‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 124 sur 189 · LE RAPPORT DE MOUHIB EFFENDI · texte numérisé non relu

LE RAPPORT DE MOUHIB EFFENDI

miUe qui finiront tous par être digpersés, ce qui est aussi clair ijue le jour. Quand Dieu permettra qu'il y ait vacance, comment pourrait-on savoir d'abord lequel des membres de ma famille est le plus capable de gouverner? »

a Monseigneur, votre famille n*est pas à comparer à d'autres familles. Elle est connue» célèbre, et par conséquent chacun de ses membres est bien connu à la Sublime Porte, ainsi qu'à LL, EE. les Ministres vos confrères ». L Voilà ce que je répondis au Pacha, mais S, A. répliqua: " ((Il n'est pas possible de voir tout d'abord lequel des membres de la famille est le plus capable. En un mot, dorénavant, lorsiju'avec la permission du Ciel, la place de gouverneur sera devenue vacante, l'aîné de ma famille, qui sera jugé capable d'être gouverneur doit être proposé dans une pétition de la part de toute la notabilité de TËgypte, des oulémas et des personnes qui se trouvent dans ma famille et dans mon département, et après cela la SubUme Porte devra accueillir leur demande, accorder le gouvernement à celui-là et rappellera aussi à Constantinople pour cela )>. L Dieu sait si j'ai employé tous les raisonnements possibles pour le convaincre, mais le Pacha ne fit cjue répéter ses propres argumens. Bref, il finit par me dire qu*il ne peut pas, lui, de son vivant, laisser sa famille en danger, et qu'il priera

IS* H. de lui accorder sa demande.

Lorsque je parlai au Pacha de l'envoi au trésor impérial du 34 ^^^ revenus de PËgypte, ainsi que cela est expressément dit dans le firmau sur l'hérédité. S* A. répondit;

ft Les revenus fixes de l'Égj^te ne peuvent pas faire face aux dépenses ordinaires. Si Ton demande comment donc se paient tant de dépenses, je réponds qu'elles se pEiient des produits des fermes que moi, mes fils et mes petits-fils nous possédons sous les auspices de S. H. et des produits du com-

^Jne^ce, je ne sais ce qu'il y a à dire à cela ». a Si l'on envoie au trésor le % des revenus de l'Egypte, le ^ et les 2/3 du reste suffisent certainement à faire face

aux dépenses de V. A., et il y en a même de trop peut-être, parce que vous avez, d'après la volonté souveraine, réduit Tarmée, et que vous ne devez plus faire construire de nouveaux bâtimens de guerre »•

« Mon fils, vous me comprenez fort bien, main je crois que vous voulez me pousser à bout ».

ce Dieu m'en préserve! et pourquoi me prêtez- vous de mauvaises intentions? Le paiement à la Sublime Porte du ^4 ^^ revenus est une condition attachée à Thérédité, un point arrêté de commun accord avec les hautes cours alliées et la volonté de S, H. à cet égard est positive. Ainsi c'est dans vos propres intérêts, et dans ceux de votre famille, que je tiens ce langage. Rejeter cette condition, ce qu'à Dieu ne plaise! ou une foule des autres conditions, c'est donner lieu à une nouvelle effusion de sang cjui est une chose terrible. Moi je parle à V. A. sincèrement. Elle agira comme elle jugera à propos ».

« Ce n'est pas que je veuille montrer de l'hésitation ou de l'opposition. Les Hautes Puissances alliées, nos amies, ont de la discrétion; eues savent ce que c'est que l'équité; elles n'employent pas la contrainte là où il serait injuste de le faire. Elles comprendront, en jugeant la chose équitablement, que lorsque la 4*^« partie des revenus sort d'un pays, ce pays se ruine. Cette province est une possession de la Sublime Porte; qu'elle soit florissante ou ruinée, l'un et l'autre de ces états touchent de près cet empire. Enfin, cette condition est tout à fait au-dessus de mes forces, c'est une condition impossible k

« Monseigneur, la Sublime Porte n'a jusqu'à présent donné rhérédité à aucun de ses serviteurs. C'est donc, pour ainsi dire^ un devoir pour V. A., d'offrir tous les ans, en vous glorifiant, le 34 ^^^ revenus de ce pays-ci au trésor impérial, ainsi que S, H. le veut, en témoignage de votre reconnaissance pour cette faveur; le Sultan a droit à cela ».

