XX XVIII
Rien n'est plus aisé à tourner en ridicule qu'une religion morte, avec ses idées et ses idoles, avec son dogme et son culte; il suffit d'un peu d'esprit naturel. La haute impartialité de la science moderne, au contraire, ne se scandalise pas des formes étranges et bizarres que prennent toujours les dieux tombés, et elle n'entre jamais dans un temple, même consacré aux magots les plus bouffons, sans un sentiment de curiosité sérieuse, respectueuse. On risque de ne pas bien comprendre ce qu'on est trop prêt à railler, C'est done d'un cœur pieux qu'il faut passer le seuil de notre édifice, et non-seulement nous ne repousserons pas loin de nous les dévotes impressions que venaient autrefois Y chercher, sous l'œil du sacerdoce, les bonnes àmes fidèles aux pratiques de la religion pharaonique, mais nous leur ouvrirons de notre mieux notre cœur et notre intelligence.
Voilà qui est bien entendu : un peu de catéchisme est nécessaire, une initiation des mystères, Un temple n'édifie que ceux qui à entrent la tête pleine des dieux pour lesquels il à été édifié Tui-
méme,
Les prôtres égyptiens enseignaient un Diéu unique, ineréé, immortel, auteur du ciel et de la terre, qui s'est engendré lui-même et perpétuellement s'engendre encore lui-même. C'est à peu près notre nature érigée en divinité, conçue comme l’universelle force, comme la toute-puissance éternelle, créatrice et conservatrice, comme l’ensemble enfin de toutes les influences du monde sur
l'homme et de nous-même sur le monde. Mais l'idée de Dieu ainsi
énoncée est bien abstraite et échappe au cœur du peuple plus en-
core qu'à son intelligence, comme tout panthéisme. I à fallu, pour la rendre palpable et sensible, laisser la piété vulgaire se prendre à des choses plus matérielles, moins générales; l'adorer, non pas dans elle-même, mais dans quelques-uns des plus grands faits qui la font être, dans la lumitre, dans le feu, dans le soleil, dans lazur des cieux. De notre temps encore, qui donc oserait dire que la nature se révele à lui autrement que dans les forces secondaires partout éparses, unies sans doute en un tout, mais en un tout trop im. mense pour Ctre embrassé? Dans fout savant qui n'est que savant, au dix-neuvième siècle, il va un polythéiste.
Ce Dieu trés-haut, le plus haut des Égvptiens, est un symbole au fond plus scientifique que vraiment religieux. On arrive à le connaitre; jour ainsi dire, par là méthode objective, Il se manifeste aux hommes beaucoup plus comme le Jéhovah des Juifs, dans le monde extérieur, que dans le for intérieur, comme le Pere, que Jésus sentait si intimement, [ne manque pourtant pas d’être allié de près à la première personne de la Trinité chrétienne.
On n'adorait pas les mêmes grands dieux dans la haute et dans la basse Égypte. Il est vrai qu'ils se ramènent aisément les uns aux autres, et il n°4 a guère entre eux que la différence existant entre les différentes gens qui inventérent leur culte et les différents lieux qui leur imprimérent leur caractère. Or, quoique divers, Fhomme
et la nature partout sont semblables à eux-mêmes.
Dans les basses terres, à Memphis, sous le nom de Ptah, l'Égypte vénérait comme le plus haut et le plus vieux des dieux, un dieu de elarté et de lumière, svmbolisé dans le feu. À lorigine, ainsi erovait-on, était la lumière de Ptah, et, par cette lumière, le monde tiré de la nuit, surgit des ténèbres, vint à être. Avec la lumiere,
après la lumière fut créée la vie et furent créésles dieux, la terre, les
hommes. Manéthon fait régner Ptah, neuf mille ans durant, avant
tous les autres dieux. Les inscriptions nomment Ptah «le père des peres des dieux, le roi des deux mondes, le père de la vérité. » I est le dieu des commencements : € Ptah qui roule son œuf. » Le scarabée est son animal sacré. IL v a en Égvpte un scarabée d'une espèce particulière, que l'observateur surprend parfois la nuit à rouler une petite boule de terre devant lui, et les anciens Égyptiens tenaient cette boule pour son œuf. De sorte qu'on prit un religieux plaisir à se figurer aussi le dieu de lumière poussant devant Ini, comme des œufs, le soleil et la lune, et souvent Pfah figure sur les monuments avee une tête de scarabée sur les épaules au lieu de sa tête d'homme. La couleur symbolique de Ptah est le vert.
