‹ L'Égypte à l'Exposition universelle de 1867Chapitre 23 sur 146 · livre · texte numérisé non relu

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‘Egypte, par intervalle, se fait oublier dans l'histoire, mais comme un premier rôle au théâtre, et sitôt qu'une grande chose se passe, elle rentre en scène. C'est qu'elle est prédestinée à faire se rencontrer de temps en temps et à jamais l’Orient'et l'Occident sur le Nil. Le conflit est-il flagrant? tous les veux sont sur elle, et puis, une double fécondation étant venue à bien, les deux mondes reviennent sur eux-mêmes et développent, chacun à sa manière, le fruit de leur commerce. Toujours le drame recommence et recommencera, tant que l'Asie et l'Europe auront quelque chose à se donner et à se prendre. Au premier acte il y a des bruits de bataille et les fanatiques violences de la guerre; puis aux conquérants succèdent bientôt les marchands, à l'instinct sanguinaire de la gloire le pacifique instinct du lucre. Tout cela rapproche, tout cela unit, tout cela de part et d'autre adoucit les angles,

et, quand enfin on vient à se toucher du cœur et de la tête, au lieu

d'un choc stérile, il en résulte cet embrassement qui déjà tant de fois a renouvelé la face de la terre. Mais, hélas ! tout aussitôt on se sépare, on emporte le précieux germe produit en commun, on le confie aux climats les plus divers, on finit par le cultiver en se tournant le dos jusquà ce que le besoin renaisse d'une autre étreinte, et ainsi de suite.

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Alexandre, en caressant l'ambition d'unir de son temps l'Orient et l'Occident, ne faisait pas qu'un rêve. Il v a dans sa vie glorieuse autre chose que la tentative vaine d'une monarchie universelle. Son génie obéissait à la nécessité tout autant qu'à l'insatiable soif des conquêtes. Les temps étaient venus sous son règne de remettre en contact les deux extrémités du monde, et il n'a fait que ramasser dans sa puissante main les forces secrètes qui d'avance se portaient toutes vers le but. Il n'est guère sorti de son rôle, même dans ce qu'on à appelé ses folies. À Babylone il le poursuivait encore, mais déjà après avoir fondé Alexandrie 11 aurait pu mourir : il l'avait rempli. Tous les immenses efforts de son génie gaspillés à travers l'Asie ne sont rien auprès des conséquences incalculables de son séjour en Égvpte. Il tenait là, pour ainsi dire, sa mission par les cornes.

I venait de détruire Tvr et Sidon, incapables, à cause de leurs vieilles traditions, de servir ses vues, et pas assez bien situées du reste, Il créa de ses mains, pour les nouveaux besoins du monde, un fover nouveau : il fonda Alexandrie. Il avait bien déjà sur le Nil même Péluse, Tanis et Naucratès, d'origine grecque; mais les diverses ernbouchures qui font de ces villes des ports de mer s'ensablent aisément, et puis il était poussé par les inspirations mystérieuses qui ne inanquent jamais de guider les vrais grands hommes. On sait la tradition : il eut un songe; Homère lui apparut, lui indi-

qua l'ile de Pharos, L'emplacement est si bien choisi, que Napoléon,

en l’admirant, a osé en dire, sans le penser peut-être, qu'il faisait plus d'honneur à Alexandre que toutes ses conquêtes. Toujours est-il que le roi de Macédoine, en mettant le doigt sur le seul lieu du monde qui püt alors servir de rendez-vous aux nations du Levant et à celles du Couchant, couronnait l'œuvre de sa vie et permettait à la paix d'achever, de féconder ce que la guerre avait commencé par la destruction.

Pharos était une ile étroite et longue, émergeant de la mer parallèlement à la plage, à la distance d'environ mille mètres ou sept stades. Une jetée fut construite, non plus du vivant d'Alexandre, mais par son frère Ptolémée Soter, son premier successeur, le seul grand homme de sa race, afin d'unir l'ile à la terre ferme. Elle s'appelait l’'Heptastade, et il en résultat un double port. Elle était vers le milieu coupée par deux arches sous lesquelles les plus hauts navires pouvaient passer. Des atterrissements l'ont depuis de beaucoup élargie; elle sert maintenant d’assiette à toute la ville moderne. C'est comme si Cherbourg, de décadence en décadence, finissait par ne plus occuper que sa jetée un peu élargie. La ville des Ptolémées s'étendait en terre ferme sur quatre où cinq lieues de tour. Les anciens lui trouvaient ingénieusement la forme d'un manteau macédonien, comme si Alexandre lavait taillée sur le patron du sien. Elle était régulière comme toutes les cités venues pour ainsi dire toutes grandes au monde. Deux belles voies de trente à irente-cinq mètres, se coupant à angle droit, l'aéraient d'outre en outre, bordées de palais et de temples. La population était de cinq à six cent mille âmes, et très-grecque, railleuse, frondeuse, légère, assez juive, peu romaine et presque point égyptienne, du moins jusqu'aux derniers jours de la domination ptolémaïque; car, avec le christianisme, l'élément national reprit dela force. Tout cet ensemble était

