EST
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arrétera au passage, Puis nous verrons les £euries el nous appren drous à ne plus juger Pâne, lt charmante bête, d'après ce que notre climat peut-être et notre négligence en ont fait, comme encore à ne plus croire que le dromadaire à deux bosses. De là, nous nous diri gerons vers la Seine, où la Dahabieh est à flot, donnant ses voiles au vent, au bruit de là musique arabe. Nous reviendrons ensuite jeter un coup d'œil sur les objets exposés dans la grande salle qui est adossée au Selamlik, et que nous appellerons la Salle du plan, parce qu'un plan en relief de la vallée du Nil l'occupe presque tout enfière. Enfin nous parcourrons les Galeries et nous achèverons d'\ fure connaissance avec les produits de l'industrie et de l’agriculture égyptiennes. Notons d'ailleurs que ces produits viennent, les uns des régions civilisées du Nil, et les autres de la Nubie, du Sennaar, du Kordofan, du Soudan; et ne sera-t-il pas curieux de passer ainsi, des ravissantes broderies sur velours ou sur soie que fabrique le Caire, aux peaux de bêtes dont se couvre l'habitant des rives du haut Nil
et des déserts?
L'Okel est une construction tout orientale, qui toutefois peut se comparer, dans une certaine mesure, à nos galeries parisiennes, à nos passages, à notre Palais-Roval, par exemple. C'est tout ensemble une auberge, un bazar, un magasin, un atelier, une bourse même, en un mot un grand édifice public où se résume toute l'industrieuse activité d'un peuple. Okel en est le nom égvptien; à Constantinople on l'appelle caravansérail. Sultans, pachas et cheikhs mettent leur gloire à fonder des bâtiments de ce genre, et il n'est pas rare d'en rencontrer qui non-seulement sont vastes, mais trèsagréablement décorés. On les désigne généralement sous le nom de leurs fondateurs. L'Ofel-Cheikh-Abd-el- Mansour et VOkel-Sidi- Abd-Allah, tous deux à Assouan, dans la haute Égvpte, ont servi
de modèle au nôtre.
Voyons d'abord l'intérieur. Ce n'est autre chose qu'une eour couverte ; les murailles sont en briques de plusieurs couleurs et disposées en dessins gracieux. L’Arabe est d'une habileté extraordinaire dans le maniement des figures géométriques, et il sait tirer un merveilleux parti de la brique. Ces arrangements, à la fois si simples et d'un effet si étonnant, sont empruntés çà et là à des constructions d'Assouan, de Girgeh et de Keneh. Une profonde galerie fait le tour de la cour, le long de ses quatre faces ; elle est à deux étages, et un massif de briques, en manière de frise, sépare le rez-de-chaussée de la partie supérieure. Les piliers sont en bois, avec chapiteaux carrés, très-hauts, en bois et en briques, et reliés par des chanfreins. Une hoiserie découpée à jour sert de garde-fou à la galerie du premier étage. La toiture repose sur une charpente apparente et se soulève en fabatière, de manière à former deux larges ouvertures. Ces prises d'air s'appellent malkaf dans le pays, etil n'y en a jamais qu'une; seulement, la nécessité de bien éclairer notre Okel a forcé de lui en donner deux : chez nous la lumière est si peu éclatante, qu'il faut mettre pour y voir plus de fenêtres aux maisons. Le malkaf d’ailleurs est fait pour aérer plus encore que pour éclairer.
À l'extérieur, le plan général consiste en quatre murailles, ravées, au rez de-chaussée, de larges bandes alternativement d'un blanc terne et de gros bleu, et simplement crépies et blanchies à la chaux, selon l'usage, à partir du premier étage. Le toit, tout autour, se découpe en plate-forme sur le ciel, et ses lignes horizontales ne sont interrompues que par la saillie des malkafs et par un lanternon auquel aboutit un escalier qui donne accès sur la terrasse. La cage de cet escalier est en saillie sur la facade postérieure. Sur un des côtés se développe, au premier étage, une galerie couverte dont la toiture est portée par des piliers de bois avec chanfrein. Au milieu de la galerie, qui est coupée en deux, une construction annexe fait une saillie profonde : elle renferme au premier étage une salle de réunion à l'usage de la Commission vice-royale, et figure un cube parfait posé sur quatre piliers de pierre en portique. Une autre con-
struction annexe fait avant-corps sur le troisième côté : elle se com-
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pose de deux salles, lune au rez-de-chaussée, disposée en café arabe, Pautre au premier étage, affectée à une collection de crûnes de momies. Une porte s'ouvre dans la quatrième et dernière facade, qui est percée en outre, au premier étage, d’une ouverture occupant plus de la moitié de son étendue et garnie d'une grande et belle moucharabieh.
