LETITIA ET SIR WILLOUGHBY
La fragilité de notre nature humaine comble de joie les
= Glen JE ; és LS Me 4 a 2h md EL me ee Énu é— = Te ne Fe se Fe Po sv fus ne 72 gs LP . mn TS ve: ve : ds rasé on SEE Ve po Ù - ABS ET! SE Le ee à ee mu pre Ps dès rage < MR 2, RS = Sat
+ ns D re, es” . Er dé ans ” —
. « 9 Fe
342 ‘EGOÏISTE
4 4 e ar) L E G J 2 4
tribus de petits lutins : nous n’essaierons pas de prendre leur parti. Ils se tiennent à leur place, et s’acquittent de leurs fonctions. Tant que nous nous appliquerons à rester ce que nous sommes, ils s’accrochent à nous, ei tiraillent sans répit des vêtements qui cachent notre nudité. Ils ne cessent de tirer et de s’efforcer, qu’ils ne nous aient presque entièrement dépouillés : ils nous préparent ainsi à quelque horrible nuit du Walpurgis. L’homme qui entend résonner le rire de ces nuits-là aura peur du rire jusqu'à la fin de ses jours. Mais pendant ces heures de fête, sous les rayons d'Hécate, les lutins échappent au contrôle de la Muse co-
mique, elle ne les honore pas de sa présence tandis que ! se déroulent leurs ébats déments et impies : Le Brocken | F même ne voit pas se dérouler pareilles scènes, et Gray- |
us 0.
SA cf :
malkin et Paddock nous deviendraient trop intimement 1 familiers. Contentons-nous de dire que, depuis minuit, jusqu’à l'apparition de d’aube aux yeux gris, Sir Willoughby, d'heure en heure, et sans trêve, supplia Letitia Dale pour qu'elle consentit à devenir sa femme. De temps à autre, Mesdames Eléonore et Isabelle prêtaient leur concours. Mr Dale intervint aussi, à plusieurs reprises, éveillé par les protestations véhémentes de Willoughby qui s'efforçait de vaincre l’obstination de Letitia. Sir Willoughby suppliait sans répit, si bien que ces supplications obstinées prenaient, à la longue, l'aspect d'un amour éternel, qui faisait délirer Willoughby et l’exaltait jusqu’à la folie. Willoughby paraissait, partait, revenait ; ef, toui le temps, ses petits lutins l’entouraient, grimpaient sur lui, s’'installaient à califourchon, et les malicieux démons lui soufflaient, le conduisaient, lui inspiraient des propos tumultueux et pathétiques, une éloquence à laquelle les morts seuls eussent résisté ; mais l’objet de son amour écoutait avec une morne attention, et Letitia ressemblait bien à une morte. Willoughby entendait les lutins familiers, il leur parlaït, il les caressait, il les repoussait loin de lui, s’évadait en courant. Puis de nouveau, vaincu, il s’arrêtait, et les esprits malins de grimper et de fondre sur lui comme un essaim. Certains hommes sont ainsi hantés par les lutins. Les |
7 dl
FE 1 à 2e EL £ L xl CHÉSPACE ROEUEENE RTE AE TONS
Ja
ET) pros ns Alone. Ac. RAT 1 Tee à ASS PMR A 7
cs Lg
dit ‘ « POESIE Phaser
ER
7 SR ose 2 RE lle nes — | Eeaie us ps a DRE EN ie De ve œ ne ee Sn et - ei:
? Fr F +. +) } ‘)
hommes qu'’anime le désir de posséder quelque objet, et qui le posséderont à tout prix, engendrent de nouveaux lutins. Ces hommes se rendent célèbres par leurs extravagances : — Car on appelle ainsi leurs entretiens avec l’invisible, et leurs surprenantes distractions. Cette nuit-là, Willoughby comprit que les petits démons l’accompagnaïent. Pendant un de ses brefs élans vers la solitude, il se dit : « Je crois que je suis possédé ! » Peut-être le soupgonnait-1l sans avoir de certitude véritable, peut-être alignait-1l des mots, pour expliquer la transformation qui de privait de tout contact avec sa personnalité habituelle, et / qui faisait de lui un être suppliant et désespéré. S'il n’y | voyait pas plus clair, c’est que, sans aucun doute, les | efforts des petits lutins lui enlevaient toute conscience de sOI.
