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seulement 6.000. Plus Abbas montrait d'ailleurs de bonne volonté, plus la Porte était exigeante. En 1851 il reçut Tordre d'appliquer à TEo-yte la réforme ou tanzimat et de supprimer eu conséquence les corvées, la bastonnade et le service militaire à long terme. Comme il protestait, la Porte répondit que Méhémet- Ali s'était engagé à gouverner FEgypte suivant les lois générales de l'empire. Fuad-effendi fut envové en Egypte comme ambassadeur extraordinaire et finit par obtenir gain de cause. En récompense, Abbas reçut le titre de vice-roi et le droit de grâce à titre personnel. Il manifesta son loyalisme pendant la guerre de Grimée et envoya au sultan un corps de 1.5.000 hommes et une division navale. Ce fut aussi sous ce règne que le monopole commercial établi par Méliémet-Ali commença à disparaître. Malgré l'opposition secrète d'Abbas, qui avait enjoint aux moudyi'S d'entraver leurs opérations, des négociants étrangers pénétraient dans l'intérieur de l'Egypte et, conformément au traité de commerce de 1838 entre la Porte et l'Angleterre, achetaient directement aux fellahs l'excédent des récoltes qui n'avait pas été absorbé par les impôts. Cette politique manquait donc de franchise et de fermeté, et elle eût conduit l'Egypte à une prompte décadence si un accident n'y avait mis fin. Au mois de juillet 1854 on apprit tout à coup qu' Abbas était mort dans son palais d'une apoplexie foudroyante; il fut prouvé plus tard qu'il avait été assassiné par deux Mamlouks circassiens désireux de se venger de lui ou d'éviter un châtiment. Comme il faisait une chaleur excessive à ce moment,
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les fellahs racontèrent qne les portt's de lenfer s'ouvraient pour le recevoir : telle fut son oraison funèbre.
Le successeur dAbbas était le prince ^Mohammed- Saïd, le plus jeune des fds de Méhémet-Ali. Né en 1822, il avait été élevé en Egypte par des professeurs français. Son père voulait faire de lui un marin : il lui fit enseigner les mathématiques , les langues européennes, la navigation. De bonne heure il fut envoyé en mer en compagnie d'enfants de son âge pris dans le peuple et ce fut peut-être là qu'il apprit à apprécier les qualités de ses futurs sujets. Mais un embonpoint précoce inquiétait Méhémet-Ali qui le faisait peser chaque semaine et le privait de nourriture ou le soumettait aux plus durs travaux chaque fois que son poids avait augmenté. Très courageux, il était le premier à rire de sa corpulence et, dans l'été de 1845, on le vit, par les chaleurs les plus fortes, entraîner ses troupes en plein désert contre les Bédouins. Son esprit n'en était pas moins très actif et très ouvert aux idées occidentales, mais il souffrait d'un manque d'équilibre. « Ce Gargantua, dit E. About, qui en a tracé une sorte de caricature, était un. de ces colosses débonnaires, bons vivants, gros plaisants, grands mangeurs et buveurs mirifiques... Sa main était de taille à souffleter les éléphants; sa face large, haute en couleur, hérissée d'une barbe à tous crins, exprimait la lioiité, la franchise, la
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générosité, le courage, mais tout cela quelque peu barbouillé de cynisme. 11 avait le malheur de mépriser les hommes sans exception, en sorte qu'il ne se respectait pas toujours assez lui-même. » Très tolérant, il confia son fils à une gouvernante anglaise et nomma un chrétien gouverneur du Soudan. Dès son avènement il prohiba Tintroduclion des esclaves en Egypte et en 1856 il libéra tous ceux qui s'y trouvaient. Les peines corporelles furent abolies (1861). Il souffrit que son conseil d'Etat donnât un avis défavorable à un décret qu'il avait proposé ; mais, par contre, il faisait décapiter sans pitié les cheiks qui se dérobaient à la loi sur le recrutement et pendre les Bédouins des tribus pillardes. Quelques fantaisies coûteuses rappelaient parfois le souverain oriental; c'est ainsi qu'il fit construire un immense plancher en fer afin de pouvoir faire évoluer ses troupes devant son château d'Alexandrie sans être incommodé par la poussière. Mais, malgré ces imperfections, son règne n'en a pas moins été très utile à l'Égvpte, car il a sauvé l'œuvre de Méhémet-Ali et a fait un effort sérieux pour habituer ses sujets sans brusquerie à la civilisation européenne. Aidé par ses anciens compagnons d'études et par les conseillers de Méhémet-Ali , il se montra vraiment pour son peuple un éducateur.
Il fallait d'abord reconstituer le gouvernement qui avait été désorganisé par Abbas. Saïd rendit plus
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simple le système imaginé par Méhémet-AIi. Il supprima les moudyrs ou gouverneurs de province, qui ne songeaient qu'à faire fortune aux dépens de leurs administrés (l), et restreignit le pouvoir des tyranneaux de village qu'étaient les cheiks-el-beled. Des règles fixes fondées sur Tétat civil furent établies pour le recrutement de l'armée et la levée de l'impôt. Les cheiks ne purent plus, comme autrefois, désigner exclusivement pour le service militaire la tourbe des indigents et répartir l'impôt arbitrairement entre leurs administrés. Le gouvernement central comprit un conseil d'Etat qui discutait tous les projets d'intérêt général, avant qu'ils fussent présentés à la signature du vice-roi, et trois ministères (intérieur, guerre et finances). La nomination des juges fut enlevée au grand cadi, qui achetait sa charge à Constantinople et rentrait dans ses deniers en vendant lui-même les charges judiciaires; tous les juges furent désignés dorénavant parle vice-roi. Enfin, après avoir chassé les Albanais appelés par Abbas, Saïd conserva le nizam, mais rendit le service réellement obligatoire pour tous et pour un temps très court. Les conditions matérielles de l'armée furent améliorées par une réforme des hôpitaux et des subsistances. La résistance vint seulement de la part des cheiks-el-beled, qui regardaient comme un privilège l'exemption du service militaire pour leurs enfants. Des mères éplorées firent une manifestation devant le palais du viceroi. Saïd usa à la fois de vio-iieur et de douceur : il fit
(1) Il les remplaça par des « maimours ». préfets dont les pouvoirs furent beaucoup moindres.