‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 116 sur 189 · LES GARANTIES D* AVENIR · texte numérisé non relu

LES GARANTIES D* AVENIR

3oa

107. — De Paris à Honsienr le Comte de Rohaii-Chabot Secfétaire d'Ambassade en mis^on à Alexandrie.

SoMKAimE : Si le pacha n^obtient pas toute satisfaction. ïl tir« an moins des arrangexneats actuels des garazities d^avenir pour lui et pour sa famille. — I) peut oiûintenant consolider son gouvernement par une bonne administration intérieures c^est la seule politique qui puisse lui ramener Topinion de FEurope, — II inspirera encore des défiances; on lui attribuera une part dans les troubles dont la Syrie redeviendra probablement le théâtre. — U doit donc agir avec la plus grande circonspection, — Il doit mettre tons ses soins à acquérir la bienveillance du Sultan en lui donnant tons les témoignages de déférence. — Donc il doit s*occuper surtout à fonder eu Egypte un grand établissement agricole et commercial et à rassurer les esprits encore inquiets de ses projets ambitieux. — Le représentant de la France doit apporter à sa mission les ménagements réclamés par une position qui eut particulièrement délicate. — H faut notamment éviter d^exeiter les soupçons des agents des autres Puissances et se tenir dans la plus grande réserve. — On lui enverra des iDâtfuciioDS plus précises selon les circonstances: il faut d*abord voir la direction que prendra la politique du Vice^roi. — Envoyer des informations exactes Rtr les ressources de T Egypte à tous égards.

Paris, 22 février 1841,

Monsieur,

Pour VOU8 indiquer l'attitude que vous avez à prendre dans la mission qui vous est confiée^ je dois vous faire connaître la pensée du Gouvernement de S. M,, sur la situation actuelle de TEgypte et de Méhémet-Ali.

Si rarraugement qui vient d'être conclu n'assure pas au Pacha tous les avantages qu'il avait pu espérer, il y trouve du moins ce qu'il n'avait pas jusqu'à présent, ce qui forme la condition première d'un établissement solide, des garanties d'avenix pour Iui«même et pour sa famille. La France se félicite d'avoir, par son langage et ses démarches, dans ces derniers temps, contiihué à dissiper les incertitudes que les adversaires de Méhémet-AU étaient parvenus à susciter sur œ point.

Dans cet état de choses, une voie nouvelle s'ouvre pour le Vice-roi, et j'apprends avec une vive satisfaction qu'il l'a déjà bien compris. Maintenant que rien ne le menace plus et

22 FÉVHIER I84U

que son sort est fixé, ce n^est plus par ses conquêtes, par des agrandissemeiis territoriaux, aujourd'hui impossibles, par un déploiement de forces sans objet comme sans prétexte, par des mesures compromettantes et ruineuses tout à la fois, qu'il doit travailler à augmenter sa puissance. L*allègemeot des charges publiques, la réduction des impôts et d'un état miKtaire qui épuisait la population, rencouragement de Tagriculture et du commerce, Taméhoration de la condition des peuples soumis à son administration, tels sont les moyens par lesquels Méhémet-Ali peut aujourd'hui consolider son gouvernement, se créer de nouvelles ressources et calmer des mecontentemens dangereux. Cette poM tique est la seule qui puisse lui ramener Topinion de l'Europe. Après s'être longtemps exagéré la puissance du dominateur de l'Egypte, on en est peut-être venu, par suite des derniers évènemens, à ne plus même l'apprécier à sa juste valeur, et à n'apercevoir, pour ainsi dire, que les côtés faibles de sa situation, l'oppression, l'appauvrissement et la désafifection des peuples accablés par des charges évidemment excessives. Pour que cette opinion redevienne favorable au Vice-roi, il faut qu'elle soit bien convaincu qu'il veut sérieusement porter remède à cet état de choses et qu'il a renoncé à ses anciens projets,

Méhémet-Ali, je le répète, paraît comprendre cette nécessité, mais il ne lui suffit pas d'être sincère à cet égard, il faut que tout le monde soit persuadé de sa sincérité. Quelle que soit désormais la prudence de sa conduite, il doit s'at* tendre à inspirer, surtout dans les premiers temps, de nombreuses défiances. On le soupçonnera de vouloir recouvxer ce qu'il a perdu, de travailler à faire naître des circonstances propres à lui en ménager la possibilité. On sera «lisposé à lui attribuer quelque part dans les troubles dont la Syrie redeviendra probablement le théâtre. La plus extrême cir* conspection le mettra à peine à l'abri de ces soupçons qui, s'ils venaient à prendre quelque consistance, pourraient entraîner pour lui des conséquences très fâcheuses*

Page 1