‹ L'égoi͏̈steChapitre 83 sur 160 · DR YA · texte numérisé non relu

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MINUIT : SIR WILLOUGHBY ET LETITIA : ET LE PETIT CROSSJAY CACHÉ SOUS LA COUVERTURE

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Le petit Crossjay était avide de vacances et ne songeait Jamais à rentrer à la maison avant la nuit. La chute du jour le surprit à plusieurs milles du château, en train de se demander s1l ne compléterait pas la série de ses mulliples aventures en couchant dans une auberge : il beaucoup d’argent et la pensée de sauter hors du lit, le matin, dipa 1 lieu étranger, le tentait vivement. Et puis, lorsque Sir Willoughby l'avait réveillé en le secouant, il lui avait enjoint de partir et de ne plus se montrer à Patterne. D'autre part, Miss Middleton lui avait ordonné de revenir. Îl ne se demanda pas à qui il obéirait : il suivit son Cœur.

il se retarda en dinant dans une auberge, où il trouva un auditoire disposé à écouter le récit de ses aventures. Pour rattraper le temps perdu, il prit un raccourci qui le jeta hors de sa route. Il arriva fort tard au château, prêt à accepter joyeusement une nuit de repos sous les étoiles, s il le fallait. Mais une bougie éclairait une des fenêtres de derrière. [1 frappa et une fille de cuisine le fit entrer. Elle lui prépara un bol de soupe chaude. Pour lui faire plaisir,

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Crossjay essaya d’avaler une bouchée, mais sa tête s inclina. Marie, la servante, fit tenir l'enfant debout, maïs il retomba sur l'épaule de la jeune fille. Le gamin, trop fatigué, n'avait pu supporter l'air sec de la cuisine. La bonne le fit marcher, aussi fermement qu'il en était Capable, et le conduisit par le couloir de service dans le vestibule. Puis elle lui enjoignit de se glisser silencieusement jusqu’à son lit. Il comprenait parfaitement la situation, et bien qu'il se sentit prêt à dormir à poings fermés sur les escaliers, il se donna résolument pour but d'atteindre sa chambre, et avec des allures de chat, il arriva jusqu’à la porte. La porte résistait. Tout de suite, Crossjay se sentit accablé, à bout de forces. La porte était fermée à clé. Crossjay eut l'impression de se trouver brusquement en face de Sir Willoughby. Il s'enfuit sur des jambes flageolantes, et dégringola le long d’une demi-douzaime de marches, en se faisant des bosses. Une porte s’ouvrit au premier étage. Il traversa le vestibule pour se précipiter dans le salon : la porte s’ouvrait d’un air engageant ; et là, dans l'obscurité, il trébucha jusqu’au divan et se roula dans quelque chose de soyeux et de chaud, doux comme des mains de femme et imprégné de leur parfum, si délicieux qu'il tassa les plis sur sa tête ei sur ses talons. Tandis qu'il essayait de se représenter le lieu où il se trouvait, ses jambes se replièrent, ses paupières se fermèrent, et il se retrouva au beau milieu des aventures de da journée, €n train d'accomplir encore de plus merveilleux exploits.

Il entendit prononcer son nom ; c'était bien son nom. II savait que ses oreilles entendaient son nom, tandis que luimême poursuivait en rêve les plus fugaces visions qui aient jamais été envoyées à un mortel. Le nom ne se mêlait pas aux rêves, mais leur restait étranger el revenait, par intervalles, comme l’écriteau « Dangereux » sur lequel retombe de temps à autre le patineur qui glisse en tous sens. L’écriteau arrêtait tout d’un coup l’enfant dans sa course, ou bien l’obligeait à ralentir le pas. Puis, Crossjay commença tourner autour, à rétrécir le cercle, jusqu au moment où son cœur battit comme sous l'effet d’un choc. Il se recro-

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quevilla, songea à se précipiter au dehors — et resta imMmobile comme un mort, tandis qu'il écoutait, le cœur battant.

Une voix disait : « Oh! Sir Willoughby ! » Et le ton trahissait une vive alarme.

La réponse fut : « Mon amie ! ma chérie |

__ Je suis venue pour parler de Crossjay.

__ Voulez-vous vous asseoir ici, sur le divan ?

— Non, je ne peux pas Tester. Je croyais avoir entendu rentrer Crossjay. Je préfère ne pas m'asseoir. Puis-je vous prier de lui pardonner lorsqu'il rentrera ?

__ Vous, vous seule, pouvez me demander cela. Je ne le permets à personne d'autre. Remettons Crossjay à demain.

__ I] a peut-être couché dans les champs. Nous sommes inquiets.

— Le coquin est assez capable de prendre soin de luimême.

__ F] lui arrive sans cesse des accidents.

__ On l’indemnisera si la punition es excessive.

__ Je vais alors vous souhaiter une bonne nuit, Sir Willoughby.

— Lorsque librement et sans réserves, vous m aurez donné votre main. »

Ïl y eut un moment d’hésitation.

« Pour vous dire bonne nuit.

— Je demande votre main.

— Bonne muit, Sir Willoughby.

__ Vous ne la donnez pas ? Vous doutez encore ? De quels mots dois-je me servir pour vous convaincre ? Et cependant vous me connaissez. Qui me connaît Si ce n est vous ? Vous m'avez toujours connu. Vous êtes mon foyer et mon temple. Avez-vous oublié le poème que vous CoM-

posiez pour ma majorité :

L'étoile de l’aube s’est levée Dans la plénitude de sa Jumière….

__ Ne me le redites pas, je vous en prie, s’écria Letitia avec un sursaut.

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