‹ L'Égypte à l'Exposition universelle de 1867Chapitre 46 sur 146 · XLVII · texte numérisé non relu

XLVII

Ce ne serait pas laisser au lecteur une impression juste de l'Egypte que de terminer notre livre sur ces annexes lointaines et à demi sauvases, Revenons donc, en descendant le cours du Nil, au centre de

l'empire. Là nous rencontrerons à chaque pas quelque marque

erandiose de la civilisation moderne. Près de sept cents kilometres

L'ÉGYPTE MODERNÉ 261

de chemins de fer sont en exploitation dans la vallée égyptienne, sans compter plus de quatre cents kilomètres de voies en construction. Un réseau télégraphique couvre le pays. L'instruction publique est organisée sur une large échelle. L'ordre règne dans la comptabilité des finances. Une armée permanente est sur pied, organisée et instituée à l’européenne, la première armée véritablement nationale de tout l'Orient, disciplinée, habituée aux manœuvres, animée d'un excellent esprit militaire. Un gouvernement régulier fonctionne. En un mot, on a là un spectacle qui fait douter qu'on soit sur le Nil, qui ferait presque croire qu'on est sur la Seine ou sur la Tamise. Entre ce qui est maintenant et ce qui était autrefois, quelle diffé-

rence! Depuis des siècles, l'Egypte tournait dans un cercle de euerres continuelles, de luttes anarchiques; mais, aux fureurs des ambitions, la paix et la tranquillité succèdent. Au lieu d’une armée propre à assurer, au moment venu, l'indépendance et la grandeur du pays, il n’v avait que des milices turbulentes, plus propres à tout compromettre par leur fanatisme. La souveraineté n’est plus le prix de l'intrigue : elle se transmet dans une dynastie régulièrement assise. Tout récemment même, les ingérences si souvent fâächeuses de la Turquie et ses exigences surannées ont été définitivement écartées, et l'Égypte est devenue un royaume qui ne relève que de ses propres destinées. Peu à peu ainsi se dégageront, pour ce pays, les conditions de sa nationalité, et le reste lui viendra par sureroit.

CONGEUSTON

Et maintenant, cette longue histoire de PEÉGyPrTE sous les Pharaons nationaux, sous les Ptolémées grecs, sous les Césars romains, sous les khalfies, sous Méhémet-Aly et sa dynastie, ne porte-t-elle pas en elle un enseignement? Faut-il y voir la confirmation de la foi que notre siècle professe pour la généreuse idée du progrès humain? Nous avons donné à Memphis la préférence sur Thèbes, et pourtant Memphis est antérieure à Thèbes. Dans sa plus grande splendeur, le Caire n'a jamais dépassé Alexandrie, et pourtant Alexandrie est une cité de plusieurs siècles plus ancienne que le Caire, N'est-ce pas là, au lieu de progres, de la décadence? Non, au contraire, l'ascension est manifeste, et à mesure que les civilisations se succèdent sur les bords du Nil, elles ne brillent pas sans doute d'un éclat de plus en plus beau, mais au fond et par quelque point elles s'améliorent. De nos jours, il est vrai, nous allons beaucoup plus vite et plus sûrement vers l'avenir, et surtout avec plus d'impatience. Notre eli: mat, notre caractère nous portent en avant avec plus de force, Mais ce que nous ne devons pas oublier, c'est qu'un même coin de là terre ne brille pas toujours du même éclat, et que les peuples vieil-

lissent, si l'humanité est éternellement jeune.

Page 1