SAID
venir les principaux cheiks et leur démontra qu'il fallait accepter le service obligatoire pour tous ou se résoudre à voir reparaître en Egypte les Albanais détestés; d'autre part, il fit condamner à mort deux cheiks qui avaient exempté leur fds. Le service durait d'ailleurs un an à peine et, bien que la Porte lui eût cédé le droit d'avoir 30.000 hommes sous les armes, Saïd maintint toujours son armée à 12.000 hommes. Cette armée fit merveille pendant la guerre de Crimée, qui avait commencé sous Abbas. Les Egyptiens contribuèrent à arrêter à Silistrie la marche de Paskiévitch sur Constantinople ; au bout de trente-neuf jours de siège, les Russes durent battre en retraite. En 1855, l'armée de Saïd se signala encore par la défense d'Eupatoria.
Mais le règne de Saïd fut avant tout pacifique et il profita de cette tranquillité pour accomplir en Egypte une révolution sociale des plus importantes : il renonça au régime de propriété créé par Méhémet- Ali. Dans chaque village des distributions de terres furent faites aux cultivateurs, qui eurent désormais le droit d'aliéner ou d'acquérir le sol. La conséquence immédiate de cette réforme fut la suppression du monopole commercial et l'établissement de la liberté économique. Tout l'arriéré des impôts était remis aux villages en retard avec le fisc. Le paiement des contributions en nature était supprimé et une année d'impôts était remise aux villages qui n'avaient pu encore se procurer de numéraire. Enfin les douanes intérieures furent abolies. Les conséquences bienfaisantes de ces réformes ne se firent pas attendre : les impôts,
perçus par des reeeveurs spéciaux et non plus par les clieiks, rentrèrent régulièrement; beaucoup de terres en friche furent remises en culture ; le commerce intérieur et extérieur se développa dans de grandes proportions. De 1851 à 1856 les échanges du port d'Alexandrie passèrent de cent trois à cent quatre-vingt-trois millions de francs. Des réformes analogues furent tentées au Soudan, que Saïd voulait abandonner après le voyage qu'il y fit en 1856. Il ne fut arrêté que par la perspective de l'anarchie qui suivrait le départ des troupes égyptiennes, et il se contenta d'ordonner une levée plus régulière et plus douce de l'impôt.
Mais toutes ces opérations entraînaient pour le Trésor des frais considérables, car un grand nombre de créances étaient ainsi supprimées; Saïd brûla lui-même pour 80 millions de piastres des titres de l'impôt arriéré. D'autre part , des travaux immenses furent entrepris : l'achèvement du chemin de fer d'Alexandrie au Caire, la construction d'une ligne entre le Caire et Suez et surtout le curage du canal Mahmoudieh, qui fut exécuté en22 jours par 115.000 hommes, absorbèrent des sommes importantes. Pour faire face à ces dépenses, Saïd ne craignit pas de recourir au procédé moderne du crédit qui devait être si fatal à l'Egypte sous son successeur. Le premier emprunt d'Etat fut émis en 1858, puis deux autres suivirent en 1861 et 1862. Le second fut couvert par des capitalistes anglais pour 72 millions de francs au 7 ^ égyptien. Lorsque Saïd mourut, en 1863, il léîïuait à son successeur un découvert de 250 millions.