‹ L'égoi͏̈steChapitre 66 sur 160 · SET · texte numérisé non relu

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162 L'EÉGOÎÏSTE

où Vernon Whitford le traversait pour se rendre à la salle à manger. Elle appela Vernon : « Esi-ce que les deux champions se sont réconciliés ? »

Il répondit : « Pas exactement ; mais ils ont consenti à se rencontrer au pied d’un autel, pour offrir aux dieux une victime : ce sera une imitation des classiques, en vers modernes.

— Cela me paraît assez innocent. Le Professeur ne s est pas montré inquiet pour ses bronches ?

— De temps à autre, il se souvient de sa toux.

— I] faut que vous l’aidiez à oublier.

— Lady Busshe et Lady Culmer sont ici », dii Vernon. L’émotion de Mrs Mountstuart lui révéla l’inattendue gravité de cette nouvelle.

Mis Mountstuart baissa Ja voix : « Invitez ma belle amie } vous suivre en promenade, quand nous nous lèverons de table. Il faudra peut-être que vous veniez à Son Secours. Invitez-la, ] y tiens.

__ Elle marche admirablement, répondit Vernon, d'un air naïf.

— ]] n’est pas nécessaire d'accomplir quelqu un de vos exploits pédestres ! »

Mrs Mountstuart laissa partir son interlocuteur et se tourna vers le Colonel pour prononcer l'éloge de Vernon : « Je ne connais pas de nature plus ouverte. On est sûr qu'il rendra toujours service et ne fera jamais de mal. Si vous étiez tous... au lieu de bondir sur toutes les proies que vous convoitez. Oui, votre désintéressement trouverait sa récompense, je vous assure. Oui, et là précisément où vous la cherchez. Voilà ce que personne ne veut croire, parmi vous autres, hommes.

— Quand vous me voyez revêtu de voire propre livrée ! s’écria le Colonel.

— Vraiment ? » — Elle s’attardait, dans le dessein, à demi ébauché, de se confier à Horace de Craye. « Comment se fait-il qu’on soit toujours tenté de vous parler par allusions ? Je me demande pourquoi ?

—— Cependant, lorsqu'un chien ne comprend pas notre

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bon anglais, nous nous adressons naturellement à lui en mauvais anglais. »

Mrs Mountstuart eut envie de sourire. Qui aurait pu

s empêcher d’être amusée par cet homme ? Et après tout, si sa belle Middleton voulait se montrer insensée, on ne pouvait l’en empêcher, quelque part que les amis de Willoughby prissent à son chagrin.

Elle s’efforça de ne pas sourire.

« C’est par trop absurde... Avec un bébé aussi, vous auriez pu l'ajouter.

— Je n'ai pas osé.

— Je vais vous dire, Colonel ; je finirai par devenir amoureuse de vous, et sans vous estimer, j'en ai peur.

— L'estime suit l amour, aussi sûrement que le bouquet accompagne la liqueur de Bacchus, si l’on consent seulement à sabler le verre, Madame.

— Nous autres femmes, Monsieur, nous pensons que 1 estime doit venir d’abord.

— C'est transposer les saisons, donner à octobre Ja fleur, à avril la pomme — une pomme sans douceur ! L’estime est quelque chose de moelleux qui vient après la floraison, après la flamme. C’est comme une soirée qu’on passe à la maïson ; parce que, si l'estime venait tout d’abord, elle n'aurait pas de père, et ne pourrait espérer de rejetoñs ; cela ne serait pas conforme à la nature. Aussi, Madame, je vous en prie, tenez-vous-en à l’ordre original, et vous serez l'enfant de la nature, et je serai, moi, l'être le plus fortuné parmi les mortels.

— Vraiment, si j'avais quinze ans de moins... Je ne sais pas trop. Je serais capable d'essayer de vous rendre inoffensif.

— Arrachez ses dents à l'agneau pourvu que vous le caressiez pendant ce temps | — Je vous ai défié, Colonel, et je ne veux pas me plaindre de votre attaque. Mais maintenant laissez votre esprit tranquille, aux côtés de votre candeur, et pour un instant descendez avec moi au niveau des esprits vulaires.

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