XL VIT
Nous avons vu Memphis, Thebes, Alexandrie, et que l'Egypte successivement à concentré toute son activité dans ces trois capi-
tales. Il nous reste à nous faire une idée du Caire; ear l'Egypte arabe du moyen àge est tout entière au Caire. Prenons la ville à son origine la plus lointaine. Elle a sa légende, que les historiens arabes racontent ainsi. Amrou, en train de faire la conquête de l'Égvpte, avait placé son camp entre le bord du Nil et la forteresse de Babvlone. Sur sa tente, des colombes vinrent faire leur nid, et il ordonna, au moment de se rabattre sur Alexandrie pour en faire le siége, de respecter les colombes et de leur laisser sa tente plantée. Au retour de l’armée : « Où irons-nous placer notre nouveau camp?» se demandérent les soldats les uns aux autres. ÇA la tente du général! » s'écria-t-on de toutes parts. Ce qui fut fait. Puis des cabanes temporaires s'élevérent, et bientôt devinrent des habitations permanentes. Une ville ainsi naquit, ville militaire et toute musulmane, qui prit le nom de Fostat, pour perpétuer la mémoire de l’événement. Fostat, en arabe, veut dire fente.
Fostat fut la capitale de l'Égypte arabe pendant plus de trois cents ans. Mais, quand la vallée du Nil vint à reprendre sur la carte du monde un rôle digne d'elle, la ville d’Amrou cessa d'être assez grande, et une nouvelle cité s'éleva rapidement à peu de distance et se développa vite, au point que Fostat bientôt n'en fut plus qu'une sorte de faubourg. Gawher, son fondateur, général des khalifes fatimites du Maghreb, la nomma £/-Kähirañ, la Victorieuse, dont la langue
francaise a fait le Caire. On sait que les khalifes fatimites ne tar-
dérent pas à v transporter leur résidence, et, après avoir rivalisé
avec Baghdad, la cité égyptienne, encore de nos jours, est, après Constantinople, la plus grande et la plus belle ville musulmane.
Fostat n’est plus guére connu aujourd'hui en Europe que sous le nom de Vieux-Caire, et les Arabes eux-mêmes l’appellent Mesrel-Atikah, le Vieux-Mesr, formule qui signifie Httéralement la vieille Égvpte, et s'emploie dans le sens de vieille capitale.
Le Caire à été bâti à peu près à la hauteur de Memphis, mais de l’autre côté du Nil et à quatre lieues des grandes pyramides. Il touche, vers l’est et vers le sud, à des terrains sablonneux et à une plaine aujourd'hui couverte de décombres, et du côté de l'Orient à de vastes plantations de palmiers, à de magnifiques avenues d'acaelas et de sycomores qui s'étendent jusqu'au Nil. C'est un site merveilleux. Constantinople, sans nul doute, l'emporte par la beauté de la vue; mais la ville des khalifes fatimites est plus exclusivement orientale peut-être et, en tous cas, plus purement arabe que la capitale des sultans tures. Mosquées, palais et habitations ont un stvle plus france, un caractère plus local. La cité, dans son ensemble, forme un carré long tout hérissé de minarets et de coupoles, traversé par de longues rues étroites et sinueuses, qui aboutissent à soixante et onze portes, entrecoupé de ruelles et d’impasses, rafraichi par un canal dérivé du Nil, par le ÆXkalig, sur lequel s'ouvrent des tonnelles en ogive et, garnies de moucharabiehs, les fenêtres d'une longue ligne de maisons capricieusement alignées, plus capricieusement construites encore. La plus étrange animation y règne partout, et n’a pas manqué de frapper tous les voyageurs. La foule la plus bigarrée se presse dans les rues, sur les marchés, dans les bazars, surtout le matin, avant la chaleur du jour : l’humble felläh, le Bédouin superbe, le Copte sombre, le Grec éveillé, tous les types de nègre, depuis le noir foncé jusqu'au teint clair de nos Kabrvles, les chameaux des caravanes, les ânes, si lestes et si jolis, vont, viennent
et se heurtent.