‹ L'égoi͏̈steChapitre 19 sur 160 · ut · texte numérisé non relu

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Cette prompte déférence éveilla en Claire un regret « Nous n’aurions guère le temps, Willoughby.

__ Ma chérie, nous serons bien obligés de la remer- CIET.

— Je ne peux pas le faire. »

Le bras de Willoughby se crispa brusquement, el Willoughby ne put parler.

Le Rév. docteur et Letitia, puis Mesdames Eléonore et Isabelle qui les rejoignaient dans le vestibule, purent voir deux êtres liés l’un, à l’autre, de manière à évoquer vaguement deux moitiés qui se sont détachées el ne tiennent plus ensemble que par un dernier fil. Willoughby retenait eur son bras la main de Claire ; il s’y cramponnait comme au symbole de leur alliance et rendait la jeune fille nerveuse, en la maintenant en contact avec un Corps qui respirait péniblement. D'en haut, de Craye regardait. Les voitures attendaient à la porte, et Willoughby demanda « Où est Horace ? Il doit jeter un coup d'œil sur son livre d’anecdotes et sa belle collection d'’idiotismes irlandais.

—— Non, répliqua le colonel en descendant. C'est une source qui jaillit d'elle-même, et elle à trouvé le secret du mouvement perpétuel, ce qui est pis, à moins que vous n’utilisiez ce défaut, au service de la science ».

De Craye accompagna ces paroles d'un rire content.

« Votre rire, Horace, est un merveilleux commentaire de votre esprit. »

Willoughby prononça ces mots avec l’air de quelqu un qui vient de faire claquer son fouet.

« C’est l'avis bienveillant qu’il me manque quelque chose ? demanda de Craye.

__ Précisément. Vos enchères triplent la valeur de l'ob- Jet.

— Oh ! si quelque charlatan vous débite de la musique, Willoughby, marquez un point pour lui, même si VOUS n’absorbez pas sa drogue.

—— Qu'il joue en mesure, s'il veut nous faire de la musique ».

De Craye, en s'adressant aux dames, montra qu'il con-

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naissait l’art d'accepter avec grâce ia défaite, et de se concilier ainsi les cœurs tendres : « Suis-je en retard ? » demanda-t-1].

Willoughby se sentait plus dispos. Il soupçonnait bien, confusément, que son adversaire n’avait si complétement cédé qu'avec la secrète assurance d’être le véritable vainqueur! et le venin s’amassait, dont Willoughby ferait usage à la première escarmouche. Mais 1l avait été sarcaslique et mordant ; il avait montré à Claire comment il pouvait jouer son rôle dans une conversation toute différente de ce langage roucoulant, de ces faibles protestations coupées de soupirs, qu'elle lui imposait, Dieu sait comment ! Il pensait comme pense sa race, et de brusques allusions personnelles, les coups de poing assénés sur les traits saillants d’un visage, lui paraissaient, en de telles rencontres, constituer des preuves de supériorité ; 1l se sentait robuste et solide, impatient des succès que lui réservait la soirée.

De Craye escorta dans la première voiture Mesdames Eléonore et Isabelle. Willoughby venait ensuite avec Claire, Letitia et le Rev. docteur. Tous restaient silencieux, car le docteur Middleton méditait ostensiblement, et Willoughby reçut une petite douche lorsque le Rév. docteur desserra les lèvres pour dire : « Et cependant Monsieur, je n'ai pas remarqué que le colonel eût rien d'un Ignace celte qui mérite d’être fustigé, pour avoir montré à contretemps ses belles dents blanches. « Quicquid est, ubicunque est, quodcunque agit, renidet » — eh ? C’est une maladie tout à fait dépourvue de charme et d'élégance pour le spectateur, si consolante soit-elle pour le malade. Mais ce gentleman ne commet pas pareille offense ; ou bien, je suis si étrangement prévenu en sa faveur que mon témolgnage ne vaut plus rien. »

Les hein ? eh ? du Rév. docteur s’accompagnaient d'un honnête froncement de sourcils qui précisait l’interrogation. Willoughby voulut opposer une réponse spirituelle et méprisante, mais elle prit bientôt l’allure d’une excuse. sous le regard curieux et clairvoyant du docteur Middle-

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