur interdisaient d'interrompre ce flot de paroles.
« N'y a-t-il pas, demanda Miss Fléonore, un malentendu qu'un changement de noms dissipera ?
__ Ce n’est certes pas la première fois, ajouta Miss isabelle, que Willoughby plaide la cause de son cousin
Vernon.
— Nous déplorons infiniment la pénible erreur de Mr Dale.
— [L'erreur vient, nous le comprenons maintenant, de ce que le docteur Middleton s’est entièrement mépris.
— ]| pensait à Vernon. Nous n’en avons pas douié un instant.
— [| ne pouvait pas SOnger à Willoughby.
— Vous voyez quelle impossibilité, et quelle erreur |
__ Et les Middleton sont ici, répéta Lady Busshe. Oh | si nous partons sans avoir rien compris, NOUS ServIrons de cible aux moqueries de tout Île comté. Mr Dale, je vous en prie, réveillez-vous. Vous comprenez- ? Vous avez pu vous romper ».
Mr Dale secoua sa {orpeur :
« Lady Busshe, j'ai pu mal comprendre le docteur Middleton. Je ne puis Comparer son langage qu'à ces jouron passe en revue les forces en Campagne: Mais quelqu'un d'autre m'a raconté l’histoire, en me fournissant des preuves dont je ne puis douter ; la conduite sans exemple de ma fille confirme ce récit. Et si je survis à cette journée, j'aurai demain, des pieds à la tête, l'aspect d’un fantôme.
__ Cher Mr Dale ! » s’écrièrent les demoiselles Patterne, avec COMpPassiONn.
Lady Busshe, se tournant vers elles, murmura : « Vous savez bien qu'ils n'étaient pas d'accord, ils s’entendaient
mal : je l'ai vu, je l'ai prédit.
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