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— Mais pourquoi aurait-il peur ?
— Jl a peur qu’un autre homme vous soit plus cher que lui.
—— Quelle raison lui avais-Je donnée ?.. Oh ! vous voyez | Ïl a pu redouter cela, soupçonner cela. Voyez ce qu'il pense de moi. Peut-il se soucier d’une pareille jeune fille ? Injuriez-moi, Letitia. J'aimerais recevoir une bordée d’injures. J'ai besoin d’être purifiée par le feu. Quel personnage ai-je joué dans cette maison | Il me semble que j'ai passé en tourbillon, comme si j'étais folle. Et puis, être aimée, après tout cela | Non ! Nous écoutons sans doute conter l’h1stoire de l’antiquaire, qui admire un débris informe, vestige de quelque bataille ; personne d'autre ne voudrait le regarder. Etre aimé, je le vois, c'est sentir notre petitesse, notre frivolité sentir notre honte. Toutes nos taches deviennent visibles. Ne jamais m'avoir donné le moindre signe d'amour, alors qu’un amant eût été si fort tenté... Permettez-moi de rester incrédule, ma chère, chère Letitia. Parce qu’il est homme d'honneur, dites-vous ! Mais ne voyez-vous pas quelle torture vous m'infligez ? Car si Je suis —— c’est vous qui le dites — aimée par lui, qui fait l’objet de son amour ? Une femme qui est allée partout crier sa peine, sans pudeur, el si fort que les autres femmes la condamneront, et qu’elle-même ne peut supporter ce souvenir. Oh ! j ai vu mon cœur. C’est un spectre effrayant. Tai vu en moi une faiblesse qui pouvait m’entraîner n'importe où. Et, certes, je serai charitable pour les autres femmes — j'y ai gagné cela du moins. Mais aimée ! par Vernon Whitford ! Ce moi mesquin et misérable relevé,
aimé, après que je me suis moi-même ainsi déchirée !
N’avez-vous aligné que des rêves ? Vous ne savez rien de
certain ? Pourquoi m'embrassez-vous ?
— Pourquoi trembler et rougir ainsi ? »
Elle regardait Letitia et s’efforçait d'y voir clair. Elle baissa la tête. « Ma conduite n'en est que plus blimable ! »
Ces paroles lui valurent un baiser plus tendre. Elle venait d’avouer et son aveu fut entendu : elle l’avait aimé, ou,
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L'ÉGOÏSTE 331 du moins, elle avait été tout près de l’aimer : cela suffisait à EXCuser le passé.
€ Ah ! vous lisez en mo: à livre ouvert ! » s’écria Claire, ei elle se réfugia dans les bras de Letitia.
« Alors, il n’a jamais eu aucune raison de s’alarmer ), Murmura Letitia.
Claire essaya de mieux Cacher son visage : « Ce n'est pas que Mon Cœur... Je vous ai dit que j'avais vu mon Cœur, et Mon cœur est indigne de lui. Ft puisque (je le crois Maintenant) j'aurais pu me montrer aussi violente, aussi faible, aussi mauvaise, aussi impardonnable. I] y avait en moi de telles pensées ! __ S'il avait parlé, j'aurais été contrainte de ne plus dissimuler, de lui dire —— si Incroyable que Cela vous paraisse —— de lui dire que pendant... oui, Letitia, toutes mes paroles sont vraies, je pensais à lui COMME au plus noble des hommes, mais j aurais accueilli n'importe quelle aide pour trancher mes liens. Voilà. » Claire sortit de son reluge ; ses paupières battaïient. Elle TePrit : « Maintenant, vous savez de quelle souffrance Je parlais.
—— Pourquoi ne vous êtes-vous pas expliquée tout de suite ?
— Chère, j'avais besoin qu un siècle s’écoulât.
— Et vous sentez qu'il s’est écoulé ?
— Oui, dans le Purgatoire, avec un ange auprès de moi. Je ferai de l'endroit une description favorable. Cher ange Sardien, j'ai encore quelque chose à dire.
— Dites-le, puis expiez.