comme Stockholm entre la mer et un lac, le lac Marcotis, eten outre

connnumquait avec le Nil par un canal que Méhémet-Alv à rétablir Vers le milieu de la ville était le tombeau d'Alexandre. Ptolémée Soter avait enlevé le corps du conquérant à Perdiceas et l'avait apporté sur un char colossal que trainaient soixante-quatre mules, et ensuite couché dans un cercueil d'or. Il ne reste presque plus trace des monuments. Une affreuse tour carrée remplace le phare en marbre blanc, cette merveille du monde ancien. Mais, sil n va oucre de débris à Alexandrie, il y a des souvenirs, les souvenirs vivants de son École, du Musée, de la Bibliothèque, de ses savants, de ses philosophes, de ses littérateurs, du Sérapéum et de ses prètres, du Didascalée, un des berceaux du christianisme et de tant de Peres

de l'Église et des hérésiarques.

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Qu'on se figure le confluent de deux fleuves : les eaux d'abord coulent sans vouloir se mêler, et voilà comment dans les premiers temps l'Orient et l'Occident se rencontrent à Alexandrie : objet d’étonnement, objet de mépris l’un pour l'autre.

Les Ptolémées Lagides appellent autour d'eux une colonie grecque de plus en plus nombreuse et brillante. Ils attirent les poëtes, les penseurs, les savants de la Grèce déchirée par des guerres civiles, devenue incapable d'offrir aux sciences et aux lettres l'abri paisible qui leur est nécessaire. Is assignent à tous les nobles transfuges qui se rendent à leur appel une demeure dans un de leurs palais, fournissent rovalement à leur entretien, et, au moyen de larges dotations, assurent l'avenir à l'institution. Ce fut là le Musée; on v menait une vie tout intellectuelle, exempte des soucis vulgaires, eu commun, mangeant à la même table. Les travaux, Hbéralemenl encouragés, Consistaient à diriger des voyages maritimes, des chasses lointaines; à former et à entretenir à grands frais des collec-

tions d'animaux rares et précieux; à acheter, à reviser, à transcrire,

à classer de bons ouvrages, à en faire de bonnes éditions, à les con-

denser en abrégé; à faire des compilations, à elasser par pléiades les poëtes, les savants, les philosophes; à tout revoir, tout annoter, tout commenter, La grande poésie, malgré les jeux et les combats poétiques, n'arrive guëre à fleurir. On est dans un monde trop vieux, l'inspiration naïve manque, l'enflure régne et la rhétorique. On imite, on vit sur le passé, surtout sur Homère, et de quelle facon! Des rimeurs écrivent l'Odyssée sans employer la lettre s, d'autres retranchent à chaque chant de l’ILade une des vingt-quatre lettres de l'alphabet. Mais on excelle dans les œuvres de moindre haleine, dans l’épigramme, dans lidylle, dans l’élégie. Peu à peu aussi la philologie se dégage de toute préoccupation puérile, l'esprit de critique s'élève. Au commencement on n'a guère fait qu'amasser des trésors scientifiques et littéraire, avec choix, avec goût, avec un profond respect, pour les admirer, pour s'en entretenir; maintenant on pense aller au fond de toute chose, et le dilettantisme devient philosophie.

La philosophie alexandrine ! un large et profond résumé de toutes les richesses éparses jusque-là dans l'âme humaine! temple curieux où les prêtres, plus hauts que toute religion, embrassent toute relision, plus hauts que toute manifestation isolée de Dieu, s'étudient à tout comprendre, à tout pardonner, à tout admirer ce qui vient de Dieu. Ni les horizons prochains, ni les horizons lointains, ni les cieux avec leurs étoiles ne sont les mêmes pour les peuples par toute la terre, et il n'en est pas autrement des horizons de la pensée et du sentiment. Mais si l’homme, sous toutes les latitudes, à tous les inoments du jour, en levant la tête, ne voit pas le même ciel, partout le ciel n'est-il pas beau? toutes les religions, toutes les grandes philosophies ne sont-elles pas belles? Voilà l'idée mère de l'École d'Alexandrie. Jamais le principe de la tolérance religieuse et philoso-