Ra, le dieu d'Héliopolis, aussi dans la basse Égvpte, et non loin de Memphis, n'était qu'une émanation de Ptah et la personnification secondaire du même principe. Ptah est la lumière et le feu et le <père des pères des dieux. » Ra est le dieu du disque solaire, et seulement le «père des dieux. » L’épervier, le taureau de couleur claire, le chat, étaient les animaux sacrés de Ra. Les Pharaons portient le titre de fils de Ra. Au fond, il parait être surtout le prototvpe de ces rois, la source religieuse de leur puissance. Il est celui qui conserve la vie et le monde; il a l’activité, l'influence, la domination, la lutte pour partage. On le représentait tenant d'une main le sceptre et de l’autre l'emblème de la vie, et sur sa tête le disque solaire, autour duquel s’enroule un uréus. Sa couleur est le rouge.
Après les dieux, les déesses. A Saïs était le sanctuaire de la déesse Neïth, la « reine, » la « mére des dieux, » la « puissante déesse, » incarnant en elle tout ce qu'il v a de réceptivité dans la nature, la fécondité passive. Elle porte la couleur verte de Ptah, et son animal est le vautour. Puis, à Boubastis, était honorée la
déesse Pacht, alliée de plus près à Ra, et portant comme Ra le
disque solaire sur sa tête, et, comme lui, en affinité avec le chat.
Dans les hautes terres de lEgvpte, sur le ciel de Thèbes, régnait Animon; son nom Amoun, Amen, signifie, à ce qu'il semble, le «caché,» le dieu inconnu, impossible à connaitre. Debout ou assis sur un trône, il porte pour emblème deux plumes dressées sur sa rovale coiffure, et dans les mains les signes de la domination et de la vie. Sous un autre nom, avec d'autres nuances, il est une sorte de Ptah, le plus grand des dieux d'un autre panthéon, le premier en rang. Sa couleur est le bleu. Un dieu double, en deux personnes, émane de lui et tient à ses côtés la place de Ra : Mentou et Atmou, c'est-à-dire le soleil couché et le soleil levé, le soleil du jour et le soleil durant là nuit.
De méme qu'à Memphis Neïth et Pacht s'associent à Ptah et à Ra, une déesse aussi s'attache au dieu de Thèbes; c'est Mout, la inere, la «reine des ténèbres. » Le vautour est son emblème.
Près de Svène enfin, à l'endroit où les eaux mystérieuses du Ni cutrent en Égvpte, le dieu Knepli (Chnoubis, Noum) faisait à Ami mon une pieuse, une divine concurrence sous le titre de « seigneur des irrigations, des inondations.» Les monuments nous le montrent de préférence peint en vert, le sceptre et l'emblème de la vie dans ses mans, avec le bélier pour animal symbolique. Du reste, on le confondait volontiers avec Ainmon et Ammon avec lui, en donnant à l'un les emblèmes de l'autre. Le Nil at-il pas en Égvpte toute
l'importance bienfaisante du soleil méme?
En résumé, tout au haut de la théologie égvptienne, il v à une
sorte de principe cosmique, un et pour ainsi dire neutre, qui, par
un premier dédoublement, se divise en un principe mâle et en un
principe femelle. Ces deux, à leur tour, en engendrent un autre, puis laissent le nouveau venu lui-même constituer à son propre profit une trinité secondaire. Le système s'en va ainsi de trinité en trinité, comme par cascades; et tous ces dieux échafaudés en pvraides, procédant les uns des autres, s'étayant mutuellement, ne sont après tout qu'un seul et même dieu. Notre nature aussi est un tout sans commencement et sans fin, un tout fait de forces multiples qui tendent à s'associer, à s'engrener ensemble pour ne plus constituer à la fin qu'un seul et même point de départ à la vie universelle.
