RÉ. DÉS
L'ameublement est semblable à celui qui est en usage dans les palais vice-royaux d'Égypte. Au fond de la travée de face est placé un grand meuble en bois brun et noir, orné d’incrustations. La forme générale en est belle; mais il est remarquable surtout parce qu'il est fait de panneaux anciens, apportés du Caire, et du travail le plus précieux. Il renferme les armes du Vice-Roï et un magnifique Coran.
Les armes et le Coran, le glaive et la loi.
Ces armes ne sont pas moins riches que celles qui sont exposées dans les galeries et qui ont appartenu à Méhémet-Aly. Il s'agit, on s’en souvient sans doute, d'un sabre légèrement recourbé, dans son fourreau en écaille, avec garniture d'or, enrichi d'un bouquet de diamants à la croix de la poignée, et d'un fusil dont la crosse est aussi en écaille et ornée d’un autre bouquet, plus grand encore, fait de plusieurs centaines de diamants.
Quant au Coran, c'est une merveille. Il est relié en maroquin rouge, orné de vignettes d'or, en creux dans des empreintes profondes, et se ferme comme un portefeuille. Les proportions du format sont exquises. Le texte est enluminé. La prennere ligne de chaque verset est écrite sur une large bande couverte d'arabesques coloriées tantôt en blanc, tantôt en or. Chacune de ces bandes à son motif de lignes et son harmonie de tons. [ei triorphe le génie arabe, et il fait pâlir nos manuscrits du moven àge. Sans doute la figure humaine lui manque, et aussi la partie profonde de l'œuvre ; inais pour les vignettes, qui ne sont que des vignettes, il est mcomparable. Les titres des grandes divisions du livre couvrent des pages entières du plus étourdissant entrelacement géométrique qui se puisse imaginer, et il y a par-dessus le tout une fanfare des couleurs les plus intenses. Sur les marges, diverses figures géométriques, des cercles,
des croix, des triangles à base recourbée en demi-cercle , dispo-
sees comme au hasard, mais en relation intime avec le texte, font le plus charmant effet. Le texte lui-même a sur nos manuscrits cet avantage que l'écriture arabe est faite de caractères qui non
seulement s'alignent comme les nôtres, mais s’entrelacent.
LVIT
Le pavé est en marbre blanc, et sous la coupole il se creuse en un bassin d'où se dresse, sur un support d’albâtre égyptien, une vasque de marbre gris. Cet albâtre est une matière si transparente et si lumineuse, avec ses reflets d'or, que les Arabes l’appellent du soleil cristallisé. Du milieu de la vasque un mince jet d'eau s'élance et retombe en perles.
Aux divers plafonds, six lampes de mosquée sont suspendues. On sait avec quel soin, avec quel amour, les Arabes du bon temps ciselaient leurs lampes, leurs lustres, leurs candélabres. Sous un climat où le soleil est si radieux, l'homme ne pouvait manquer d'être exigeant en pareille matière, et ils v ont longtemps excellé. Les six lampes du Selamlik sont les spécimens les plus précieux peut-être de cet art aujourd'hui perdu.
À droite et à gauche, en avant des verandahs, sont deux tables en bois sculpté.
Quelques fauteuils enfin et des siéges complètent le mobilier. IIS sont de même étoffe rouge que le divan.
Un buste de Son Altesse le Vice-Roiï, en marbre blanc, sur un élégant piédestal, occupe la place d'honneur, en face de la porte d'entrée. Il représente le Vice-Roi en costume militaire, le grand cordon de lOsmanieh en écharpe sur la poitrine. Il est, du reste,
l'œuvre d'un artiste français du plus grand mérite, d'un des maitres
du genre, de M. Cordier.