‹ L'Égypte à l'Exposition universelle de 1867Chapitre 42 sur 146 · XX V · texte numérisé non relu

XX V

Des boutiques garnies de rayons et de vitrages sur trois côtés, donnant par le quatrième sur un passage, ef alternant, de travée en travée, avec de simples vitrines, telles sont nos galeries. Construites en bois et peintes dans le goût de l'Égypte pharaonique, elles donnent à peu près l’idée de ce que devait être architecture privée de Thèbes. Elles s'étendent ainsi, décorées d'une frise d'uréus dressés et de légères colonnettes à têtes d'Hathor, depuis le jardin central du palais jusque sous la grande nef circulaire des machines. Là, elles se continuent de plain-pied sous une large plate-forme carrée que portent de beaux piliers de bois, également de style pharaonique. Le dessus de la plate-forme est de niveau avec la passerelle de la erande nef et a été lui-même utilisé.

La galerie, ses boutiques etses vitrines sont affectées spécialement

à l'Exposition de la haute et basse Égvpte et renferment les produits

agricoles, industriels et artistiques de la vallée du Nil proprement dite, c'est-à-dire comprise entre les deux déserts et entre les Cataractes e6t la mer, Quant aux deux planchers de la plate-forme, ils sont consacrés aux hautes régions du fleuve, à la Nubie, au Sen-

naar, au Kordofan, au Soudan oriental.

Mais, avant de décrire les produits que les habitants de ces contrées si diverses v recueillent et les fruits du travail de leurs mains, il convient de les étudier eux-mêmes. Un mélange intime et déjà achevé aux temps anté-historiques, du tvpe nègre et du tvpe sémite, voilà l'Égvptien primitif. Les nègres venant du sud, les sémites venant du nord, et finalement confondus. en une race de métis, ont peuplé la vallée du Nil. Mais de bonne heure, on s’en souvient, cette population primordiale à été très-mêlée d'éléments nouveaux et greffée pour ainsi dire à plusieurs reprises. Les monuments nous l'ont montrée recevant, sous la douzième dynastie, une infusion de séve étrangere. Puis vinrent les Hyesos, sémites eux-mêmes, et il se fit aussi, sans doute, plus d'un renouvellement du sang éthiopien. Toutefois là première transformation profonde, radicale, eut lieu lors de la conquête arabe. L'élément sémite alors l’emporta décidément sur l'éthiopien, après une série d’oséillations qui tantôt faisaient prédomier l'un, et tantôt l’autre.

Le type de l'Égvptien des premiers temps s'est conservé dans les Coptes et dans les paysans de certaines provinces, surtout vers la vallée haute et dans le Fayvoum. Les Coptes sont véritablement un débris de nationalité, et, au même titre queles pyramides, ils perpétuent sur le sol nilotique l’immortalité pharaonique. Voyons en peu de mots les traits divers qui les caractérisent. Ils ont l'œil toujours

noir, généralement grand et allongé, relevé légèrement à l'angle ex-

térieur; le nez droit, arrondi à l'extrémité; les narines dilatées: les

levres assez fortes ; les cheveux noirs et bouclés: Ta taille petite; le caractère sombre, méfiant, plein de haine pour tout ce qui leur est étranger. Ils ont, encore de nos jours, des couvents dans les déserts de la Thébaïde et y conservent la foi chrétienne et la langue de leurs ancêtres, malgré l'invasion musulmane.

Le fond de la population actuelle est arabe. Les Arabes d'Égvpte se distinguent eux-mêmes en trois classes : les Arabes des campagnes, les Arabes des villes et les Arabes nomades. On nomme les premiers Fellahs, et ce mot signifie cultivateur; les seconds se désignent par la qualification de Awlad-el-Beled, enfants de la ville, ou encore d'Awlad-Mesr où d'El-Mesrivin, les enfants de Mesr; les autres sont les Bédouins.

Les Fellahs ont la tête d'un bel ovale, le front large et saillant, l'œil noir, enfoncé, brillant, le sourcil noir comme la barbe, la bouche bien taillée, mais un peu marquée, les dents belles. Leurs femmes sont remarquables par les justes proportions de leur taille et de leurs membres, par de larges épaules, une poitrine bien placée, des veux étincelants sous de longs cils noirs, par une démarche fière, leste el élégante, par la grâce de leurs attitudes. Le costume des hommes ne se compose que d'un calecon et d'une chemise de coton. Les femmes portent aussi le calecon et la chemise, et, pour sortir en publie, se drapent tout entières d'une longue pièce de coton noir. I va aussi en Égypte des Arabes de Tunis, c'est-à-dire des Maghrebins, professant la religion musulmane et s'occupant de négoce, et des Maghrebins bédouins, originaires des oasis et des déserts de la Libve et de la Cyrénaïque.

Citons encore les Tures, puis quelques Persans, des Kourdes, des Syriens, des Arméniens, des Circassiens, des Grecs, des Juifs. L'immigration juive date du moven âge. [ei, comme partout, ce peuple, qui porte cette sorte de joug moral sans se plaindre, s'occupe dopérations de banque, du change de la monnaie et exerce le métier

d'orfévre. [Is parlent presque tous l'espagnol et l'arabe,

Depuis des siècles très-reculés vivent aussi en Égypte des descendants de la race de Cham, émigrés des régions nubo-soudaniques, c'est-à-dire du Darfour, du Dakrourv, du Kordofan. Is parlent des idiomes très-variés, professent la religion musulmane, et s'occupent principalement de commerce ou servent comme domestiques.

Il en est de même de la nation berbère, originaire de lOuadv- Kenousi, des cataractes d’Assouan, du Dongola. Le Berberim est résolu, d'un caractère indépendant, fidèle et bon domestique; il rend d'utiles services aux explorateurs qu'il accompagne, aux maisons de commerce qui emploient comme commis. Il à un dialecte particulier et pratique la religion musulmane.

I s’en faut que l'ethnographie et la linguistique aient dit leur dernier mot sur tous ces peuples divers, et nous n'insisterons pas davantage. Certaines tribus nomades des confins de l'Égypte méritent toutefois que du moins on les mentionne, à cause du rôle qu'elles ont joué autrefois dans l'histoire. Ge sont d'abord les Abbadehs, les Bicharis, les Haddarebs, qui habitent les pays compris entre le parallèle de Souakim et la ville de Massaouah, port de l'Empire abvssin. Le lien social qui les relie est très-làche et leur civilisation

à peu près nulle. Leur langue, tirée de léthiopien, est le beggiam ;

leur religion est celle de Mahomet. Leur nourriture se compose de

coquillages, de mollusques, des poissons de la mer Rouge. Les historiens classiques leur ont donné le nom fameux d'Ichthyophages: puis, comme pendant aux Ichthyophages, 1l faut citer les Troglodvtes,

entre le 26° et le 24° latitude nord, c'est-à-dire de Kosseïr à Bérénice.

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