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__ Vous préciserez une autre fois la ressemblance, 1nterrompit Mrs Mountstuart. Si vous tombez sur une comparaison spirituelle, ce n’est pas vous qui aurez le beau rôle. Et maintenant, dans la mesure même où vous avez dépassé le nombre de mots fixé, vous me montrez que vous n'êtes pas sincère.
— Je pourrais vous faire un serment.
— Ce serait un parjure.
— Voulez-vous m'aider ?
— Si votre franchise était entière, je pourrais essayer.
— Chère Madame, que puis-je dire de plus ?
— Ce sera peut-être dificile. Vous pouvez répondre aux questions d’un catéchisme.
— Vous m'aiderez ?
—— Eh bien, oui ; quoiqu'entre amies, je n aime pas que l’on pose des conditions. N’y a-t-il pas au monde un homme à qui vous accorderiez volontiers votre main ? Voilà ma question. Je ne puis faire la moindre démarche avant d'être renseignée. Répondez-moi brièvement : il y en à un ou il n’y en à pas. »
Claire s’appuyait à son siège et respirait péniblement. D'un seul bond, elle se jetait en pensée dans l’abime, et elle s’en rendait compte ; en même temps, elle apercevait la folie de l’aveu, et la froide prudence lui ordonnait de se taire. Un tel homme existait-il ? Cette seule pensée était comme l'évocation de la liberté ; un aveu serait la promesse de la liberté.
« Oh ! Mrs Mountstuart |
— Eh bien ?
— Vous m'’aiderez ?
—— Ma parole, je comméncerai à douter que vous le aésiriez vraiment.
-— À qui j'accorderais ma main volontiers, Madame ?
— Fi! Avec l'esprit que vous avez, vous ne voyez donc pas où vous conduit l’hésitation que vous mettez à me répondre ?
— Bien chère Madame, voulez-vous me donner voire main ? Puis-je parler tout bas ?
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— Vous n'avez pas besoin de parler bas. Je ne regarderai pas. »
La voix de Claire tremblait sur une corde tendue.
« I] y a un homme... en me comparant à lui je sens mon insignifiance. Si je pouvais l'aider.
—— Quelle nécessité éprouvez-vous d’en dire davantage il y a quelqu'un.
—— Oh, madame, c’est différent : pas du tout ce que vous imaginez. Vous exigez de moi une scrupuleuse sincérité : j’obéis. Je veux que vous sachiez combien le sentiment que j'éprouve est différent de ce que vous pourriez soupconner après. après mon aveu. Je n'ai jamais OSé penser que je pourrais lui accorder ma main. Eussiez-vous demandé s’il existe quelqu'un que j’admire.… oui, je l’admire. Je ne puis m'empêcher d'admirer une brave et belle nature, dépourvue d’égoïsme. C’est quelqu un que vous devez plaindre, mais votre compassion vous place bien au-dessous de lui : on le plaint parce que sa noblesse a été l’ennemie de sa fortune. Il vit pour les autres. »
Sa voix qui vibrait harmonieusement rendait ce son grave, apaisé, qui vient du cœur même, et qu'il est impossible de railler ou de méconnaitre.
La tête de Mrs Mountstuart s’inclinait, comme au bout d’un ressort. >
« Est-il intelligent ?
— Très intelligent.
— Ïl parle bien ?
— Oui.
— Il est beau ?
— On peut le trouver beau.
Spirituel.
— Je le trouve spirituel.
— Gai, animé ?
— À sa manière.
— Certes, ce serait un charlatan s’il en adoptait une autre. Et pauvre ?
— I] n’est pas riche. »
Mrs Mountstuart garda le silence assez longtemps, mais,
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une ou deux fois, elle serra légèrement les doigts de Claire, pour la rassurer sans l'approuver. « Naturellement, 1l est pauvre, dit-elle enfin. Il faut que ce soit exactement le contraire de ce que vous pouviez avoir. Eh bien, ma belle Middleton, je ne puis pas dire que vous ayez manqué de loyauté. Je vous aiderai autant que je le pourrai. Comment ? Je n’en puis absolument rien dire. Nous sommes dans le marécage. Le meilleur moyen me paraît être de suggérer à cet ange si digne de’pitié quelques cabrioles pour qu'il se montre à vous sous un autre aspect. Je ne crois pas à son innocence. Il savait que vous aviez donné votre parole.
__ Pas une seule fois, un mot ou un geste de lui na trahi une pensée déloyale.
— ÂAlors, comment savez-vous... ?
— Je ne sais pas.
— Ce n’est pas À cause de lui que vous désirez rompre vos fiançailles.
— Non.
— Alors, vous avez exactement réussi à ne me rien dire. Quelle est la cause ?
— Oh ! Madame.
—— Vous voudriez rompre, uniquement parce que cet être admirable existe ? »
Claire secoua la tête : elle ne pouvait pas s'expliquer ; elle n’y voyait plus clair. Elle venait d’en dire bien plus qu’elle ne s’en était avoué à elle-même ; et elle avait ainsi dépassé d’un grand pas la ligne qu’elle osait fixer.
« Je ne veux pas vous retenir plus longtemps, reprit Mrs Mountstuart. Plus nous apprenons, et plus il nous est démontré que nous ne sommes pas aussi sages que nous le pensions. Me voici obligée d’aller à l’école de Lady Busshe ! Vraiment je vous avais prise pour une jeune fille très habile. Si vous changez encore, vous me confierez ce grave événement, ] y compte.
— Je vous le confierai, » répondit Claire. La déclaration violente de l’impossibilité d’un nouveau changement n'aurait pas produit pareil effet sur son interlocutrice.
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