Mais il v a autre chose, et il fallait bien que là morale intervint dans cette cosmogonie. Des vérités de raison et de poésie ne suflisent pas à l'homme; il à besoin aussi de vérités de conscience, Très-savants pour leur temps, en possession d'une bonne méthode scientifique, les anciens Égvptiens ont-ils su donner à leur morale une base solide? Très-solide, mais pas assez ficre, assez haute, assez dédaigneuse du fait extérieur, assez indépendante dans sa vie intérieure, Ils apprirent les premiers parmi les hommes à distinguer dans la nature clairement et sûrement le mal d'avec le bien, inais sans s'élever jamais à cet égard au-dessus du médiocre,
Ne voyaient-ils pas sans cesse la nuit engloutir le jour, là mort engloutir la vie? De toutes parts, la fertilité de leur vallée n'étaitelle pas menacée par la stérilité du désert, les eaux riantes du Nil «bsorbées par les sables imornes? Que de fois les ardentes tempêtes venues du Sahara n'avaient-elles pas sous leurs veux desséché Ta verdure de leurs jardins et de leurs champs? Le soleil et le Nil luiième n'ont-ils pas leurs colères, et tous les ans, en hiver, la toutepuissance féconde de la nature ne semble-t-elle pas mourir? Cette lutte des forces malveillantes contre les bienfaisantes pouvait-elle leur échapper? Pouvaient-ils ensuite ne pas se convaincre du triomphe final des unes sur les autres, en voyant toujours, après tout, le jour sortir de la nuit, el, en un mot, quand même, le bien survivre au Imal?
Mais peut-être se résignaient-ils avec une sagesse un peu plate
aux éclipses morales. Le christianisme enseigne à haïr le diable et prétend même le chasser du monde; il à fait des consciences héroïques. L'égvptianisme ne conçoit pas lé monde sans les dieux du mal, sans Typhon et Nephtys, et se contente de les craindre : il est plus près de la réalité des choses, sans doute.
Or, à mesure qu'un peuple se fait sa morale, il prend plaisir à la inettre dans l'histoire de ses dieux, dans sa mythologie. [nous reste done à voir comment les Égvptiens ont introduit le trait légendaire dans leur svstéme des forces naturelles divinisées, comment, en un
mot, ils ont fait se comporter leurs dieux dans leur panthéon.
XLITI
La fable d'Osiris, d'Isis et d'Horus, tous trois horriblement apparentés de Typhon et de Nephtys, est une des plus riches et des plus vivantes que l'imagination des honnmes ait mises en poésie. Osiris
Hesiri) était, pour les Égvptiens, le dieu de l'éternelle vie sortant de la mort sans cesse, Le famarix toujours vert est son arbre sacré, et le héron son animal préféré. Les Grees ont reconnu en lui le Dionvsios de leurs mystères. Isis, Cla grande déesse, la rovale épouse » est la terre annuellement réveillée de son sommeil par Osiris, La vache féconde, la vache nourricière Jui était consacrée, Osiris et [sis ont Horus pour fils, Horus, «le vengeur de son pere, le soutien du monde, le sauveur, » une sorte d'Apollon, On Fadorait sous la figure d'un jeune homme, avec le sceptre roval, la verge du châtiment et la couronne. Sa couleur est le blane. L'animal solaire, l'épervier, est le sien: il syinbolise la résurrection du soleil après l'hiver. Tout petit, on le représentait un doigt dans la bouche, sous le nom de Her-pe-chrut, l'Harpocrates des Grees, littéralement Horus l'enfant; adolescent, il est Horus le fort, Herver, Arveris, celui qui «tue le serpent, » qui ctransperce le cœur de Set, » qui lriomphe de Tvphon. Notre Christ aussi à vaincu là mort, vaincu
le inal, Horus encore S'appelle «lt chair, fils de la chair. »
Quant au dieu Set, à qui les Grecs ont donné le nom de Fvphon, Zephon, c'est-à-dire ouragan, il est l’incarnation de toutes les malveillances; 1l est la tempête de sables, la sécheresse, le soleil aux ravons torrides, les ténebres luttant contre le Jour. Apep, le gigantesque serpent, le symbolise, enroulé autour du disque solaire qu'il menace d'engloutir, comme la paupicre éteint le globe de l'œil. La couleur de Tvphon est le rouge sombre du soleil ardent vu à travers le simoun. Il est encore la destruction et le mensonge. On lui consacrait le crocodile, lhippopotame, âne rétif horrible à entendre. On imagine, d'apres cela, ce que devait être Nephtys,
sa digne sœur, sa stérile épouse.