phique n'a eu base plus noble et plus solide, et là compréhension

n'ira pas au delà de ce respect magnifique pour toute grandeur intel lectuelle et morale. D'ailleurs ce n'est pas tout. Après avoir ouvert leur vaste cerveau aux formules variées de l'idéal, nos Alexandrins travaillent à en faire un ensemble qui se tienne, à faire un corps de tant de membres dispersés sous tous les climats, à travers tous les temps. Le nom d'éclectisme vient ici naturellement sous la plume, mais quel éclectisme! [ne pénètre pas dans l'âme humaine pour en chasser tout ce qui n’est pas raison étroite, il en veut tout retenir, 1l v fait son profit de l’extase même, et s’il en garde les spéculations abstraites, il prend à cœur d'en garder aussi tous les trésors plastiques. IT sait où la science s'arrête; mais où commence la poésie, il ne s'arrête pas, il laisse la science et fait de la poésie. Le monde et l'homme qu'il enseigne ne sont pas seulement des abstractions mortes, obtenues par la méthode scientifique, mais ils vivent incarnés dans le cortége sans lacune et sans fin des grands et des petits dieux, des démons, des génies. Au surplus, la plus grande horreur pour l'esprit de système. La philosophie chétive et pointue de nos jours ne le pardonne pas aux Alexandrins et leur reproche de se conredire. C'est qu'ils ne font jamais plier les faits aux nécessités de la synthèse, Une contradiction est-elle dans le monde ou dans l’homme, ils l’enregistrent et l’acceptent. Leur doctrine n’est qu’un reflet de la vie universelle, et comme la vie elle est ondoyante et diverse. L'honneur de l'édifice remonte à la race grecque. Pendant qu'il à été élevé, la Grèce n’était plus à Athènes, elle était à Alexandrie. Au contraire, les matériaux qu'on y a fait entrer proviennent de toutes les races; mais on ne sait pas bien dans quelle mesure chacune a fourni les siens. La part de l'Égypte antique a été faite tantôt, et le plus souvent, trop grande, tantôt trop petite. À côté du Musée il y avait la Sérapéum. Là se conservait assurément, sous des formules vieillies, peu comprises par un sacerdoce dégénéré, et en même temps que le culte des vieux dieux, plus d’une vérité précieuse, comme un bon fruit dissimulé dans la fadeur de son enveloppe. Un seul mot ne suf-

Hit-1l pas parfois pour faire une grande lumière dans un esprit curieux,

et l'Egvpte ne disait-elle pas de ces mots à chaque pas d’entre les

débris de sa conscience religieuse et de sa longue expérience? C'est surtout en fournissant la claire intelligence du langage symbolique qu'elle a aidé les Alexandrins dans leur œuvre, et, par le fait, elle leur a donné ainsi la maitresse clef de l'esprit humain. Des Arabes, des Perses, des Juifs remplissaient en outre la ville, et il est hors de doute qu'on à mis à profit leurs croyances, leurs traditions. Le

souffle de Platon enfin animait, vivifiait tout.

La grande bibliothèque d'Alexandrie était la souree où chacun puisait. Il semble pourtant qu'elle n'ait guère contenu que de la littérature grecque : environ cinq cent mille rouleaux, ce qui représente cent cinquante mille de nos volumes. On sait qu'Omar est innocent de la destruction de ces trésors; c’est César qui leur à porté le premier et le plus terrible coup. Il était assiégé dans le quartier de la ville où ils étaient déposés, et ils les incendia pour sa défense en voulant mettre le feu à la flotte égyptienne, dit-on, et aux maisons voisines. Antoine, plus tard, fit don à Cléopâtre des trois ou quatre cent mille rouleaux de la bibliothèque de Pergame et reconstitua au Sérapéum une collection moins précieuse qu'on appela la fille de la première. Celle-ci, à son tour, après deux incendies qui ont dù singulièrement la réduire, fut enfin totalement ruinée, sous Théodose, par une multitude fanatique qu'un édit autorisait dans ses fureurs et que l'évêque Théophile poussait contre ce dernier refuge de la pensée païenne. La triste besogne qu'on à imputée à Omar était, bien avant lui, déjà aux trois quarts faite. Du reste il y avait depuis longtemps un fonds de livres au Sérapéum, avec des cabinets d'étude ouverts à toute la ville. C'était l'arsenal de l'esprit égyptien, eten général des études orientales, en opposition aux lettres grecques. Là devait se trouver ce choix d'ouvrages hiératiques attribués à Thoth, le scribe des dieux (Hermés), comme on à depuis attribué l'Évangile au Saint-Esprit, et toute la secrète littérature,

inaccessible au vulgaire, l'interprétation des mvstères d'Isis et d'Osiris, ou au moins quelques vestiges de cet enseignement sacerdotal aux origines si lointaines, à la durée si longue, beaucoup aussi des écrits de la Perse, de l'Inde peut-être, de la Chaldée, de la Phénicie, de la Syrie; Tertullien v à vu un texte hébreu de la Bible. Qu'on se figure ainsi le Sérapéum à côté du Musée, dans la eité cosmopolite, et de l’un à l’autre allant et venant l'éclair des intellisences; puis, une fois le Musée détruit et, en revanche, la doctrine fondée, tons ces esprits divers communiant en un seul et même

esprit au Sérapéum ainsi restauré, renouvelé.