— Je crois avoir enitrevu une ou deux iois, très obscurément, et surtout aujourd'hui... à vrai dire, je n’aurais jamais dû rien SOUpPÇOonner, maïs il est venu à moi, il s’est Conduit comme Personne d'autre ne se serait conduit, et SOn attitude semblait. La lumière qui nous sert à déchiffrer les âmes Communes n’éclaire plus les caractères vraiment nobles. Je voulais l'entendre parler, et son silence, Je crois, m'en apprenait plus long. ...Si seulement une Rature comme la mienne pouvait s’abandonner à la confiance, sans exiger un cliquetis de paroles. »
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On frappait à la porte, et les deux jeunes filles échangérent un regard.
Lotitia se leva comme Vernon entrait :
« Je rejoins seulement mon père pour quelques minutes, dit-elle.
— Et je quitte à d'instant votre père », dit Vernon à Claire.
lle lut une très grave menace sur le visage de Vernon.
Elle sentait grandir en elle l'envie de contrarier Vernon Whitford, pour compenser l’humiliation qu’elle venait de s’infliger. Elle vit la porte se refermer sur Letitia et dit « Papa est parti se coucher, naturellement », Comme si elle sous-entendait : « sans cela... »
— Oui, il est parti, après m'avoir souhaité d'heureux
destins.
= C’est une formule à lui familière, pour dire bonsoir.
__ En tous cas, c’est bonsoir pour de bon, en ce qui me concerne. »
Claire respira brusquement
« Nous partons de bonne heure demain matin.
= Je le sais. J'ai pris rendez-vous pour juin, à Bragance.
— Si tôt. Avec papa ?
__ De là nous ferons irruption dans le Tyrol, que nous
contournerons à l’est pour nous diriger ensuite vers le
midi.
__ Vers les Alpes italiennes ! Est-il convenu que Je prendrai part à cette expédition ?
= Votre père n’a rien dit de certain.
= Vous avez donc parlé de moi ?
J'ai tenté de parler de vous. Je ge suis pas extrément hardi, comme vous le savez. »
Elle dut abaïsser les paupières, pour cacher la douceur de son beau regard. « Papa ne devrait pas envisager ma présence auprès de lui comme quelque chose d'incertain.
fl vous laisse le soin d’en décider.
= Alors je dis oui, dix fois plutôt qu’une, avec touie
l'énergie possible.
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— Lst-ce que vous réfléchissez à ce que vous dites ?
— Mr Whitford, je dis oui, les yeux fermés.
— Faites attention. Je ne vous avertis qu'une fois. Si vous férmez les écrase »
Claire s’éloigna brusquement de lui.
« Bien entendu, il Éudra que les hautes montagnes s estiment satisfaites de l'admiration que je déposerai à leurs pieds.
— Pour un début, c’est bien assez.
— Elles tiennent des propos enc ouraägeants.
— L'une d'elles tout au moins. »
Un grand souffle souleva la poitrin e de Vérnon.
« Vous devenez montagne lor squ'on se met à vos pieds ? demanda Claire.
— Malgré ma satisfaction, je garderais le cœur tremblant d’une souris.
— Votre cime se dresse trop haut. Vous réstéz inaccessible.
— Je vous avertis une seconde Jois. S1 tout d’un Coup, vous sentiez qu’on vous ‘saisit, qu’on vous emporte dans les aïrs |
— Quelqu'un alors se serait abaissé jusqu’à moi.
— Pour voüs plänter comme ün drapeau sur la crête coqs
— Je vois bien qüe vous avez causé avec papa, Mr Whiti0rd.
Vcuos changea de ton.
& Vous rapporterai-je ses paroles ?
— de Cohnais $i exactement tous les termes qu'il emploie.
— [la dit.
— Maïs ses paroles vous ont inspiré des actes.
— Mes actes ne dépendent qu’en partie de ses Jaroles. FF a dit.
— Voüs ne m'apprendrez rien.
— Ï} & dit.
= Vérnon | Non ! Oh ! pas dans cette maison ! »
Le prénom, et le ton supplhiant de Ia voix constituaient
Dee. CM PP CC 7