Sous cette moucharabieh s'ouvre une porte à laquelle un perron donne accès. C’est par là que nous entrerons dans l'Okel. La porte elle-même mérite de fixer, du reste, un instant notre attention. Elle est une reproduction de l’une de celles qui desservent la maison dite de Fadil-Pacha, à Keneh, et, quoique toute en briques, elle n'en a pas moins l'aspect monumental d'une œuvre d'art. I y en a une autre sous le portique, trés-belle aussi, et dont le modèle existe à Assouan. Toutes deux se distinguent par un caractère de solidité alliée à l’élégance, et elles sont de bons spécimens du style arabe de Ja haute Égypte.
Nous voici dans l'Okel. L'illusion ne saurait être plus complète. Le décor dans l’ensemble et dans les plus petits détails, les hommes et les choses, tout nous transporte en Égypte. Sous la galerie du rez-de-chaussée, à droite et à gauche, des boutiques sont installées, et sur un rebord, derrière une balustrade légere et basse, devant chaque boutique, le patron et ses ouvriers travaillent à leur métier. Les boutiques se ferment au moven de deux volets à charnière horizontale, disposés de telle sorte, que l’un se relève, s'accroche contre la devanture et sert d'enseigne, et que l’autre s’abaisse, s'applique sur le sol et forme plancher. Accroupi à l’orientale sur ce plancher, que recouvre une natte où un coussin et qui le préserve de l'humidité, l'artisan, entouré de ses ustensiles, creusets, pinces, tour à tourner, métier à tisser, poincons et table à broder, ete., en plein air, se livre à son industrie. Un client vient-il lui faire quel-
que achat, un tapis est étendu sur le rebord, en dehors de la balus-
trade, et on cause, on prend du café, et on conclut l'affaire. Les marchandises sont en montre dans des armoires attachées à lt mur raille. Les bijoutiers eux-mêmes ont ainsi leurs ateliers sur a voie publique. Quand le marchand s'absente dans là journée, 11 étend simplement devant sa porte un filet, que tout le monde respecte. Tout cet ensemble constitue un coin de l'Orient saisi sur le vif, et il faut en faire la revue en détail.
Commencons parles orfévres. Cheikh-Alv-Hassan est un bijoutier du Soudan; il a amené avec lui quatre ouvriers, et fabrique des bijoux en filigrane d'or et d'argent. Son installation et ses procédés sont très-curieux à voir, Guirgues-Mikhaïl est un bijoutier du Caire, et, aidé d'un ouvrier, il fabrique des bijoux arabes modernes, en or et en argent, bracelets, bagues. Gabriel Boutrous est aussi du Caire, et fait spécialement des objets en filigrane d'argent, tels que coupes, vases, chandeliers. L'orfévrerie du Soudan s'inspire encore des traditions de la bonne époque, et elle est préférée à toute autre. Les ouvrages qui sortent des mains de Gabriel Boutrous sont pourtant des merveilles d'habileté et de patience. L'or manufacturé sons les veux du public est récolté en poudre dans le Soudan. Lorsque, dans le pays, les bijoutiers manquent de cette matière, ils se procurent des monnaies étrangeres; mais, même à la pièce d'or française, ils préférent les sequins de Hongrie, qu'ils parifient au moven de lar senie,
Ibrahim-Cherkawi est un passementier du Caire. Un ouvrier est venu ici avee lui et l’aide dans la fabrication d'articles propres à l'Orient et passementés d'or, d'argent, de soie et d’autres matières.
Mohammed-[d fabrique des articles brodés. Il est aussi du Caire. Il brode d'or et d'argent la soie et le velours, et en fait des bourses,
des sacs à tabac, des rideaux.