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Mais le christianisme vient à naître et tout autres sont ses tendances. Il ne se pique pas de haute science. Sorti des besoins du peuple et des entrailles du peuple, il ne cherche pas à savoir, il ne demande qu'à croire. Il ne cherche pas à comprendre, il repousse ce qu'il ne comprend pas tout de suite. Il n’est pas eurieux, il est intolérant. La souplesse merveilleuse, l’élasticité intelgente, la pleine liberté, la haute indulgence, l'abondance d'idées, le luxe de poésie avec lequel une philosophie aristocratique interprète et concilie tout lui est un scandale; 1l veut qu'on soit carré par la base ; il n'entend rien aux nuances; pour lui, tout est noir ou blanc, oui ou non. Il vient avec l'unité et la simplicité, avec l’immobilité d'un symbole concentré en formules brèves et précises, avec une règle inviolable d'enseignement et de croyance, avec l’entêétement de l'autorité. Au reste, qu'importe! les révolutions se font par le cœur et non par le cerveau. S'il a le cerveau faible, il a le cœur gonflé de force. Par le pressentiment de l'avenir, par l'instinct profond qui le pousse en avant, il l'emporte sur toute la science du passé; il est l'enfance d'une humanité nouvelle; il n'a que faire de la sagesse et

de l'expérience d'autrefois. Vieilles idées, vieilles poésies; c’est pur

embarras pour Jui. Place, place au renonvellement du monde!

De sorte que peu à peu le Sérapéum, après n'avoir été an com inmencement qu'une sorte d'université du paganisme, se fit sa forte resse, Ivy eut un beau siége qui dura près de cinqcents ans, résislance magnifique d’une science profonde contre un ensemble de

sentiments plus profonds encore.

VHI]

Conune autrefois le Musée, maintenant s'éléve en face du Sérapéumune école rivale. Test vrai qu'elle ne ressemble en rien à la superbe fondation des Ptolémées. Les grands et les riches n'y viennent pas faire leur cour à des maîtres vivant dans lintimité du roi, C'est une humble école, une école de petits enfants, un didascalée. On n'v enseigne pas la science, on y prêche les mysteres de l'Évangile. Les maitres sont des chrétiens voués à la persécution et à la pauvreté; pieds nus, grossièrement vêtus, à peine nourris, mais indifférents à leur misère, ils expliquent la bonne nouvelle, la nouvelle alliance. Ils racontent les actes des apôtres, les martvrs et les saints. Le peuple se donne à eux volontiers; ils relèvent déjà d'une organisation admirablement faite pour la propagande. L'Église a eu vite fait de constituer sa puissante hiérarchie. Leurs disciples finissent par être partout. C'est en vain que Julien l'Apostat, cédant aux conseils de son intelligence distinguée, essave de rattacher le monde à Platon, à Jamblique, à Olvmpiodore, à Proclus, à Hiéroclès. On ne veut pas d’Apollonius de Tvane, on veut du Christ. Les apôtres vulgaires du Galiléen et leur religion l'emportent sur la plus noble philosophie du monde. Déjà au temps de saint Athanase, l'évêque arien qui pendant son exil occupait le siége d'Alexandrie put dire en passant devant le Sérapénm, à la foule qui l'entourait : «Jusqu'à quand tolérera-t-on ces sépuleres ? »

Peu à peu se déclarent enfin, contrastant avec l’ancienne «gaie science » les fureurs théologiques. Je ne sais quoi d'emporté et de

sombre se mêle à tout. C'est évidemment un réveil de l'esprit égvh-

tien. L'influence grecque est refoulée. L'arianisme, avec sa tendance au déisme, est d'essence grecque et répugne aux instincts coptes. On fait une guerre à outrance aux ariens, et le levain de nationalité envenime la lutte et l'embrouille. On ne hait pas moins les juifs et tout ce qui est d'inspiration hébraïque. Les moines peuplant le désert aux portes d'Alexandrie forment une espèce de milice à l’orthodoxie naissante. Ils sont presque tous de race égyptienne, comme leurs noms l’indiquent : ils s'appellent Ammon, Sérapion. On voit l'un deux, un jour, Ammon, jeter une pierre à Oreste, le préfet d'Égypte, en lui reprochant d'être païen et Grec. On sait le sort de la belle et savante Hvpathie, mathématicienne, astronome, philosophe : le peuple la renversa de son char, la dépouilla de ses vêtements, la déchiqueta avec des tessons, la traina nue sur le pavé et enfin la déchira en morceaux. La noble femme est aux mains de ses bourreaux comme une personnification du génie grec expirant à Alexandrie. La loi est dure qui veut que, l'initiation faite, l'initiatrice meure, et qui a fait naître aussi le christianisme, comme, du reste, toutes choses humaines ou divines, dans la douleur et le

sang.

