‹ L'égoi͏̈steChapitre 141 sur 160 · AAA · texte numérisé non relu

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322 L'ÉGOÏSTE dit-il. Je ne pouvais pas m'empêcher d'écouler, mais Je euis allé raconter l’histoire ; et je n'aime pas beaucoup Mme t garder son argent, tant qu'il ne sait pas Ce

trouver ici, ei que j'ai fait. Ne vous a-t-on pas raconté ? Je suis SÛT de

savoir ce que vous pensez, et je pense comme VOUS, c'est à moi d'accepter mon sort ; je suis toujours occupé par quelque sottise : Ou bien je me fourre dans quelque guépier ou bien je m'efforce d’en sortir. Cela m'est égal, cela m'est vraiment égal, Miss Middleton, je peux dormir dans

aise. Si vous ne devez pas rester 1Ci,

un arbre, très à mon

j'aime tout autant m'en aller, n'importe où. Il faut que

j'essaie de gagner ma vie quelque jour. Pourquoi pas ley Shorel n’était qu'un MOUSSE. Et

mousse ? Sir Cloudes

peu importe le naufrage de la fin si, au moment de vous noyer, vous êtes amiral. Aussi, j'irai, je lui demanderai de reprendre SOn argent, et S'il m'interroge, je lui dirai tout, et sur-le-champ. Vous savez ce qu'il en est ; je l’ai compris

quand le docteur Corney a parlé. Je sais, bien sûr, que

vous jugez ce quil appartient à un homme de faire. lmaginez que je garde son argent, alors que vous ne l’épousez pas. Je conduirais encore volontiers une charrue. Je ne ferais pas Un mauvais garde-Chasse. Naturellement, je préfère les bateaux, mais On ne peut pas tou aVOIT.

Claire l’interrompit : « Parlez d’abord à Mr Whitford. » Elle était trop fière de voir l'enfant suivre la voie qu'elle lui avait indiquée, pour Jui conséiller, en ce moment, une autre conduite, contraire à cette conception de l'honneur viril. Et cependant, maintenant que Sa bataille à elle était livrée, elle aurait volontiers accepté quelques petits coMpromis de casuistique, pour sauvegarder là paix générale.

Un moment après, le docteur Corney et Vernon discutaient la même question. Vernon exposait l'opinion de Miss Middleton et la faisait sienne en partie. Il voyait Ja question sous un aspect moral et sentimental, qui restait lettre morte pour Gorney : « S'il a cette histoire-là sur le cœur, déclara Vernon, je ne puis lui défendre d'aller trouver Willoughby, êt de tout lui avouer, d'autant plus

que j'ai joué un rôle dans cette aventure, Et que tôt ou

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tard, je serais obligé de la raconter moi-même »

Le Docteur Corney répondait : « Non » à tous ces arguments. 11 finit par dire : « Ecoutez-moi, maintenant. Ceci est entre nous et je ne viole aucun secret. Je ne ferais pas cela pour quarante amis, bien que je reste prêt, pour un ami, à donner ma main à partir de l'articulation du poignet — ma main gauche, bien entendu. Sir Willoughby me pose une ou deux questions tendancieuses qui l’intéressent lui, Sa maison et son nom. Très bien. mais pour

. 4 . p af 7% a dt se 2 g = NE sa L A: 217 cela, bonsoir ! Je souhaiterais que Miss Dale eû

dix ans de moins, ou quelle ait vécu ces dix ans sans avoir le cœur tour à tour soulevé par l'espoir, puis brisé, ce qui use les cellules de nos tissus — et affaiblit le moral, par-dessus le marché. Elle aura une santé passable, avec quelques soins Médicaux de temps à autre. Elle prendra au sérieux,

comme il Convient, son rang et sa richesse, elle restitueraà

sa plume à Mère l'Oie. Cela ira. Et à propos, ma conduite lait, je pense, honneur à m: sagacité : j’ai amené ici

Mr Dale, déjà bien amorce. j'ai, avec succès, réveillé tout le voisinage, et je me suis assuré de notre gentleman, aussi proprement qu'on embroche une anguille sur les deux dents du fourchon : Première dent : le fait lui-même : deuxième dent : la diffusion de la nouvelle. Mais, écoutez- MOI, mon atni. Un hochement de tête nous suffit à nous Comprendre. Cet enfant, le jeune seigneur Crossjay, est un Sarçon de solide souche saxonne, courageux et bon. Il y a en lui l’étoffe d’un type aussi brave qu'aucun de ceux qui Porta jamais l’épaulette. Je l'aime, vous l’aimez, Miss Dale et Miss Middleton l’aiment aussi. Et Sir Willoughby Patterne, de Patterne Hall et autres lieux, se montrera assez disposé à l’aimer puissammeñt, au cas où l’on verrait les rayons du soleil se fixer sur Crossjay avec une particulière résolution de placer Crossjay en pleine lumière, parce qu’il se trouvera seul ét parce qu'il sera un Patterhe. » Le docleur gonfla sa poitrine et leva un doigt. « Maintenant, écOUtez-moi et buvez mes paroles : Crossjay ne doit pas offenser Sir Willoughby. Je n’en dis pas davantage. Regardez devant vous. Les miracles arrivent, mais mieux vaut

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ne pas compter sur €UX. Voilà. Et Miss Dale maintenant. | Flle ne voudra pas être cruelle. | 14 __ f] semble que si, » dit Vernon. La brumeuse esquisse 7 que venait d'achever le docteur lui donnait à réfléchir. Es « Elle ne le peut pas, MON ami. Sa position est pré-

"à caire : le père ne possède pas srand’chose, en dehors de sa ‘4 pension. Et elle ne peut écrire sans dommages pour sa

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ci santé. Et le baronnet lui plaît. Oh !elle a cédé à un petit | accès de fierté. C’est la femme qu'il jui faut. Elle saura S Y prendre avec lui ; elle lui suggérera l’idée qu’il dispose de beaucoup d'idées. Elle tuerait son père si elle s’obstinait. Quand j'ai raconté l’histoire à Mr Dale, il ma répondu que son rêve se réalisait. Et si le rêve se dissipe, COMME une brume, nous constaterons, une fois encore, que nous trouvons dans les rêves plutôt que dans la vie réelle, un remède et un aliment. La semaine dernière, tout mon art et toute ma science n’auralent pu le faire sortir de chez lui. Oh ! elle y viendra. Son père l’a prophétisé, et Je prophétise à mon tour. Elle a de l'affection pour lui.

