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Mrs Mountstuart scrutait le visage de Claire pour le déchiffrer à nouveau, et justifier ainsi ses dernières Impressions.
« Puis-je me servir à mon gré de Ce que j'ai appris ?
__ Je suis entièrement entre vos mains, Madame.
— Je n’ai pas voulu être dure.
__ Vous n’avez pas été dure ; je me sens prête à vous embrasser.
— Je suis un peu trop détraquée, et ce n'est pas un baiser qui me remettra d’aplomb. Je me moquais de Lady Busshe ! Rien d’étonnant à ce que vous soÿez partie comme la fusée d’un bouquet qui rate, lorsque je vous ai dit que vous aviez si bien réussi auprès de Willoughby qu'il ne pouvait renoncer à vous. J'ai remarqué cela. Une femme comme Lady Busshe, toujours à l'affût des catastrophes, n'aurait pas eu besoin d’autre éclaircissement. Est-il d'humeur difficile ? »
Claire ne lui demanda pas d'identifier la personne qui surgissait ainsi.
« Il a ses défauts, dit-elle.
—— Alors, il n’y a plus d'espoir pour Sir Willoughby. Cependant, je ne prétends pas qu'il renoncera à vous lorsqu'il apprendra le pire, s'il l’apprend, comme il le devrait, dans son intérêt même. Je ne prétendrai pas non plus qu’il doive renoncer à vous. S'il y renonce, c’est lui qui sera l'ange de pitié. Quant à vous... mais vous ne mérite? pas de compliments. Ils auraient quelque chose d’immoral. Vous vous êtes conduite très mal, très mal, très mal. Je n'ai jamais assisté dans ma vie à pareille volte-face. Vous aurez mérité cette flétrissure : ce sera de notoriété publique : on vous appellera « le numéro deux ». Pensez-y | Pas même original ! Nous arrêterons là notre entretien, car je débiterais des niaiseries jusqu’à extinction de mon souffle. Je crois que j'ai entendu Ja cloche du déjeuner.
— Elle a sonné.
__ Vous n'avez pas une mine qui convienne à la vie en société, mais il vaut mieux que vous veniez.
— Oh ! oui, c’est chaque jour la même chose.
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— Que vous soyez entre mes mains, Où que je me trouve entre les vôtres, nous formons un couple d’insignes conspirateurs qui s’assiéent à la table d’une famille tout en complotant contre sa paix, et plus nous caquetons, plus nous devenons viles, mais les paroles sont nécessaires au soulagement de nos esprits. »
Mrs Mountstuart étala les plis de son ample jupe, et elle ajouta : « À un certain âge, les jeunes gens sont nos maîtres. Nous nous instruisons en regardant derrière nous. Je ne vous ai pas traitée de folle ; cela prouve beaucoup
en ma faveur. » — « Plein de défauts, d’honnête apparence, pas mauvais Causeur, JOYEUX, plutôt pauvre — et
elle préfère celui-là à celui-ci ! » Mrs Mountstuart songeait ainsi, à voix haute, tout en émergeant du groupe d'arbustes, en face du château.
Le Colonel de Craye s’avança vers elle. Certainement il se présentait bien, il était certainement joyeux, pas du tout mauvais causeur, rien d’un Crésus, et paré de certains défauts.
Mrs Mountstuart éprouvait une incertaine hostilité. Le sourire rieur du Colonel allait à l'attaque, avec la con- Gance d’une étincelle de soleil dans la brise. Mais Mrs Mountstuart pensait à la fiancée de Sir Willoughby, et elle accueillit ce sourire avec colère.
« Bonjour, Mrs Mountstuart. Je crois que je suis te dernier à venir vous saluer.
__ Et combien de temps allez-vous rester 1CI, Colonel de Craye ?
—— J'ai embrassé la terre en arrivant, comme Guillaume de Normandie, et, par conséquent, je suis attaché à ce sol.
__ Vous n’allez pas en prendre possession, je suppose ?
— Une poignée me suffirait.
— J'ai appris que vous jouiez beaucoup au Conquérant. Mais la propriété est considérée comme plus sacrée qu'au temps de Guillaume de Normandie.
__ Nous parlons de propriété, Miss Middleton, votre bourse est retrouvée », dit-il.
« Je le sais », répliqua-t-elle, d’un ton aussi naturel
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L'ÉGOÏSTE 161 | qu'eût pu le souhaiter Mrs Mountstuart. Cependant l’air candide de Claire irritait un peu la vieille dame. Claire ne s'arrêta pas.
« Vous restituez les bourses », reprit Mrs Mountstuart. Mrs Mountstuart prononça ce dernier mot avec un tel accent, et l'accompagna d’un tel regard que de Craye tressaillit : la vieille dame et Claire venaient d’avoir une longue conversation |
« C'est un objet qui est tombé mais qu’on n’a pas dérobé, dit-il.
— Alors 1l n’est pas assez précieux pour être conservé |!
— J'aurais, je crois, éprouvé les mêmes sentiments que ce pauvre Flitch, le cocher, qui l’a trouvé.
— S1 Vous vous apercevez que vous êtes tenté de vous approprier ce Qui ne vous appartient pas, vous devriez quitter notre voisinage.
— Et m exercer ailleurs ? Ce n’est pas une conduite vertueuse que vous me conseillez là.
— Je ne vous conseille pas pour sauvegarder votre vertu, Colonel.
—— J'ai osé un instant espérer que si, Madame », dit-il d'un air boudeur et découragé.
Is étaient près de la porte de la salle à manger, et Mrs Mountsiuart aima mieux laisser s'achever ainsi le dialogue. -Elle s’était composé, en abordant le Colonel, un masque austère et rigide qu'elle craignait de ne pouvoir garder bien longtemps. Le Colonel, la veille au soir, à sa table, avait mérité sa reconnaissance. Elle s’en souvenait encore et ne pouvait pas se montrer trop sévère.