Mais si le sentiment chrétien est tout d’abord jaloux de détruire, il devient bientôt avide de s’instruire. Il n’a été, pour commencer, qu'un instinct obscur, intime ; il sent à son tour le besoin de sortir des téncbres et de se faire lumière. Et pour cela il emprunte beaucoup à la gnose alexandrine et aux traditions de l'Égypte. La religion du Christ est tout imprégnée de spéculations platoniciennes et de croyances pharaoniques. Sans le Musée et le Sérapéum de la ville d'Alexandre, elle ne serait pas, ou du moins elle ne serait pas ce qu'elle est. L'Église est comme ces monuments de la vallée du Nil édifiés

sur les vieilles assises arrasées de constructions antérieures, avec

des pierres qui ont longtemps eu ailleurs leur place, aussi sans doute

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avec un grand nombre de pierres neuves, exprès tirées des carricres, et toutes disposées ensemble dans un goût nouveau, dans une ordonnance nouvelle. En résumé, des deux extrémités du monde, on avait entassé, depuis des siècles, dans Alexandrie la prédestinée, les matériaux qui devaient donner au christianisme le caractère de son universalité morale.

L'influence de certaines conceptions alexandrines sur la théologie et la dogmatique chrétiennes est bien connue; mais on s'étonne davantage de retrouver, même dans les monuments de l'antique religion égyptienne, plus d'un lien de parenté avec la nôtre. Déjà, dans la première partie de ce livre, il y a plus d'une allusion à des emprunts faits par les Pères de notre Église au sacerdoce pharaonique; et, puisqu'il y faut revenir, voici encore quelques détails à ce sujet, qui, du reste, est inépuisable.

Au temps de Ramsès IL, et même bien avant, les prêtres de Thèbes avaient déjà dégagé un symbole analogue au parallélisme du Christ et de la Vierge, l'homme-Dieu et la femme-Dieu. Il v a à Ipsamboul, tout au bout de la vallée du Nil et dans la solitude chaste, creusés dans la roche, deux temples dédiés, l'un à Ramses et l’autre à Nofréari, «la royale épouse qu'il aime. » De belles peintures, admirablement conservées, les décorent. Évidemment Ramsès ici symbolise l'humanité dans ses vertus masculines, comme aussi Nofréari figure ce qu'on à appelé depüis l'éternel-féminin. Notre Christ est plus résigné, plus souffreteux que le Christ égvptien; il est plus contemplatif, moins actif; il porte sur ses épaules une plus lourde croix. Les dieux pharaoniques portent bien aussi une croix, mais toute petite et passée par un anneau dans leur main. Ensuite, dans l’apothéose de la femme égyptienne, l’idée de virginité est remplacée par celle de pureté conjugale. On lit à Ipsamboul : « J'ai construit, » c'est Ramsès qui parle, «cette demeure dans la grotte de pureté. » Un scène trés-curieuse et d’un sentiment presque moderne est celle où le roi saisit un ennemi par les cheveux, lève sa hache victorieuse sur le barbare, la reine étant pré-

sente comme pour sanctionner la vengeance ou pour demander la

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grace de la vietime peut-être, Plus tard s'est encore développé sur le même thème le mythe d'Osiris et d'Isis. Osiris à peu servi au Christ; mais Isis, par plus d'un côté, est déjà Marie. Isis a sous les pieds, comme Marie, le croissant de la lune, la lune étant, du reste, dans toutes les religions, l'emblème du sentiment. Au surplus, beaucoup de ces emprunts faits dans les premiers temps par le christianisme à l'égyptianisme, après avoir été généralement acceptés, ont fini par être rejetés à la longue. C'est ainsi qu'on ne représente plus la Vierge en noir, comme on l'a fait longtemps, conformément à l'antique usage qui avait voué cette couleur à Isis. C'est ainsi encore qu'un prédicateur préterait à rire s'il appelait en chaire Jésus- Christ le bon scarabée, et pourtant saint Ambroise aimait à l'appeler de ce nom. La résurrection de la chair, que le catéchisme nous enseigne encore à croire, est très-évidemment une idée plus égyptienne que chrétienne; elle a eu, au rapport de saint Augustin, beaucoup de peine à s'implanter dans les consciences ailleurs que sur les bords du Nil. Enfin, et pour achever d'un trait cette rapide esquisse d'une religion naissante se débrouillant d'avec une religion non encore tout à fait morte, voici ce qu'en pensait l'empereur Adrien, après en avoir vu de ses veux le curieux spectaële : « Ceux qui honorent, » écrit-il dans une de ses lettres, € ceux qui honorent Sérapis se disent chrétiens, et ceux qui se disent chrétiens sont dévots à Sérapis. »