Tels sont nos personnages; inaintenant, voici le drame. Autrefois donc, Seb et Nout, le dieu du ciel étoilé et la déesse de limmensité céleste, engendrerent Osiris et [sis, Typhon et Nephtvs. Et de ce jour la terre commença d'être, et la vie naquit sur là terre, et la mort eut permission de s'y abattre. Osiris pensa à tout ordonner pour le mieux : il fit des lois pour les hommes et pour loute chose non réglée encore. Comme il état bon, et que, du reste, Isis avait pas de secrets pour lui, ilenseigna aux Égyptiens l'art de se rendre son épouse propice. [leur enseigna aussi Pagriculture et le culte de tous les autres dieux. Tout n'était que bénédiction tant que sa domination s'étendit incontestée sur l'Égypte. Mais il vint d'autres temps. Typhon se leva contre son frere, et, S'aidant des soixante-douze jours qui font à la vallée du Nil sa saison la plus dure, il trama, lui, le dieu du mal, avec ces soixante-douze méchants, une conspiration terrible. Juste ciel! il n'y à pas à en douter, il va triompher. Osiris se meurt, Osiris est mort; ou, du moins, du sud au nord, la vallée entière, son empire, hier encore
si verdovant, si florissant, s'attriste, le cherche en vain et se sent
impuissant à vivre sans son seigneur et maitre. Ces cris, ce sont
les cris d'Isis. Isis est en deuil; elle à mis ses habits de deuil et pleure. Elle court éperdue sur les berges du Nil; elle interroge le fleuve, ce fidèle ami de son époux, cet autre lui-même, maintenant bien déchu de sa grandeur, et qui s’en va laissant s'écouler tristement, presque épuisé, le peu de vie qui lui reste. « Ce qui reste d'Osiris, répond enfin le fleuve, je l'emporte avec moi vers la mer, l'ombre de lui-même, hélas! son cadavre. » En effet, sur le rivage de la mer, Isis, la veuve désolée, finit par trouver dans un sarcophage le cadavre du dieu. Elle le recueille pieusement, l’ensevelit et lui fait des funérailles.
Bientôt pourtant Horus, le fils d'Osiris et d'Isis, entre en àge de venger son pere, de consoler sa mère. Il a hérité des vertus du défunt et de tout l'amour de la survivante. Il ne dérogera pas à son rang et ne mentira pas à son sang. Il déclare la guerre à Tvphon,
une longue guerre. Il lui vient des alliés de partout. Après bien des
jours enfin il triomphe, et c'est le signal d’une pleine renaissance
pour l'Egvpte, d'un autre printemps. Osiris, du reste, n'est pas mort, il ne peut mourir; il n'a fait que descendre dans la vie d'outretombe, où il suscite et dispense toute immortalité, à côté d'Isis, comme Jui transfigurée. Sur terre Horus, à sa place, vivifie depuis lors les choses terrestres, dans le milieu renouvelé par sa victoire, avec Hathor pour compagne, Hathor, la « prunelle du soleil, » la « reine de la joie et de la danse. »
En résumé, cette fable est une des grandes scènes de la nature égyptienne mise en tragédie. Elle est bien loin, du reste, de nous donner une idée complète du mythe même d'Osiris et d'Isis; il v à encore dans ces deux noms cent autres impressions condensées, L'infini est au fond de tout vrai symbole poétique : la pensée s 6-
puise plutôt que de l’épuiser jamais. Un grand rôle encore que
jouait Osiris dans le panthéon pharaonique, c'est quil person-
nifiait le jour, le jour, plus éblouissant, plus radieux, plus rutilant, plus vivant, plus luinineux sur les bords du Nil qu'en Asie Mineure et dans la Grèce, qu'en lonie elle-même. Alors, de son
côté, Isis est la nuit, la nuit d'Egypte, avec son éclat singulier et
sa transparence pleine d'ombres, sa poésie de langueur et de mé-
lancolie.
