CONSEILS À MOHAMED-ALY
Le meilleur moyen auquel il puisse recourir pour s'en préserver et en général pour prévenir les effets des dispositions peu amicales que certaines puissances européennes conserveraient à son égard, c'est de leur ôter toute occasion, tout prétexte d^intervenir dans ses affaires en évitant d*engager avec la Porte aucune contestation. S'il est bien inspiré, il ne s'en tiendra même pas là. Il mettra tous ses soins à s^attirer la bienveillance du Sultan, et peut-être, appuyé comnae il l'est à Constantinople même, par un parti nombreux, peutêtre ne lui sera-t-il pas bien diflScile d'y parvenir en donnant à son jeune souverain des témoignages de déférence et en mettant habilement à profit, pour lui offrir spontanément d'utiles secours, les embarras de diverse nature auxquels l'Empire ottoman n'est que trop exposé,
Je résumerai en peu de mots les considérations que je viens de vous développer. Il faut que Méhémet, pour rétablir et compléter sa position, travaille d'une part à fonder en Egypte un grand établissement agricole et commercial; de l'autre, à rassurer les esprits encore effrayés de ses entreprises militaires et de ses projets d'agrandissement territorial.
C'est dans ce sens, Monsieur, que vous devez l'entretenir* Il ne peut douter de la bienveillance du Gouvernement du Roi, et j'ajouterai à sa louange qu'au milieu même de l'irritation bien naturelle que lui causaient des désastres accablants succédant à tant de prospérité, il nous a presque constamment rendu justice, reconnaissant avec une loyale bonne foi que nous avions fait pour lui tout ce qu'il nous était raisonnable ment possible de faire. Nos conseils ne peuvent donc lui être suspects, et il doit être bien assuré que nul plus que nous ne forme des vœux pour la prospérité de l'établissement qu'il a créé sur le sol égyptien. J'aime don^ à croire qu'il prendra en sérieuse considération des avis conformes d'ailleurs aux sentimens dont il se montre aujourd'bui anintié*
Je connais trop bien. Monsieur, la sagesse et la maturité
Sù — Tome IV.
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de votre esprit pour croire nécessaire de vous recommander d^apporterc onstamment, dans votre langage et dans toutes vos démarches, les ménagemans réclamés par la position délicate où vous allez vous trouver placé. Dans les premiers temps sur tout, vous serez, pour les agents des autres grandes Cours, Tobjet d'une surveillance inquiète. Vous ne devez certes pas dissimuler les rapports bienveillants que nous voulons entretenir avec Méhémet-AJi; mais il y aurait de rinconvénient à paraître rechercher une position exceptionnelle qui pourrait le compromettre envers les autres puissances. Vous vous abstiendrez donc de toute démarche d'éclat, et autant que possible, vous ne prendrez aucune initiative sur un objet de quelque importance sans en avoir reçu l'ordre positif. J'aurai soin de vous envoyer des instructions plus prédBes à mesure que les circonstances les exigeront, mais pour arrêter ses résolutions, le Gouvernement du Roi a besoin de connaître d'abord d*une manière précise la direction que prendra la politique du Vice-roi, de savoir surtout dans quelles relations il se placera à l'égard de l'Angleterre, C'est particulièrement sur ce point que j'attends de vous des inibrmatious positives et détaillées,
Je vous recommande aussi de vous appliquer à nous procurer des renseignemens exacts sur les ressources de l'Ég^^-ptc, sur ses finances^ sur ses établissements militaire et maritime, sur rétendue et la nature de son conunerce, les chances de son industrie, en un mot, sur tous les élémens de sa force et de sa richesse intérieure. Les dernières circonstances ayant mis hors de doute ce qu'il y avait d'incomplet et d*exagéré dans les données que nous possédions à ce sujet, il importe de les rectifier, pour que nous puissions nous faire une juste idée de Favenir de ce Pays.
Recevez, etc.
Corrmfïoaâafice poUtîqae, Egypte, XIIÎ, f« 168-171.