C'est que dans la réalité les choses ne se passent pas comine elles en ont l'air dans nos livres d'histoire, où, d'un trait de plume, un chapitre sépare deux grandes époques. Les temps sont d'un tissu continu et pour ainsi dire sans couture, et, quoique en déli-

nitive tres-différents entre eux, ils passent les uns aux autres par

des transitions à peine sensibles.

Mais voici déjà venir derechef des temps nouveaux pour FEgvpte. Après Memphis elle a eu Thèbes, après Thèbes elle à eu Alexandrie. Or Alexandrie, à son tour, touche à son déclin, et, pour prendre la place de la cité grecque, le Caire, la ville musulmane, va être fondé; el

respondra un renouvellement de sa destinée. Il est même vrai que

, Comme toujours, à cette nouvelle capitale de PEevpte corjamais encore révolution si radicale n'a si bien changé de fond en comble les hommes et les choses sur les bords du Nil. Les Hvesos eux-mêmes n'ont peut-être pas eu une si profonde influence. IIS étuent, conne les Arabes, des Sémites ; mais la race indigene à fn par avoir raison d'eux, ce qui n'arrivera pas pour les Arabes mahomeétans.

Quant à Alexandrie et à sa prospérité, on sait connnent et par qui le dernier coup lui à été porté. Beaucoup de sa gloire déjà s'était retiré d'elle au moment où nous sommes; mais elle avait encore, apres tout, le commerce du monde et faisait grande figure parmi les villes les plus florissantes. Du jour, hélas! où les Portugais découvrirent la voie des Indes par le cap de Bonne-Espérance, son port, à son tour, devint désert comme ses écoles, et ce qui lui reslit de sa splendeur passée s'évanouit à travers un rapide crépuscule, dans une nuit profonde. Alexandrie, au commencement du siéele, n'était plus qu'une bourgade. — Mais voyons Mahomet et l'islamisine, puisque désormais l'Égypte ne séparera plus son his-

foire de leur histoire,

Mahomet done et lislunisme ne vont pas tarder à paraitre. Une invasion se prépare contre l'Empire d'Orient et lui arrachera une à

une toutes ses provinces, et le fera succomber, à son tour, comme

son ainé d'Occident. C'est une idée séduisante de comparer ainsi deux grands faits de l’histoire et de chercher en quoi ils se sont ressemblé, en quoi ils ont différé. Les Germains se sont répandus sur le monde comme une inondation : ils sont, pour me servir d'une expression bien connue, de race neptunienne. Les Arabes l'ont fait comme un incendie, le dieu du feu les poussait. Les premiers ont longtemps attendu avant d'avoir Charlemagne et puis Luther. Tout est plus rapide chez les autres, qui du premier coup produisent Mahomet, en un seul homme le prophète, le réformateur, le conquérant et le poëte même. Là 11 y à eu au matin une longue aurore, ici le soleil torride est monté comme un trait jusqu'à son Zénith.

Un brûlant foyer de vie nomade, voilà l'Arabie avant Mahomet, mais sans unité. Chacun dépensait son ardeur à-sa manière, de peuplade à peuplade, de tribu à tribu, de famille à famille, de guerrier à guerrier. On est fier, toujours prêt à s’entr'attaquer, à piller les tentes les uns des autres, à se voler femmes, enfants, serviteurs et troupeaux. Une querelle éclate-t-elle, tout le monde bientôt prend parti; on se transmet de père en fils les griefs et les vengeances comme un héritage, et toutes ces habitudes prises au berceau de la race ne manquent pas de retentir tout le long de son histoire. Un instant, le souffle du fils d'Abdallah, en passant sur tous ces feux épars qui jusque-là se consumaient inutilement les uns contre les autres, en fit une seule et même flamme immense, assigna pour but au brasier allumé ses desseins et ses réves, et, d'année en année, verset par verset, l'alimenta avec le Coran, le véritable et seul instrument de sa puissance, ce chefd'œuvre de style et de poésie, admirable par la magnificence de

l'expression, par la richesse des images, réellement sublime lors-

qu'il parle de Dieu.

