‹ L'égoi͏̈steChapitre 3 sur 160 · PARENT ES ES · texte numérisé non relu

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— Oh !'il y à évidemment un baragouin anglais comme il y à un baragouin irlandais.

— Mais quand les Anglais s’y essaient, ils sont beaucoup plus sots, car la langue anglaise ne paraît pas se prêter aux mêmes abréviations que l’irlandais.

— Mais où donc, s’écrièrent les deux dames, où donc peut-elle être ? — L’orage devient terrible ».

Letitia parla du hangar aux bateaux.

« [1 est vrai que Crossjay n’a pas pris de bain ce

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matin ! » s’écria De Craye. à Personne n’aperçut l’absurdité de cette réflexion. Com- | ment Claire aurait-elle pu songer à faire nager Crossjay à

dans le lac, tout de suite après déjeuner ? On retint du moins cette idée que Claire et Crossjay avaient voulu peutêtre aller en canot sur le lac.

Dans cet espoir, Willoughby laissa De Craye courir sa chance tout seul. Il réprimait un rire silencieux. Il préparait tout un plan de conduite : il renverrait Crossjay et resterait dans l’abri avec Claire ; il s’épanouissait en imaginant le prestige que lui vaudrait sa recherche et sa découverte. Puis des sentiments pénibles surgirent. Mais sûrement 1l pourrait rester seul avec elle, en quelque lieu d'où elle ne pourrait s'évader.

Lorsqu'on ouvrit devant les deux hommes la porte du vestibule, une image du déluge s’encadra dans la baie. Tous les arbres, couverts de jeunes pousses, étaient d’un noir d'acier, sans la moindre teinte verte : ils se courbaient, ruisselants, et la chanson de la pluie était devenue un sifflement obstiné. 2 Les dames, à cette vue, protestèrent contre la folie de | Claire, elles prirent même la jeune fille à partie. De petites fautes pèsent lourdement quand les circonstances deviennent hostiles. Il fallait être fou pour affronter un temps pareil. Claire était bien étourdie, toujours agitée. Claire ! Claire ! Comment avez-vous pu vous montrer si .# téméraire ! Ne devrions-nous pas prévenir le Révérend docteur ? Letitia obtint qu’on respectât la tranquillité du. docteur Middleton.

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« Quel chemin prenons-nous ? » demanda Willoughby. Il redoutait presque maintenant de ne pouvoir se débarrasser de son compagnon.

« N'importe lequel, répliqua de Craye. Je jette ma tête en l'air, comme si c'était un sou, et je me guide à pile ou face ».

Ce sot bavardage exaspérant mit en fuite Willoughhy. De Craye le vit jeter derrière lui un coup d'œil furtif, pour s assurer qu on ne le suivait pas, et il pensa : « Par Dieu ! il l'aime peut-être. Maïs il ne suit pas la bonne piste. Ou je me trompe fort, ou c’est une fille résolue. Sur cent mille jeunes filles il n’y en a qu’une comme elle. De telles jeunes filles sont les épouses qui conviennent à des hommes dignes d'elles. Elles obligent les hommes à penser au mariage. Demain ! Si seulement l’occasion s’en présente. Lorsqu'elles s’attachent à vous, rien n'’ébranle leur fidé- Hté. »

Il évoqua son visage, et les draperies flottantes qui la faisaient ressembler à une fleur ; il espéra passionnément qu'elle avait échappé à l’orage.

Il se dirigea vers l'Ouest, et apprit à la loge qu’on avait vu partir Miss Middleton avec Mr Crossjay, mais on ne l'avait pas vue revenir. Mr Vernon Whitford avait pris le même chemin, une demi-heure après.

« À la poursuite du gamin », dit le Colonel.

La femme et la fille du gardien connaissaient les fredaines de Mr Crossjay. Mr Whitford, dirent-elles, les avait questionnées: à son sujet. [] avait dû rejoindre Mr Crossjay et le renvoyer à la maison, pour qu'il otât ses habits ruisselants d’eau, car Mr Crossjay était revenu, mais il avait refusé de s’abriter dans la loge ; on aurait dit qu’il pleurait ; 1l était parti dans ses habits trempés, la tête basse, et il marchait dans l’herbe mouillée. L'opinion générale à la loge, c’est que Mr Crossjay devait se sentir très malheureux.

« Il a dû recevoir de Mr Whitford une correction bien méritée, je n’en doute pas », dit le Colonel.

La mère et la fille supposaient que les choses s'étaient

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passées ainsi, et elles jugeaient d'une façon sévère l’entêtement de Crossjay : ses vêtements ruisselaient, mais il n’était pas rentré droit au château pour se changer.

De Craye tira sa montre, elle marquait onze heures dix. Si les hypothèses qu'il avait, un peu au hasard, échafaudées se trouvaient justes, l'orage avait dû rejoindre Miss Middleton à mi-chemin du but. Etant donné le caractère qu'il lui prêtait (qu'il lui connaissait, eût-1il dit), 1l jugeait qu'aucun orage n’empêcherait la jeune fille d’accomplir ce qu’elle avait résolu. Il conclut, par suite, qu’en ce moment même, elle fuyait vers son amie, la charmante brunette, Lucie Darleton.

Cependant, comme il était possible que la pluie trop violente l’eût arrêtée, et comme rien n'indiquait qu'elle eût pris un autre chemin, le Colonel se décida à suivre la grande route, jusqu'à Rendon, en surveillant attentivement les fenêtres des cottages ou des fermes.

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