| Les lutins hantaient son cerveau : Willoughby, en présence de Letitia, brûlait d’une ardeur qui le poussait aux excès les plus déments de la parole et du geste, maïs en même temps, il entendait les voix qui criaient les noms de Mrs Mountstuart Jenkinson et de Lady Busshe. Ces cris glaçaient d'’effroi Willoughby et lui inspiraient de plus folles extravagances, et une résolution plus obstinée de conquérir, avant l’aube, cette femme qu'il redoutait presque de contempler à la lumière du jour. Cependant il s'était Maintenant, avec passion, persuadé de son amour pour elle. Il sentait qu’il ne pourrait pas, sans elle, affronter la lumière du jour. Elle était le matin pour lui. Elle était — il le proclamait dans son délire — la femme que le destin voulait lui donner. Il criait à Letitia et à sa solitude : « Ma chérie ! » Notre gentleman avait souhaité que sa conduite püt servir d'exemple aux hommes de sa classe et de son Pays, maïs la passion lui faisait oublier toutes les exigences de cet idéal. Il n’était plus maître de ses attitudes. Il allait Jusqu'à s’agenouiller, et sans aucune grâce. Même, les chroniques de l’invisible foule qui l’entourait relatent que, pendant une crise de supplications, il se mit à pleurnicher, en criant deux fois de suite le nom de Letitia.
N'allons pas plus loin. Certes, il n’est pas étonnant que
Mo hi an LL Ne TE AE Page versa |
> un 2e on MR ads MT NE ue 2 2 hs ÉE on ET TE Re EL ee mA = à ce nn ame es PPS ee ee MS de RE er 9er ne ER 2 CEE — fe 7 °0 mes DR Te ES PT Sr e = RE ras en 6) k 2 r s…
dans ce pays, où triomphent les conventions sociales, les innombrables serviteurs de la Muse évitent les scènes violentes et déréglées. Pareilles scènes portent atteinte à la dignité de nos maîtres et menacent de troubler la nature humaine. Ceux-là sont avisés, qui conduisent l'individu par de larges routes, des sentiers bien connus, et qui ne montrent de l’homme que ses aspects familiers. Ce que font les hommes — et les hommes amoureux — n'importe guère. Ce qui importe, ce sont les actes qu'il est habile de nous donner en exemple.
La nuit s’écoula. Letitia pliait, maïs elle n’avait pas cédé. Elle avait été obligée de dire — et il lui était insupportable de se rappeler combien de fois : « Je ne vous aime pas ; je n'ai pas d'amour à vous donner ». Lorsqu’au sortir d'une pareille nuit, Letitia dut à nouveau affronter le jour, c’est à peine si elle avait conscience de vivre encore.
Quand les oiseaux commencèrent à chanter, Mr Dale rouvrit la discussion. Le premier, il impressionna sérieusement Letitia. Il lui rappela qu'ils étaient pauvres, que lui pouvait disparaître, — et il la laisserait alors seule, malade, aux prises avec la misère. Elle compromettrait sa santé si elle était obligée d'écrire pour gagner son pain. Et si elle consentait enfin, elle déchargerait son père d’un fardeau oppressant. Mr Dale ne suppliait plus, il faisait appel au bon sens.
Puis, avec un brusque mouvement d'émotion, il s’écria : « Je vous en supplie, mon enfant, ne vous montrez pas impitoyable ! »
Cette prière fournit une conclusion inattendue aux sèches raisons de Mr Dale. Pareille incohérence s’harmonisait avec de désordre qui régnait dans l'esprit de Letitia, avec la parfaite sécheresse de son cœur, avec ses aspirations vers la bonté. Elle soupira : « Heureusement, c’est fini ! »
Son père était trop faible pour se lever. Il s’endormit. Pendant plusieurs heures encore, Letitia devait rester à Patterne ; elle s’efforça de tuer le temps : «elle allait tantôt à la porte, tantôt à la fenêtre et se rappelait la remarque de Claire : « Un siècle s’est écoulé ! » Elle ne l’avait pas désiré,
re
De es
Ve es
2 . PE ÈS Le + > > EUR ee. ini toi RE ” PE rte “Rires fe 21 CL AS RTS me < nn rt APE TER nl RpPÉN A RÉ de A (2 mi SE Dar :
mais une lumière s'était faite, et cette lumière éclairait un changement tel qu’elle ne l’eût pas cru réalisable en un siècle de vie. Ce qui lui paraissait impossible pendant la nuit, devenait maintenant possible, non pas désirable, mais possible — elle le voyait sous les traits du possible. Heureusement, elle avait résisté avec trop de fermeté pour qu'on la suppliât encore.
Lorsqu'elle eut regardé le visage du possible, son esprit fut tenté de l’examiner encore. La richesse nous donne ici-bas le pouvoir de faire du bien. La richesse nous permet de voir le monde, les merveilleux paysages du monde. Lelitia avait souhaité longtemps, ardemment le sac d’écus, qu elle aurait attaché en guise de douaire à sa ceinture, et les ailes qui lui auraient permis de s'envoler sur le continent, vers des contrées qui commençaient à paraître fabuleuses pour son imagination famélique. Et puis, si le senliment qu’elle avait éprouvé pour ce gentleman n'existait plus, c'était une illusion de moins. La femme qui verrait clair en lui et le connaîtrait exactement ne serait pas pour lui une compagne moins utile. C’est bien d’une telle compagne quil avait besoin : et sans doute pourrait-on le guider. Heureusement, elle lui avait tant parlé de sa faible santé et de sa sécheresse de cœur, qu’elle ne serait pas contrainte de subir un autre assaut. Elle s’affairait dans sa chambre et préparait son départ, de manière à ne pas perdre une minute, lorsque son père aurait déjeuné et se serait habillé.