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— Lu

Mahomet était de taille movenne ; il avait une grosse tête, la barbe forte, le visage rond, les joues roses, le front haut, la bouche largement fendue, le nez long, légerement arqué, les cheveux tombant jusqu'aux épaules et noirs, les mains et les pieds très-grands. Sa famille appartenait à l'aristocratie de la Mekke, mais était si pauvre que sa mère, Amina, eut de la peine à lui trouver, lors de sa naissance, une nourrice. Orphelin de bonne heure, il a été, dans son enfance, gardeur de moutons et conducteur de chameaux. fl est douteux qu'il ait su écrire. Ce qu'il savait du judaïsme et du christianisme, il le tenait d'un parent de sa femme qui semble avoir eu sur lui une influence analogue à celle de saint Jean sur Jésus-Christ. Dans les premières années, il se contenta d'enseigner sa révélation à ses proches et à ses amis, à Abou-Bekr et à Alv, qu'il préférait entre tous. Une veuve qu'il avait épousée lui avait donné le loisir et l’aisance. Ses idées trouvérent de l'écho tout d’abord dans les classes inférieures, chez les pauvres, chez les faibles ; ear il aimait à s’en prendre à l'orgueil et à l'avarice de l'aristocratie. Il souffrait d'une maladie terrible et étrange : il tombait du haut mal, il était épileptique. De son temps on disait les épileptiques possédés du diable. I expliquait, lui, ses crises par l'intervention d'un ange. Il tenait très-sincérement pour inspiré d'en haut ce qui lui venait à l'esprit en se réveillant de son mal. Déjà l'idolätrie, parmi les Arabes, était à sa fin: on n'y croyait plus. Il était né au vrai moment pour l'abattre. Une fois pourtant il faillit passer un compromis avec les idoles. Sa nission n'allait pas assez vite au gré de son impatience, Mais il le rétracta bientôt comme une inspiration de Satan. Ses oncles lui furent d'abord hostiles et se rallièrent ensuite à lui par esprit de famille. L'esprit de famille est un des grands ressorts chez l'Arabe d'autrefois, un des grands facteurs de son his-

toire. Enfin, ce n'est qu'après onze ans d'efforts, de lutte, d'humi-

liations, de désespoir et d'énergie sans cesse grandissants, d'éloquence entrainante et de génie pratique, que les affaires du prophète et de sa religion prirent une tournure décidément favorable. Mais aussi, une fois en branle, commne Pislun se précipite vers ses destinées!

Un trait caractéristique chez Mahomet, € est qu'il concilit, sans trop en souffrir au fond de sa conscience, la conviction sincère du prophète avec les habiletés du politique, l'enthousiasme avee le calcul, I avait en cela vraiment l'âme d'un Arabe, tout entiere faite de calcul et d'enthousiasme singulièrement fondus ensemble. I est bien le héros national du peuple qui s'est si bien peint plus tard dans les arabesques, cette gracieuse géométrie de lnaginaon, ce charmant délire d'algébre.

Ainsi, par la force de son éloquence et par la force de ses armes, Mahomet finit par être le maître de l'Arabie entière, et, avant de mourir, il put encore donner l'ordre de faire la conquête de la Syrie. Ces premieres guerres de l'islam n'étaient qu'un compelle intrare, une maniere de faire sentir aux infideles le bras d'Allah. Ignorant de tout, excepté de chasse et de poésie, de chant et de danse, et de la religion nouvelle, on ne pensait guère à fonder des États; on pillait, on levait des tributs. On n'aurait pas pu, du reste, se maintenir; on allait en avant, on s'en retournait. Le feu ne faisait encore que lécher, pour ainsi dire, ce qu'il allait bientôt

dévorer.

Déjà sous Abou-Bekr deux armées victorieuses débordent sur la Syrie et en Perse, puis sous Omar la Perse est conquise ville à ville avec sa capitale, et la Svrie définitivement incorporée, la race qui la peuplait avant de grandes affinités avec la race envahis-

sante.

