‹ L'égoi͏̈steChapitre 89 sur 160 · CAIN UE · texte numérisé non relu

CAIN UE

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et j'exige des autres semblable fidélité. S’1l n'en est pas ainsi, le monde devient, plus ou moins, un carnaval de faux semblants. Et cette fois !... Claire, mon amour ! Et vous avez des principes : on vous les a légués, on vous les a inculqués. Ai-je, dans mon ignorance, Commis une offense pour laquelle il n’est point de pénitence, puisque vous, parmi toutes les femmes... Et sans que vous puissiez donner un nom à mon péché. — Non seulement à cause de ce que je puis perdre, mais à un point de vue abstrait, juridique — en laissant de côté le sentiment de l'intérêt personnel, le chagrin, la douleur, et la possibilité d’avoir à supporter quelque chose qu'aucune tentation ne me déciderait à accomplir — à un point de vue juridique — Je crains, Monsieur, de faire, pour le barreau, un pauvre orateur. »

Ces paroles arrêtèrent les hochements de tête par lesquels le docteur Middileton accueillait, en les approuvant, de si évidentes vérités : « La situation, Monsieur, n'’exige pas un Cicéron ; continuez.

— Au point de vue juridique, j'ose l’affirmer, bien que cela puisse paraître présomptueux chez quelqu'un qu’affige une souffrance aussi aiguë — j'ai en horreur la moindre violation d’un serment. »

Le Rév. docteur salua d’une profonde inclinaison de tête cette phrase qu'il avait attendue : « Et moi, dit-il, personnellement, et en ce moment même, j ai en horreur la moindre violation de serment. Au point de vue juridique ? L'esprit juridique examine, condamne. Peut-il haïr ? Je pense, Monsieur, que nous ne siégeons plus quand, nous parlons de haine ; nous avons quitté le banc des juges. Cependant 1l est certain que nous haïssons la mauvaise conduite. Vous voulez dire « à un point de vue désintéressé », point de vue qui vous permet d'exprimer vos propres sentiments. »

À l'ombre de ses sourcils, il fixa Willoughby et reprit : « Je ne le lui ai pas mâché, Willoughby ; je le Iui aï dit en Saxon vulgaire, et en termes nets et olympiens. J’imagine qu'il n’est pas nécessaire d’y revenir.

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— Excusez-moi, Monsieur, mais je ne suis pas encor pardonné |

— Bavardez ensemble, et vous dissiperez le nuage qui reste. Je me sens à peu près aussi à l’aise qu'un dindon entre deux tourterelles.

— Père, laissez-nous, dit Claire.

— Joignez d’abord nos mains, Monsieur, et laissez-moi aussi vous appeler : Père.

— Tendez votre main à ce brave garçon, ma fille ; bien droit, depuis l’épaule, comme un vaillant boxeur. Contentez un amoureux qui réclame son bien.

— C’est plus que je ne puis faire, mon père.

— Comment ! plus que vous ne pouvez faire ? Vous lui avez donné votre parole. Vous êtes sa fiancée.

— Je ne désire pas me marier.

— L'excuse est insuffisante.

— Je ne suis pas digne...

— Pur bavardage |

— Je le supplie de me rendre ma liberté.

— Folie I!

— Je n'ai aucun amour à lui donner.

— ÆEtes-vous revenue au berceau, Claire Middleton ?

— Oh ! laissez-nous, mon cher papa !

— Mon offense, Claire, mon offense ? Quelle est-elle ? Voulez-vous seulement lui donner un nom ?

— Mon père, voulez-vous nous laisser ? Nous nous expliquerons mieux ensemble. |

— Nous nous sommes expliqués, Claire, combien de fois ! reprit Willoughby. Avec quel résultat ? Vous m'aimiez, Vous avez cessé de m'’aimer ; votre cœur m appartenait, vous me l'avez repris, vous me l’avez arraché ; vous me demandez de consentir à un sacrifice tel que ma réputation et ma vie seraient en jeu. Et qu'ai-je fait ? Je suis le même, toujours semblable. Je vous aimais et je vous aime ; mon cœur vous appartenait, il vous appartient, 1l vous appartiendra toujours. Vous êtes ma fiancée — c'està-dire ma femme. Qu'’ai-je fait ?

— C’est vraiment inutile, soupira Claire.

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