‹ L'égoi͏̈steChapitre 81 sur 160 · SIOATEEN LS RENTRER ANSE UE EIRE LE · texte numérisé non relu

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L'ÉGOÏSTE 199 il devient un Egoïste civilisé ; un primitil encore, aussi sûr que l’homme a des dents, mais 1l sait mieux se servir de ces dents.

Dégénéré ou non (aucune bonne raison ne nous permet de le qualifier ainsi) Sir Willoughby représentait l’Egoïste social ; il grandissait démesurément tout ce qui le concernait. Il avait découvert un royaume plus vaste que celui des appétits sensuels, et pendant la période de conquête. 1 s'était élancé dans toutes les directions, avec l’orgueil d’un Alexandre. Pendant ces voyages, rapides comme /a course des vents, il s'était emparé de Constance, plus tard de Claire. L'histoire de Miss Durham pouvait être aifiérente, mais, presque certainement, Miss Middleton avait entrevu l'être intime de Willoughby, après s'être lassée d'en entendre indéfiniment parler. Ce qu'il avait révéié ne provoquait pas le dégoût de Claire. Les femmes peuvent sunporter bien des révélations ; C est un stimulant pour elles ; mais elles ne supportent pas la monotonie. [Il avait tué l'imagination de sa fiancée. En amour, il n’y a pas de plus terrible désastre que la mort de l'imagination. Il avait traîné Claire à travers les labyrinthes de son plus intime sanctuaire, tant il éprouvait une famélique convoitise d’être ximé davantage, toujours davantage, Mais l'imagination repoussa alors le fantôme qu’elle étreignait et Claire n'entendit plus parler qu'un monstre. C'était cela sans doute car le primitif exerce sur la femme un charme tout puissant, jusqu’au jour où il entre en contact avec elle.

«Alors il en fit cadeau à Vernon Whitford, son cousin et son secrétaire, qui ouvrit la bouche et ferma les yeux ! »

La question urgente consistait à savoir comment Sy prendre. Il fit appel à toute sa puissance de concentration : une puissance telle que, souvent, il avait senti et proclamé qu'il ferait son chemin comme avocai, diplomate ou général - et si le métier l’avait personnellement intéressé, 1l aurait pu devenir quelqu'un d’émineni. Il bâtissait des plans et se défendait avec une habileté remarquable.

1 imaginait une scène : il exprimaif d’abord l’inquiétude que lui inspirait ce pauvre Vernon et son futur éta-

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blissement. Claire gardait un maintien têtu. Il y était si bien accoutumé qu'il ne se la représentait pas autrement. Lui disait : « Si vous vous décidez à rompre, Je vous*rends votre parole, à une condition. » Là-dessus, elle tressaille ; il insiste pour qu’elle promette ; elle refuse. On revient à

point de départ ; elle s’irrite, elle le supplie de tout lui dire ; il La flatte en lui exposant son désir de la voir rester

dans la famille ; elle n’en reçoit aucune lumière, mais la

curiosité la pousse. Il émet des considérations philosophiques sur le mariage : « Que sommes-nous ? Pauvres créatures ! Il nous faut, dans la vie, nous tirer d'affaire de notre mieux, en faisant tout le bien possible à ceux que nous aimons ; et pensez-en ce que vous voudrez, } aime beaucoup mon brave Vernon. Est-ce que je ne vous donne pas la meilleure preuve de cette affection ? » Elle ne veut pas voir clair. Alors, il formule crûment l’unique condition : cela et rien que cela. « Prenez Vernon, et je vous rends votre liberté. » Elle refuse. Alors commence la discussion, mais lui ni se montre éloquent : « Est-ce à cause de ce premier mariage si malencontreux ? Vous m'aviez assuré que vous ne jugiez pas Vernon plus sévèrement pour cela : etc. » Elle qualifie cette proposition de révoltante ; il ne peut Es voir qui puisse l’offenser, quand 1l lui propose de rendre heureux son cousin à défaut de lui-même ; l'ironie et le sarcasme apaisent l'émotion qu'il ressent, mais 1} persuade Claire qu'il agit sans arrière-pensée, et qu'il cherche à se montrer généreux. Elle reste déconcertée ; elle parle comme une petite fille.

Il consacre quelques mots encore à cette lointaine escapade de Vernon. Elle écoute sans plaisir. Il termine la scène en recommandant à Claire de réfléchir et de se rappeler la seule condition mise à sa liberté. Mrs Mountstuart est bien obligée de croire qu’il brûle d’être libre. Il la prie alors de venir parler à Claire. Tante Eléonore et tante Isabelle supplient la jeune fille. Letitia insiste avec une ardeur passionnée. Enfin, Willoughby et Mrs Mounistuart attaquent Vernon (et Willoughby s’efforçait de croire que là serait la plus grosse difficulté). Mais la jeune fille a de l’argent,

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