‹ L'Égypte à l'Exposition universelle de 1867Chapitre 25 sur 146 · X XIV · texte numérisé non relu

X XIV

Mais l'Égvpte, comment se comporta-t-elle dans l'ensemble si tourmenté de lislamisme? On se souvient qu'elle accepta sans résistance la domination arabe. Le joug d'un peuple jeune n'était pas, du reste, tout malheur pour elle. Elle était habituée depuis des siécles à des vainqueurs qui ont certes moins fait pour sa gloire. Longtemps elle resta à peu pres passive ; mais, la langue arabe gagnant du terrain et la religion mahométane se répandant de proche en proche, ce levain nouveau se prit à fermenter. Peut-être même trouverait-on, à certains moments des querelles religieuses entre les sectes mahométanes, que le vieil esprit égvptien de bonne heure + à pris une part active. Certains ultra-chivtes, en effet, aimaient à donner à Alv le nom de fils de Dieu, et c’est là une idée pharaonique. Un vrai musulman aurait cru blasphémer en donnant ce titre même à Mahomet, qui ne se disait que le lieutenant d'Allah. On sait qu'Omar se faisait appeler lieutenant du lieutenant de Dieu. Toutefois la vallée du Nil fut pour l'islam, pendant plus de deux cents ans, surtout un grenier d'abondance, et, en même temps qu'un champ de bataille pour ses querelles intestines, une école des arts et des métiers. Il n'v à jamais eu fusion complète entre la race des vainqueurs et celle des vaincus; mais il

est clair que toutes deux profitérent d’avoir été mises en contact

intime. Quelle impression ne durent pas faire sur l’Arabe habitué à

vivre sous la tente, ignorant de toute civilisation, les villes magnifiques de FÉgvpte! Il v eut done un temps de fécondation réciproque pendant lequel l'Égypte n'a pas, à vrai dire, d'histoire propre. Les khalifes lui envoyaient des gouverneurs, les rappelaient pour en envoyer d'autres. Des révoltes éclataient dans la population aborigène et étaient aussitôt comprimées. Des chefs arabes, soulevés par ambition personnelle où par fanatisme sectare, bataillaient ensemble et contre le représentant du khalife. Des crimes, des intrigues, la bonne où mauvaise administration des gouverueurs, leurs exactions, les belles constructions qu'ils élevaient dans le style nouveau, c'est là tout l'intérêt de cette première période. Peu à peu cependant les circonstances firent rentrer l'Egypte un moment, pour son propre compte, sur la seène historique; et les Arabes eux-mêmes, devenus de plus en plus nombreux dans le pays, par suite d'immigrations incessantes, vont, sinon lui rendre son autonomie natale, du moins lui refaire des destinées indépen-

dantes.

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