Puis il y a un sellier qui s'appelle Hassen-el-Agha. Outre les objets
de sellerie, il fabrique des articles de fantaisie arabe en cuir brodé. Un chibouquier du Caire fait des chibouks sous les veux du publie, et il les fait dans toutes leurs parties, bout, tuvau et orne-
ments. Son nom est Ahmed-Hamed.
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Alv-el-Kourdv est un tourneur du Caire, Son mstallation est trèsoriginale et trés-primitive, ce qui ne Pempêche pas de fabriquer de fort jolies choses en bois, en os, en 1voire, ete.
Saïd-Ahmed, enfin, est nattier. Il est du Caire. I se sert d'une sorte de métier à tisser pour faire des nattes de toutes grandeurs.
Une boutique de barbier aussi à été installée. Le Figaro s'appelle Alv-Dawaba. On sait avec quelle dextérité les barbiers arabes manient le rasoir, et AÏv, du reste, en est la preuve vivante.
La plupart des matières premières emplovées par les ouvriers dans leurs ateliers de l'Okel sont de provenance égvptienne : les fils d'argent, par exemple, pour filigranes, le cuir, le velours et la soie, la paille des nattes, le bois des chibouks, ete. Notons encore que tous les dessins qui ornent le travail d'un ouvrier sont faits par lui-même, et qu'il est toujours le créateur de ses modèles.
Ateliers et boutiques ne bordent que deux côtés de la cour. Sous la galerie, en face de la porte par où nous sommes entrés, s'ouvre une autre porte basse qui donne accès dans un réduit voûté. Il v à
là un bassin avec jet d'eau pour les ablutions.
Un escalier en bois, brisé en plusieurs paliers, dans une cage carrée, meéne au premier étage et jusque sur la terrasse, où il se termine, nous l'avons dit, en un lanternon fait tout entier en moucharabiehs. Nous le quittons pour visiter la galerie supérieure, Les logements des ouvriers de l’Okel la bordent des deux côtés. Deux portes plus grandes, vis-à-vis l'une de l’autre, meénent, celle qui est à notre droite, dans la salle où sont rangés les crânes des momies, et l’autre dans la salle de réunion de la Commission.
Cette collection de crânes est unique au monde et tres-curieuse à étudier au point de vue anthropologique. Un des grands intérêts qu'elle offre, c'est que toutes les têtes qu'elle renferme sont classées
par dynasties, et qu'on leur peut assigner un âge et une date.
Comme, en outre, plusieurs milliers d'années séparent les plus vieilles d'avec les plus récentes, on à ainsi le moyen de vérifier dans quelle mesure le volume du cerveau humain a changé ou est resté le même. Le problème, sans doute, est bien délicat; mais enfin il a été posé, et jamais plus belle occassion ne s’est offerte d'en raisonner pièces en mains. I v a près de cinq cents crânes. Une demidouzaine de momies entières, dans la même salle, ne manquent pas non plus d'attirer l'attention des savants et, assurément, rendront service à la science.
A la charpente du toit est accroché un lustre en bronze travaillé d'une grande beauté; il affecte la forme d’un cylindre. Qu'on imagine une plaque de métal recourbée et soudée en cylindre, toute fouillée, criblée d’arabesques à jour, ornée dans le haut d'une dentelle et dans le bas d’une base également dentelée. Plusieurs rangées de petites tiges de fer se hérissent autour du lustre quand on veut le mettre en état de servir, et, à l’aide d'une charnière coudée, soutiennent des godets où des mèches nagent dans l'huile. Le lustre du sanctuaire de la mosquée du sultan Hassan, au Caire, est du même genre. Celui qu'on admire dans l’Okel provient de la mosquée de Kaïd-Bey, au Caire.
Les moucharabiehs valent qu'on les examine de près, et elles ne sont pas la partie la moins curieuse de notre construction. Elles ont été toutes détachées de la maison dite d'Husseïn-Bev, située au Caire. La plus élégante cependant vient du palais de Gamalieh. On la distingue aisément entre les autres à la grâce extraordinaire de son dessin et à sa légèreté vraiment incroyable. C'est, du reste, au Caire qu'on a de tout temps fabriqué les plus belles moucharabiehs.
