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l’alouette anglaise
Mon cœur fais éclater maintenant les: murs de ta prison, Et, avec fierté, enfuis-toi dans les airs !
— Oh! Je vous supplie de ne pas me contraindre à entendre les sottises que j’écrivais quand j'étais une enfant. Oublons ces vers stupides. Si vous saviez ce que c'est qu écrire et mépriser Ce qu'on a écrit, vous ne me tourmenteriez pas. Et, puisque vous ne voulez pas parler de Crossjay ce soir, permettez-moi de me retirer. — Vous me connaissez, et vous connaissez, par pois, quent, mon mépris pour la poësie en général, Letitia. Mais pas pour des vers que vous m avez adressés. Pourquoi les traiter de stupides ? Ils traduisaient vos sentiments. Ces vers sont sacrés pour moi. Ce n’est pas dela poésie vulgaire, mais quelque chose de religieux. La troisième strophe est peut-être celle que je préfère. = — Ce serait plus que je n’en puis supporter. ‘a — Vous étiez sincère quand vous avez écrit ce poème ? — J'étais très jeune, très enthousiaste et très sotiez — Vous étiez, et vous êtes toujours pour moi l’image de la fidélité.
— C'est une erreur, Sir Willoughby. Je ne suis plus du tout semblable à ce que j'étais.
— Nous sommes tous plus vieux, et, je l’espère, plus sages. Je suis, je l'avoue, beaucoup plus sage. Enfin !... Je vous offre Ma main. »
Elle ne répondit pas.
« Je vous offre ma main et mon nom, Letitia ! »
ont de réponse.
« Vous croyez que l'honneur me lie à quelqu'un d'autre ? »
Elle restait muette.
« Je suis libre — grâce au ciel ! Je suis libre de choisir ma compagne — Ja femme que j’ai toujours aimée | Librement et sans réserves, comme je vous demande de me
— Je me le suis redit mille fois : dans l'Inde, en Amérique, au Japon. C'était pour moi comme Jde chant de
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L'ÉGOÏSTE 207 donner votre main, je vous offre la mienne. Vous êtes la maîtresse de Patterne, ma femme ! »
Elle ne prononça pas un mot.
« Ma chérie! Ne me comprenez-vous pas bien ? La nain que je vous offre est libre maintenant. Elle est offerte À la femme que je respecte plus que toutes les autres. J'ai découvert que je né pouvais pas aimer sans respecter l'être aimé, et comme je ne veux pas me marier sans aimer, 1 s'ensuit que je suis libre ; je vous appartiens. Enfin ? — Vos lèvres s’entr'ouvrent. Parlez-moi. J'ai dit : « Celle que j ai toujours aimée. » Vous portez dans votre sein l’aimant de la constance, et malgré d’apparentes déviations, je n'a jamais cessé de me sentir attiré. Et maintenant, tout obstacle a disparu. Nous deux en face du monde ! Nous ne faisons qu’un ! Laissez-moi avouer un vieux défaut, un défaut tout à fait puéril dont vous rendiez responsable ma jeunesse. Il fut un temps où je désirais tout absorber en moi. Pour la raison suivante : J'étais méfiant ; je men rends compte. Vous m'apprenez que s’unir à une femme intelligente est une tout autre alliance. L'orgueil que vous m'inspirez, Letitia, me guérit à jamais de cette folle passion — de cet appétit insatiable, si vous voulez. Je l’avoue, commeé une folie de jeunesse. J’ai, pour ainsi dire, fait le tour du monde afin de vous revenir — et me voilà. Et nous allons vivre une existence virile, en égaux. Eh bien oui, me voilà enfin ! Mais rappelez-vous que, dans le jeune homme, vous auriez trouvé un despote, peut-être un despote jaloux. Les jeunes hommes, je vous l’assure, inclinent à une conception tout orientale de l'amour. Ils créent à l'amour une fàcheuse réputation. Ma Letitia, nous ne confondrons pas
- l'amour avec l’égoïsme. Ou alors, c’est l’essence même de
la vie ; en tous cas, c’est un égoïsme revêtu de beauté. Je vous parle comme parle d'homme qui retrouve un compatriote sur une terre étrangère. Îl me semble que, depuis un siècle, je n'ai plus ouvert la bouche. Je n’ai certainement pas ouvert mon cœur. Je crois pouvoir comprendre ceux queïla joie fait chanter. Si je ne portais pas en-moi quelque chose qui mérite d’être dit, je serais, je crois, capable de
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