Puis lEgvpte est menacée. Omar hésita longtemps pour lE-

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ovpte. I v avait là des villes fortes, de grandes villes qui lui imposaient. Amrou, un de ses lieutenants, ne lui arracha qu'à grand peine l'ordre d'attaquer. Les communications d'Alexandrie avec Byzance étaient si aisées, et il ne disposait que de quatre mille hommes. Il est vrai que les Coptes l'appelaient de leurs vœux. On sait que les Coptes sont l'élément natal de l'ancienne EÉgvpte. IIS haïssaient les Grecs. Menf, la Memphis d'autrefois, détestait, par suite d'un léger réveil de là nationalité égyptienne, Alexandrie, là ville grecque. Des querelles religieuses envenimaient encore cette haine. Les Memphites étaient jacobites; les Alexandrins, melkites. Il v avait une sorte de vice-roi à Menf, du nom de Makaukas, Grec d’origine, mais né en Égvpte, et que ses relations de famille et ses affections unissaient à la cause des Coptes. Il avait déjà eu quelques correspondances avec Mahomet lui-même. Son concours était tout acquis à Amrou. Celui-ci attendit quelques renforts et se présenta devant Alexandrie. Les Coptes ne virent pas plutôt les mahométans répandus autour de la ville, qu'ils traitèrent avec eux. En retour d'une soumission entière, l'islam leur assurait la liberté religieuse, la sûreté personnelle, linviolabilité des propriétés, une justice impartiale pour tous, et n'exigeait pour toute redevance qu'un dinar par tête, environ quinze francs de notre monhaie. En peu de temps Amrou se rendit ainsi maitre de presque toute l'Égvpte. Le siége seul d'Alexandrie traina en longueur; mais il ne venait aux assiégés que les plus tristes nouvelles de Byzance : tout espoir de secours leur était enlevé. Le Bas-Empire n'avait pas su défendre la Svrie, il devenait elair qu'il ue ferait rien pour sauver l'Égypte. Parmi les Grecs renfermés dans la ville, les uns finirent par se réfugier sur leurs vaisseaux pour gagner la haute mer, les autres capitulèrent. Amrou, émerveillé de sa conquète, écrivit à Omar : « J'ai conquis la ville de l'Occident, et je ne pourrais énumérer tout ce que renferme son enceinte. Elle contient

quatre mille bains et douze mille vendeurs de légumes, quatre mille

juifs payant le tribut, quatre mille musiciens et baladins, ete. »

Après quoiil v eut une immense immigration d'Arabes attirés du

fond de leurs solitudes par la fertilité du sol, par tous les prestiges accumulés dans la vallée du Nil, si bien que l'Égypte cessa d'être égyptienne, plus encore par une sorte de conquête du sang que par la seule force des armes. Ge que ni les Hvesos, ni les Perses, ni les Éthiopiens, ni encore moins les Grecs etles Romains n'ont su faire,

la race de Mahomet l’a fait : elle à fait sienne cette antique terre.

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Mais où s'arréteront maintenant les armées victorieuses de l'islam? Nulle part elles ne rencontrent d'ennemis redoutables. On ne leur oppose de résistance que dans la mesure où la résistance

enflamme le courage, excite à passer outre. Comme en Egypte, partout elles trouvent dans leur marche les Empires déchirés de dissensions intestines, prèts à être leur proie. Aussi viennent-elles se répandre sur le monde à droite et gauche avec la rapidité d'un éventail qui se déploie, faisant reculer devant elles à la fois l'idolàtrie et l'Évangile. Il leur faut un peu plus d'un siècle à peine pour porter le croissant au delà de l'Oxus, au cœur même de l'Inde; pour asservir à la parole du Prophète l'Afrique jusqu'à l'Océan, et passer en Espagne; pour enlever au Bas-Empire l'ile de Rhodes, la Sicile, et les plus belles provinces d’Asie, pour faire plusieurs fois le siége de Constantinople même, qui ne doit son salut qu'au feu grégeois. Plus tard on les voit, en même temps que d'un côté elles gagnent les rives de l’Indus, se rendre de l'autre maitresses de Toulouse, de Narbonne, de la Provence, du Languedoc, de PAquitaine, menacer le Poitou, s'avancer jusqu'à Tournus en Bourgogne, C'est entre Tours et Poitiers que Charles Martel rencontra ce courant de lave humaine pour le refouler. Puis elles pénètrent de plus en plus dans l'extrême Orient, s'y consolident, menacent d'entaimer la Chine, L'Espagne les rejette, il est vrai, de l’autre côté du détroit de Gibraltar; imais, comme par une sorte de contre-coup,

presque au mème moment liskun, sous les Turcs, rentre en Europe

par les Dardanelles, s'établit enfin à Constantinople, la ville si souvent convoitée, puis à Belgrade, et fuit trembler Vienne comme il a fait trembler Orléans. I tient l'immense Asie, il tient l'Afrique, il a le pied en Europe.

Tout en faisant ainsi, au nom d'Allah et pour l'amour de Mahomet, la conquête de la moitié du monde, la race arabe se créait des devoirs bien au-dessus de ses forces et de son caractère. Elle ne sut pas fonder la paix dans un Empire tout entier sorti de la guerre. Avec une religion plus propre que toute autre à servir de base à une monarchie universelle, elle ne réussit pas à se défaire de son tempérament, le plus anarchique du monde. Il est vrai qu'elle devait fatalement rencontrer, dans le réveil des diverses nationalités soumises à son génie, et le schisme religieux et le démembrement politique ; mais elle a véritablement contribué elle-même à compromettre sa domination de toutes ses forces, Sa vraie histoire, c’est-à-dire l'enchainement logique des grands événements auxquels elle prend part, est comine novée sous un capricieux roman d'effrovables aventures.

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