La haute Egvpte, moins complétement envahie par la race arabe,
est restée quelque peu réfractaire au génie des arabesques. On s’v contentait de simples baguettes de bois croisées en losange. Au Caire, au contraire, les moucharabiehs se compliquent des motifs les plus capricieux. Ge sont, on le sait, des treillages faits de petits morceaux de bois tournés et assemblés ensuite avec une étonnante
patience. Une imagination fougueuse alliée à une grande patience,
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voilà encore un contraste qui est un trait de caractère chez Arabe. Ces treillages, naturellement, arrêtent au passage beaucoup de lumicre ; mais la lumière en Orient est si intense qu'elle éclaire suffisamment, pour si peu qu'il v en ait dans une maison, et du reste le grand but des moucharabiehs, c'est d'établir des courants d'air
et de donner de la fraicheur.
Un café arabe est installé au rez-de-chaussée; on y pénètre par la cour de l'Okel et du dehors. Ici, encore, rien n'a été livré au hasard de l'inspiration : le local à une facade extérieure qui se compose d'un vitrage copié sur celui d'un barbier au Caire et de deux entrées, à droite et à gauche du vitrage, qui sont toutes deux des reproductions fideles du portail d'une mosquée située dans la rue Franque, à Alexandrie. L'ensemble est très-original ; les deux portes surtout ont un beau caractere : les grandes lignes en sont tracées avec une pureté de goût remarquable, les sallies ménagées avec une excellente entente des jeux de lumière, et le détail en est d’une admirable harmonie.
A l'intérieur, 1l y à trois divans le long des murs; des nattes couvrent le sol; le plafond est à compartiments décorés d'arabesques très-claires sur fond clair.
L'entrée n'est ouverte que sur la présentation de cartes. Dans une ville comme Paris, peuplée de près de deux millions d'habitants, l'hospitalité orientale est une vertu impossible à mettre en pratique sans réserve ni formalités. Or, tout est gratuit dans notre café : chibouk, narguileh et le café lui-même. Le service se fait exactement dans la forme arabe : einq personnes y sont consacrées, et, comme les ouvriers de l’Okel, ce sont des indigènes appartenant à divers types ethnographiques. Is sont sous les ordres d'un chef cafetier du nom de Aoha-Hassen-Badawi. I est très-curieux de les voir en fonction. Pré-
cédé de quatre hommes sur deux rangs, un plateau couvert de tasses
à la main et une cafetière arabe dans l’autre, une sorte de sommelier s'avance, dans l'attitude de ce respect plein de dignité qui est un secret de la race. Le moindre signe est immédiatement obéi et tous les désirs de l'hôte prévenus avec une cordialité frappante. Le café est versé tout bouillant et tout sucré, non point dans des tasses, mais dans de petites coques sans pied n1 anse, glissées dans un coquetier qui permet d'y mettre la main sans se brûler. Le ehibouk est offert tout allumé, et par terre, devant le fumeur, un plateau de cuivre sert à en recevoir le fourneau.
Une modeste construction, dont il n'a pas encore été question, s'élève dans le pare égyptien, entre le Selamlik et le Temple, un peu en arriere; ce sont des écuries. Quatre animaux y sont entretenus : deux dromadaires et deux ànes.
Le dromadaire n'est autre chose qu'un chameau jeune et de bonne race, dressé aux allures régulières du trot et du galop, habitué à porter une selle et à obéir à un maitre. Il n’a pas deux bosses, comme le croit le vulgaire, et son éducation seule le distingue du chameau. On sait, du reste, qu'il se distingue des autres animaux domestiques par une très-grande sobriété, par son aptitude à endurer, dans la sécheresse nue du désert, la fatigue d’un voyage prolongé et la soif et Ja faim. Notons encore que le chameau de l'Arabe nomade du désert est bien plus propre que celui des campagnes nilotiques à faire un bon dromadaire.
Les ànes d'Egypte sont des bêtes bien faites et d'une élégance,
d'une gentillesse à laquelle les baudets d'Europe ne nous ont pas habitués. Leur croupe s'arrondit avec la grâce de la croupe de l'antilope où de l’hémione. Ils sont en outre très-alertes, grands et forts. On s'en sert parfois dans le désert en place de chameau. Ils ont encore cette qualité, mouïe chez les nôtres, d'être dociles et sans l'en-
létement proverbial de maitre Aliboron. Ils portent d'énormes
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chargés et se laissent atteler; mais ils sont avant tout la monture par excellence des Égvptiens, leur allure étant très-douce et en même temps très-rapide : ils vont une sorte de pas relevé qui n'est pas tout à fait l'amble. Achevons d'un trait leur éloge : 1ls savent se contenter de peu.
