‹ L'égoi͏̈steChapitre 145 sur 160 · US OO · texte numérisé non relu

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Chacune des deux jeunes filles essayait de lire plus avant dans le cœur de l’autre.

« Voulez-vous me répondre ? demanda Letitia.

Répondre à votre si ? 1 n'aurait demandé ma main que par condescendance.

— Vous vous évadez sans cesse.

__ Attendez, chère Letitia : Il s'est appliqué à ne point me faire de peine.

= Ceci est une réponse. Vous lui avez qu’il pourrait vous faire de da peine.

— Chérie, laissez-moi me servir d’une comparaison pour vous expliquer ce que j'éprouvais : j'étais, je crois, comme sur l’eau le liège du pêcheur, parfaitement immobile, et prête à tout instant, soit à plonger, soit à m'élever. Voici pour ma conduite.

= Les comparaisons gardent ce mérite de satisfaire leur auteur, mais de décevoir leur auditeur. Vous avouez que vous auriez éprouvé des sentiments pénibles ?

__ J'étais vraiment semblable au diège du pêcheur. Je vous en prie, admirez ma comparaison : du côté que vous voudrez, ici ou là ou bien, assez parfaitement immobile pour que les yeux se ferment, pleins de sommeil. Et tout d’un coup, j'aurais pu disparaître dans les profon-

deurs ou flotter dans les airs. Mais aucun poisson n'à mordu.

— Eh bien, pour parler comme VOUS, supposons que le poisson où le pêcheur, car je ne sais pas lequel... Oh |! non, non. C’est un {Top gTave sujet pour que nous jouions avec des images. Dois-je comprendre que vous Jui étiez au moins reconnaissante de sa réserve ?

— Out.

Mais vous ne l’avez pas le moins du monde encouragé à en sortir ?

— Le liège du pêcheur, Letitia ! »

Letitia, déconcertée, soupira et resta silencieuse un

instant.

La comparaison dé Claire l’excitait à réfléchir. Elle soup-

connait un sens caché.

laissé comprendre

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« Et s’il avait posé la question ?

— C'est un homme trop sincère.

— Je commence à comprendre pourquoi les hommes se railent des femmes qui tournent en rond comme les chats, sans qu un but précis les arrête.

— Alors, Letitia, s’il avait parlé, — si — et à condition qu on püût le croire sincère.

— Un homme aussi droit !

— Je pense à ce que je suis moi-même. Si ! — Oh! alors, } aurais ressenti la brûlure mortelle de ma honte. Où a1-je lu ? — quelque histoire — une étincelle que rien ne pouvait éteindre. C’est dans mon cœur qu aurait flambé cette étincelle.

— De la honte, Claire ? Vous êtes libre.

— Le peu qui reste de moi.

— Je comprends qu’une situation semblable puisse ins- Pirer quelque honte, si l’orgueil est seul en cause.

— Si l’orgueil est seul en cause, je ne comprends pas qu'on puisse éprouver de la honte. »

Letitia réfléchit : « Et vous continuez à trouver bienveillante une proposition si extraordinaire | » Puis quelque lumière se fit dans son esprit. Elle s’écria impatiemment : « Vernon vous aime.

— Ne dites pas cela.

= Je J’ai vu.

— Jamais il ne m'’a donné le moindre signe de cet amour.

— C'en est une preuve.

— Alors que tant et tant de fois il pouvait me montrer ses sentiments.

— C'en est la meilleure preuve.

— Pourquoi n’a-t-il pas parlé quand il en avait le droit — un droit certain, malgré la bizarrerie de l’aventure.

— Îl avait peur.

— De moi ?

— Peur de vous blesser — et peut-être aussi de se blesser lui-même. En pareil cas, on peut pardonner aux hommes

de songer à eux.

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