SALLE DU PLAN
Lorsque le bateau va à la voile et que le vent suflit à sa marche, les marins quittent les rames : l’un d'eux prend là daraboukah, espèce de tambour de basque; les autres s'accroupissent en rond ; puis, tous ensemble, en chœur, ils chantent les airs du Nil, les vieux airs populaires du vieux fleuve. Ces chants sont d'ordinaire des mélodies douces et plaintives, en harmonie avec le paysage d'Égypte, et qui s'en vont se perdre avec un charme inexprimable dans l'infini du désert bordant les deux rives dans la vallée haute.
À côté de la Dahabyeh, une barque de pêcheur des bords du Nil est amarrée. Sa forme est celle de notre bachot ordinaire; le gréement seul est autre et rappelle celui des barques de l'Égypte antique.
L'illusion ainsi est complète, et, au sortir du Temple, du Sekunlik et de l'Okel, on n'a qu'à gagner la Seine pour être tout à fait sur le Nil.
On n'a pas oublié que dans la salle adossée au Selamlik divers objets sont exposés. Le moment est venu de les passer en revue; mais auparavant, et tout en nous dirigeant de ce côté, il nous faut rendre à un homme éminent un hominage mérité. Son nom reviendra souvent dans la partie de ce livre qui traite de l'Égypte moderne. Il s’agit d'un officier supérieur, chef de là mission francaise auprès de Son Altesse le Vice-Roi, du colonel d'état-major Mircher. M. Mircher est le digne successeur de Soliman-Pacha, et il continue et achève l’œuvre fondée par ce dernier. Inculquer à la race arabe l'esprit de discipline et d'ordre, acclimater sur les bords du Nil les éléments si complexes d'une bonne organisation militaire, avec tous les arts, toutes les sciences, toutes les mdustries puissantes qui concourent à l'armement, au bon entretien des troupes, à une bonne tactique, n’est pas une entreprise facile, et, à mesure qu'elle s’accomplit, de profondes modifications s'intro-
duisent dans l'état social méme du pays. Quiconque prépare une nation à faire la guerre moderne, par cela même l'initie presque à tous les progrès des temps modernes. M. Mircher, du reste, à pris une part active à l'organisation de l'Exposition égyptienne, et c'est à ses soins que nous devons en grande partie les pièces justificatives réunies à la fin de ce volume.
Les sciences naturelles sont elles-mêmes dignement représentées auprès de Son Altesse le Vice-Roi d'Égypte, en la personne de Figari- Bey. Dès l’âge de vingt et un ans, en 1825, M. Figari, Italien d'origine, arrivait en Egypte. Muni de son diplôme de chimie pharmaceutique, il avait passé un contrat de trois ans avec le Gouvernement de Méhémet-Alv. débuta dans la Pharmacie centrale militaire du Caire, passa ensuite, avec le grade d'aide-major, à l'Hôpital militaire d'Abou-Sabel, et deux ans après, une École de médecine avant été fondée au Caire, il fut nommé professeur au Jardin botanique annexé à cet établissement. Plus tard il revint à l'Hôpital militaire, en qualité de pharmäcien en chef. Iest en ce moment chargé de l'inspection du service pharmaceutique en Egypte, et, après avoir été le pharmacien particulier du vice-roi Saïd-Pacha, il est entré, avec les mêmes fonctions, au service d'Ismael-Pacha. Le fitre de bev, enfin, a été la juste récompense d'une vie tout enticre consacrée à l'Égvpte. Figari-Bey est en outre décoré de l’ordre de là Légion d'honneur. Une longue et laborieuse mission géologique dans le désert, à la recherche de gisements houillers, a solidement assis sa réputation et son autorité scientifiques. Elle a duré dix-huit ans, et nul mieux que lui ne connait le sol et le sous-sol de ces contrées lointaines, qu'il à fouillées en tous sens, criblées de sondages, de puits et de galeries. Ses travaux littéraires consistent en un grand nombre de mémoires d'histoire naturelle, adressés a l'Académie des sciences de Turin. I à publié, en outre, un grand ouvrage en deux forts volumes, intitulé : Sfudj scientifichi sull Egitto e le sue adjacenze, et accompagné d'une carte géologique en six grandes feuilles coloriées. L'ouvrage à été traduit en langue
arabe, et, apres avoir révélé à l'Europe plus d'un fait nouveau, il
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