— Elle en avait.

— Elle voit clair en lui ?

__— Sans lui rendre tout à fait justice maintenant. Il peut se montrer généreux — à Sa manière.

__ Comment cela? » questionna le docteur, et il fut

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At: | informé qu’on le renseignerait en temps opportun. HE Pendant ce temps, le colonel avait erré dans le parc et ! HE: autour du cottage, pour irouver l’occasion de fondre sur |! 5h . Miss Middleton, tant qu'elle était seule ; il revenait, fori | 140 abattu cette fois, et 1l tomba entre les mains de Wil- 24 14 | loughby.

Me « Mon cher Horace, s’écria Willoughby, je vous ai Ë EE | cherché tout l’après-midi. Le fait est... vous allez CrOIre, j'imagine, qu on vous à attiré ici, en vous leurrant par de Ë faux semblants. La vérité, c’est que je ne mérite pas tout F Ë le blâme sous lequel le monde m'accable. À vrai dire, pour ? L | abréger, Miss Dale et moi... Je ne consulte jamais les autres

L hommes pour savoir comment ils auraient agi. Le fait esi | que Miss Middleton.. Vous avez, je pense, en partie deviné.

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— En partie, répondit de Craye.

— Enfin, une certaine inclination la pousse de ce côté, et si cette inclination prenait assez de Iorce, je crois qu aucun arrangement ne vaudrait celui-là. »

Les traits mobiles et expressifs du Colonel se figèrent en une interrogation muette.

« On peut se porter garant qu'un bon ami fera un bon mari, reprit Willoughby. Au point où en sont les choses, Je ne pouvais rompre avec elle sans m'occuper de cela. Et je puis parler d’elle en termes élogieux, bien que nous nous SOYONS aperçus à temps, elle et moi, que nous n'étions pas faits l’un pour l’autre. J'ai besoin que ma femme possède un cerveau.

— J'ai toujours pensé ainsi, » dit le Colonel, qui rayonpait. Îl paraissait fort étonné, et en même temps affamé comme un loup.

€ On ne dira pas un mot contre elle, vous comprenez. Vous savez combien je hais les commérages et les méchants Propos. Quoi qu’il en soit, que tout retombe sur moi. J’ai le dos large. J’ai fait de mon mieux pour la convaincre, et il semble assez probable quelle consentira. Elle m’assure qu'elle voudrait m'être agréable, et cet arrangement me serait agréable.

— Bien sûr. De qui s'agit-il ?

— Je vous le dis : de mon meilleur ami. Je ne pouvais guère proposer un autre homme. À présent, laissez l’affaire suivre son Cours, tout doucement. »

Le Colonel entendait en lui-même une clameur qui l’empêchait de réfléchir et d'y voir clair. Willoughby gardait une attitude fort amicale. Pourquoi n’aurait-on pas SUPposé que ce bâtisseur de projets avait parlé de son meilleur am: à Miss Middleton ?

Et quel était son meilleur ami ?

Faute de s'être lui-même accusé de trahison, le Colonel se laissa duper, malgré sa vue perçante.

€ Pouvez-vous indiquer son nom, Willoughby ?

— En ce moment, Horace. je ferais tort à mon ami si je VOUS répondais — réfléchissez — et à elle aussi, je ferais

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tort. La situation actuelle esi extrémement délicate. Ne soyez pas irOp pressé.

__ Certainement. Je ne demande pas le nom. Des initiales me suffiront.

__ Vous faites preuve de remarquables aptitudes pour deviner les énigmes, Horace, et celte histoire-là ne pose pas un problème irop ardu — si tant est que certains problèmes puissent vous paraitre ardus. — J'ai de d'estime pour elle et pour lui : — à peu près également pour tous les deux. Vous le savez, et je serais parfaitement heureux de mener à bien ce projet.

— Vous êtes grand seigneur, dit de Craye.

— Je ne vois pas en quoi. J’agis plutôt en homme de bon sens.

__ Oh! sans doute. Je parle de la manière. C'est assez dans le goût de nos ancêtres.

__ Plutôt dans le goût moderne, je pense. L'un vaut bien l’autre. Nous voulons qu'entre les deux sexes, les rapports deviennent simples et pratiques — el j'ai horreur de tout le fatras sentimental. »

De Craye sifflota un air.

« Mais la jeune fille ? demanda-t-1l.

__ Je vous l'ai dit : il semble assez probable qu’elle consentira. » |

Le poisson amorcé par Willoughby-fit un petit sauli très visible : Horace continuait à exercer son talent de divination.

« Sans aucun des préliminaires que l'usage impose au monsieur ?

— I] aura besoin que nous le guidions par la main, mon ami Horace. Ses gaffes auprès des femmes sont notoires, il ne sait pas leur parler, jamais il n’a marqué une seule conquête à son actif. »

De Craye accueillit en faisant la roue cette agréable plaisanterie. Son visage gardait une expression sceptique et amusée.

« La jeune fille ne se reluse pas catégoriquement à écouter le pauvre garçon ?

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