Nos deux dromadaires sont des femelles. L'un est de KR race dite des Bicharis et est né à Abou-Hamed, dans le Soudan, de parents du même pays; il est àgé de dix ans. L'autre, àgé de neuf ans, est de la race d'Haïdi et né à Abou-Rich, près du Ras-el- Ouadv, dans la basse Egypte, de parents de la mème localité. IS sont harnachés, sellés et armés en guerre, et confiés aux soins de deux chameliers, de Bou-Salam-Saad et de Odah-Hossen.
L'un des ànes est blanc, àgé de trois ans et né à Abousvr, dans la basse Égypte, d'un père de la province d’Assouan et d'une mère de la province de Charkieh. L'autre est noir, àgé de quatre ans et né à Minieh, dans la moyenne Egypte, d'un père de la haute Égvpte et d'une mère de Minieh. Deux sas où conducteurs d'ânes sont atlachés à leur écurie: Moustafa-Alv et Saïd-Abdallah.
On à appelé le chameau le navire du désert; mais le Nil aussi à sa navigation représentée au Champ-de-Mars. Un joli bateau égvptien se balance à l'ancre, sur la Seine, près du pont d'Iéna; c'est la Dahabieh, une de ces embarcations qui sont comine les diligences du Nil et servent à remonter le fleuve jusque dans là haute Égvpte. Sa coque, largement et profondément arrondie en arrière, s'en va en s'amincissant vers la proue et se termine en un talloir tranchant, effilé et gracieusement recourbé. Ses dimensions sont de vingt-sept mètres sur quatre. Un crocodile doré en orne la pointe extrême. Un plancher mobile couvre lavant du navire et s'étend à peu prés au tiers de sa longueur sur toute la partie réservée à
l'équipage, Sous ce plancher une petite cale est utilisée commie
magasin de bouche et remise de cordages. Tout à fait à l'avant, dans une cabine, un fourneau de cuisine est installé. Des supports de cuivre sont disposés autour du bord pour recevoir une tente. Plus loin, vers l'arrière, occupant les deux autres tiers de la lonoueur totale, il y a comme une maison, assez semblable, dans sa construction et son aménagement, à nos voitures de chemin de fer, mais beaucoup plus spacieuse et surtout plus haute. On v descend par trois marches. Une première porte meéne dans un couloir sur lequel donnent deux petites pièces, à droite et à gauche ; une grande salle vient ensuite, meublée de deux larges divans et d'une table. Puis, sur un autre couloir, s'ouvrent deux chambres à coucher, et enfin on trouve un salon oblong, arrondi à l'extrémité comme l'arrière lui-même du navire qu'il occupe. Deux escaliers, d'un côté de la porte d'entrée et de l’autre, bordés d'une main courante, permettent de monter sur le toit de la petite construction ou plutôt sur le pont de l'embarcation, et il y a là une tente. Quant à la décoration, elle est tournée au confort, comme il convient, et ne vise pas au luxe. Un divan fait le tour du salon, il est recouvert d'étoffe à fil d'or fabriquée au Caire; d’épais tapis v sont étendus; le plafond en est blanc et or, légerement concave; des glaces alternent avec les fenêtres ; les portes, et du reste presque toute la charpente, sont en bois rougeätre d'un beau poli.
Le navire est venu à la remorque d'Alexandrie à Marseille, et ensuite par les canaux, par la Loire et la Seine, à Paris. Il est à une voile; son mât se démonte en trois morceaux et porte une longue antenne; la voile est triangulaire, énorme, et tout à fait la voile latine. Six paires de rames aident en outre à la marche. Les rames et toute la carcasse du bateau sont peints en gris mat. Le pavillon de l'embarcation est rouge et porte au centre un croissant et une étoile d'or. Son nom est Bent-en-Ni, la fille du Nil.
L'équipage se compose de douze marins et d'un pilote, sous les
ordres d'un capitaine, et porte le costume de la marine vice-royale, tarbouche rouge, turban blanc, veste cramoisie richement brodée d'or.