Elle reçut d’abord la visite de Claire. Chacune des jeunes filles demanda à l’autre si elle avait dormi et lut la réponse sur le visage qu’elle regardait. Les cernes d'ombre s'étaient creusés autour des yeux de Letitia. Claire lui servit de miroir et Letitia dit : « Singulier objet pour que, toute une nuit, on implore son consentement | Je connais ces deux feuilles humides et mortes qui s’impriment sur mes joues, Pour me rappeler mes veillées de minuit ! Mais vous avez bien dormi, Claire.
— J'ai bien dormi, et, cependant, je pourrais dire que Je n'ai pas du tout dormi, Letitia. J'étais avec vous, mon
ermunannn< à 7. V « PE L + LE NET re ETAT ” eu ù'h : SANESE TT A RTE pe me PRE x SE — PL 2 1 fo 4 k st ns en rte. d " “. : | “ car 6 r er. PR y pe Nr « L pe » + :
nn 5%: hé L j, 5 ra LS e mA pied ana E SR sh: - ti at, . mr é— VRRETE on adtes 1 : ti è ge. dls ot Te Los rs —ÿJ ù bn aro d en, eue à + nn. ü Les À " . : : pa p” \ 1208 nt TR L ‘ \ El ji = 14 «rh
: | te p = A, v+ 4 Ar no 8 < si - À IV + Rs St
; ù ci 2 Co re Minor. ; Re a Ce ré a à ET PE NM y A | AE TR
“ n Fer en Le mr M 1 pi 26e 2 6, {08 : + lee Ti L ds .: à pe” « . >”
Du 0 à Docs ot Ré 2 LE à) VUE SEE = = &4 2 sd cr MAR ur s RS #77 d Le aus PR | =
a ts LE TERESA RAS AIR ANEES AT t DEL ner ” QT NT "ee . « es = sd - F8 *, d Le > * . Care Le “ Cl < LP M = doi” | RD 3 sie ttes patine made éd + ES ORCUN Er LUS : Shen "ts ASS ne ne RUE . ” - on AGE RP E PRRER T9 + mures TE s'% È AS GS ABOU de y , { = Te / L - À pi < ….
< ee 2 2 —— +
ane à : | Pre rang ini gares ve L D pre Pr d à ns 4 de ‘© . :
340 L'ÉGOÏSTE amie, moitié en rêve, moitié en pensée j’espérais qu'avant mon départ vous seriez devenue raisonnable.
__, Baïisonnable. C’est bien le terme qui me convient. »
Letitia exposa, en une brève esquisse, les événements de la nuit, et Claire s’écria : « Comment avez-vous pu résister quand il vous suppliait avec tani d'ardeur ? » L’évidente sincérité de Claire témoignait de la reconnaissance qu'elle gardait à Sir Willoughby.
Letitia contemplait sans amertume la naiure humaine « J'espère, dit-elle à Claire, que vous n’entrez pas dans la vie avec un lourd bagage de sentiment, il n'est rien de tel pour vous rendre ensuite dur, prosaïque, terre à terre, pour vous attacher à l'argent ».
La visite suivante fut celle de Vernon. Il demandait avec inquiétude des nouvelles de Mr Dale. Letitia alla se renseigner auprès de son père. Lorsqu'elle revint, Vernon ei Claire paraissaient tristes. Letitia, alarmée, osa leur demander pourquoi.
« Voici, répondit Vernon : Willoughby ne cesse de taquiner ce gamin, pour Se faire aimer de lui. Pauvre garçon | la nuit dernière, peut-être avait-il une excuse. En tous cas, :l est entré ce matin dans la chambre de Crossjay, il a réveillé l'enfant, a causé avec lui et l’a fait pleurer ; puis, à force de parler de choses et d'autres, Crossjay a, comme il dit, senti une boule remonter dans sa gorge, et il a raconté tout ce qu'il savait, et tout ce qu'il avait fait. Je n'ai pas besoin de vous exposer les conséquences. Il a perdu pour toujours la situation qu’on lui offrait ici. C’est à moi de garder Crossjay maintenant. »
Vernon jeta un regard sur Claire. « Certes, il le faut, ditelle. L'enfant m’appartient autant qu'à vous. Aucune chance de pardon ?
= C'est peu probable.
Letitia |
— Que puis-je faire ?
— Oh ! que ne pouvez-vous pas faire ?
___ Vraiment, je ne sais pas.
— Apprenez-lui à pardonner | »