‹ L'égoi͏̈steChapitre 17 sur 160 · TE · texte numérisé non relu

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eu imagination la scène et crut entendre les applaudissements du monde.

Une impression de dégoût, jointe à la conscience de ce qu'il devait à sa race, fit évanouir cette repoussante image d’une compagne, sans obscurcir toutefois cette fidélité chevaleresque du gentleman à sa parole d'honneur, fidélité dont le souvenir, toujours présent, était un compliment perpétuel.

En somme, il pouvait raisonnablement espérer que Claire se soumettrait, vaincue par l’admiration. Il but une coupe de Champagne en s’habillant ; 11 n'était pas coutumier du fait, mais, comme il le constata incidemment devant Pollington, son domestique, à qui il laissa la bouteille entamée, il n'était pas monté à cheval depuis le matin. :

Pour parler d’affaires avec Vernon, il se rendit dans la salle d’études. Il y trouva Claire, très belle dans sa robe de soirée, le bras posé sur l’épaule de Crossjay, et 1l apprit que le terrible maître d’études avait renoncé au diner de Mrs Mountstuart, et s'était déjà excusé, avec l'intention de tenir l’enfant attaché à sa meule. Willoughby prit, comme d'habitude, le parti de l’enfant, et avec plus d'esprit qu'à l'habitude. Claire le regardait avec quelque surprise. Il se moqua de Vernon, très spirituellement, et le réduisit tout à fait au silence en lui disant : « Je suis témoin que l'enfant était ici, à l'heure fixée pour sa leçon. Ÿ étiezvous ? » Il posa sa main sur Crossjay, en touchant la main de Claire.

La jeune fille repoussa son siège d’un geste gracieux « Vous vous souviendrez de ce que j'ai dit, Crossjay. C'est un ordre. »

Crossjay fronça les sourcils et souffla bruyamment :

« Mais seulement si on m'interroge.

— Alors, j'interroge ce petit polisson, » dit Willoughby, provoquant un brusque sursaut. « Et bien, Monsieur, que pensez-vous ce soir de Miss Middleton, dans son costume d’apparat ?

—— Attention, Crossjay, dites la vérité ! » Claire levait

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L'ÉGOÏSTE 79 le doigt, et l'enfant put voir qu’elle feignait une plaisante cravité, mais que Willoughby parlait sérieusement. « Il est probable que la vérité n'oflensera ni vous, ni MOI }), murmuralt-1].

— Je désire que jamais, jamais, sous aucun prétexte, il ne dise autre chose que la vérité.

— Je l'ai trouvée toujours très belle », grogna Crossjay qui ne parlait qu avec répugnance.

« Voilà ! » s’écria Willoughby ; il se pencha et tendit un bras vers elle : « La vérité ne vous à pas été défavorable, ma Claire ! »

Elle répondit : « Je songeais qu'il souffrirait beaucoup si on lui apprenait à dire le contraire de sa pensée.

— Oh! pour l’amour d’une belle dame !

— C'est la pire des éducations, Willoughby.

—— Nous nous fierons à son instinct. Notre sang coule dans ses veines. Je vous convaincrais pourtant si je pouvais rappeler certains événements. Oui ! — Mais oui ! — Je vous assure que oui ! On ne peut pas toujours dire toute la vérité. J’ose même affirmer qu'on ne le doit pas.

— Mais vous pardonneriez, pour l’amour de la « belle dame ».

— J'applaudirais, ma chérie. »

Il serra sous son bras la main de Claire et contempla Ja jeune fille.

Elle avait revêtu une ample robe de soie bleu pâle que rendaient vaporeuse les garnitures en gaze légère de même teinte, une gaze de Chambéry qui seyait admirablement à ses cheveux blonds, à son teint clair; des hommes moins inflammables que Willoughby en eussent été bouleversés.

Il soupira « Claire ! »

« Alors, vous seriez vraiment généreux, bien que votre Jecon ne vaille rien.

— Je crois que je suis capable de me montrer géné- TEUX.

— Le savons-nous jamais ? »

Il tourna la tête du côté de Vernon et lui donna quelques brèves instructions au sujet des lettres qu’il devrait écrire,

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