Un mot sur le culte des animaux sacrés en Egvpte. Il choque notre conscience, et pourtant il est inévitable dans toute religion qui se laisse envahir par la religion de la nature et de ses forces. Les bêtes symbolisent pour le mieux, par leur vie et tout leur tre que la fatalité domine, ces puissances aveugles, invariables, obscures, si semblables à l'instinct et qui n'ont rien d'humain. Elles sont plus faites à l’image de Dieu que l'homme même, quand Dieu cest a nature. Faut-il des exemples? Assurément, le bélier représente, le dirai-je? oui, plus dignement la puissance génésiaque que le portefaix le mieux choisi. Et veut-on prendre une idée forte de la fécondité nourricière, qu'est-ce que le spectacle même d’une jeune mère normande auprès d'une vache laitière, auprès de la «grande vache » égyptienne?
En sorte que les Égvptiens avaient bien le droit d'adorer leurs dieux sous la forme même qui en exprimait le nneux l'essence, et c'est à quoi mène, en matiere religieuse, l'abus de l'esprit scientifique.
On peut, du reste, donner à la figure d’un dieu ainsi compris lantot le corps d'un homme avec la tête de son anhmal sacré, et tantôt le corps de cet animal avec la tête humaine. Le sens de lidole, l'impression qu'elle prétend produire ainsi se nuance, et la différence est aisée à saisir, par exemple, entre un corps de lion à tête d'homme etun corps d'homme à tête de lion. À l'exception d’Ammon et d'Osiris, tous les dieux égyptiens se rencontrent sur les monuments, portant entre les épaules la tête de leur brute symbolique. Souvent même on les adorait sous la forme même et toute nue de cette brute.
Les plus grands honneurs, entre toutes ces bêtes, étaient pour le
bœuf; puis venaient Le chat, Pibis, le chacal, une espèce de souris méme, l'épervier, le bélier, le vautour, le boue, le crocodile, ete. L'usage était de nourrir à grands frais un ou plusieurs exemplaires des diverses espèces au fond du saint des saints, dans les divers temples. On les baignait, on les ornait, on les encensait, on les adorait, après ne les avoir choisis que d'après certaines marques sacrées. Le bœuf Apis devait avoir une tache blanche sur le front, sous la langue une excroissance avant la forme du scarabée, sur le dos, une autre tache blanche représentant un aigle, et dans la queue deux sortes de poils. Hérodote raconte que les crocodiles entretenus par les prêtres dans le lac Mœæris étaient si privés qu'ils se laissaient toucher. Is portaient aux oreilles des pendeloques de verre et d'or et des bracelets aux jambes de devant. Leur nourriture se composait de farine et de viande. À mesure enfin que tous ces dieux venaient à mourir, on les embaumait et on les ensevelissait dans de beaux sarcophages, au fond d'une tombe sacrée.
Au surplus, le respect s’étendait non-seulement sur les exemplaires choisis pour le culte, mais sur l'espèce entière. La peine de mort était portée contre quiconque tuait, de propos prémédité, un animal d'espèce sacrée. Dans la circonstance atténuante d'un aecident involontaire, les prêtres imposaient une pénitence au ecoupable. I fallait, à l'aspect du cadavre d'un de ces animaux, du plus loin qu'on le découvrait, s'arrêter, se lamenter et témoigner par sa douleur qu'on n'était pour rien dans le sacrilége perpétré où dans le malheur de la bête. Un chat domestique venaitAl à mourir, tout le monde à la maison se coupait les soureils. Pour un chien crevé, l'usage était de se raser le corps et la tête. Enfin, quelqu'une des bètes nourries dans les temples passat-elle de vie à trépas, des provincés entieres en prenaient le deuil, et parfois, pour les plus saintes, toute Ja nation.