«Et moi et le pays nous appartenons au Sultan^ je ne refuse rien, mais je ne vois aucune modération en c^ pour

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que je puisse m'y montrer disposé. Et (juaed même^ par supposition, j'obéirais aux ordres souverains, cet argent ne pourra pas être payé, et vous direz: voyez- vous? Méhémet- Ali se met de nouveau sur la voie des oppositions. A la vérité, je ne peux dire oui, je ferais une chose qui est hors de mon pouvoir. Je fais connaître la vérité du fait, et je prie d'être favorisé à cet égard de la part de S. H, ».

a Mais, Monseigneur, les revenus de la province d'Égj^te sont connus par tout le monde; la demande de ^ de ces revenus est une demande modérée. V, A. n'aura plus désormais de trop grandes dépenses à faire, mais supposons même que quelque chose exigeant de grandes dépenses survienne V. A. pourra s'entendre là-dessus avec la Sublime Porte ».

Dans les 3 ou 4 entrevues que j*eus avec le Pacba, je tâchai de le persuader qu'il serait fort à propos qu'il prît l'engagement dont il s'agit, parce qu'il aurait ainsi rendu service au trésor impérial. Ce qui aurait été un sujet de contentement pour tous les ministres de la Sublime Porte; et je lui dis bien des choses dans ce but. Mais loin de m'écouter, il répéta les mêmes objections, et il insista, je lui dis de nouveau:

«Monseigneur, j'ai osé vous importuner en vous disant tant de choses pour votre propre bien et pour celui de votre famille; tout cela n'a abouti à rien! Eh bien! que V, A. fasse connaître précisément ses Intentions et ses désirs à la Sublime Porte, et nous verrons quelle réponse viendra. Je suis le serviteur et l'esclave du Sultan votre maître. J'écrirai la vérité toute pure que j'accompagnerai de ma prière. LL. EE. les Ministres de la SubUme Porte savent ce que c'est que la justice ïk

Comme après tout cela, tout ce que j'aurais dit n'aurait plus gervi à rien, je pris le parti de me taire et de lever la séance.

Lorsque nous mîmes en avant les qucsrions de l' habillement, des pavillons des bâtimens, des drapeaux des troupes et d'autres règlemens: n Mais, ô mon cher, dît le Pacha, les uxiiformes des troupes de quelques puissances diflFérent les uns des autres. Il y a dans les troupes russes trois sortes

d'uniformes; quel mal y a-t-il en cela? Chaque puissance a son système et ses réglemens; ce n'est pas le cas de discuter «.

« Je dirai seulement que puisque V. A. est un des pk& illustres visirs de Tempire, que l'Egypte aussi est une partie de cet empire et que, comme V. A, le sait fort bien, il est devenu un usage, pour ainsi dire, que les Visirs et les habitans en Turquie s'habillent comme les Ministres et les employés à Constantinople, il est essentiel que V, A. adapte chacun de ses systèmes et de ses réglemens à ceux de la Porte *>.

« C'est fort bien, mon fils, moi je ne m'y oppose pas, mai aussi je désire prendre Fhabit d'ordonnance, mais les hommes ici sont un peu plus difficultueux qu'ailleurs. Le change* ment de costume est vraiment une de ces choses qui doi* vent se faire peu à peu. Remettez-vous en à moi, et je ferai le nécessaire en tems et lieu, c'est-à-dire je ferai changer de costume à tous. Quant au pavillon des bâtimens de guerre, il est tout à fait le même que celui des bâtimens de la flotte impériale; seulement les drapeaux des troupes étaient jusque ici blancs; lorsqu'on en enverra de Constantieople des modèles, j'en ferai faire de pareils aussi».

Je fis prendre au Pacha les engagements ci-dessus*

Le Pacha me dit: « D'après les mêmes principes équitables sur lesquels les nouvelles réformes sont basées, chacun ici est sûr de son bien et de sa vie; et tous mettent leurs soins et leur attention à agir en conséquence sur ces points essentiels. Il n'y a que l'assiette des impôts qu'on ne peut adapter dans un pays comme celui-ci, au système établi par les réformes, parce que l'on perçoit des habit ans avec la dime un impôt annuel connu sous la dénomination d'/fcriwi/igf, dont le quantum en argent dépend de l'étendue des terres que chacun possède. Ihradjigé est proprement le loyer de ees terres. On ne prend rien de plus à titre d'impôt. Ces pays ne sauraient en aucime manière être assimilés aux pa^'s de la RouméUe* Supposé que l'on veuille abolir l'ancien système pour lui en substituer un nouveau, eh bien^ dans ce cas, vu

LE RAPTOKT DE MOUHIB EFFENDI,

le caractère singulier des Arabes, Pancien système serait tout à fait désorganisé et cela aurait à la fin apporté du désordre. Ainsi, que la Sublime Porte s''en rapporte à ma manière de voir pour l'arrangement de pareilles affaires »,

Voilà ce cpie le Pacha finit par me dire,

Je représentai au Pacha que S- H. veut que le l*^*" régiment des troupes de ligne impériales de marine, ainsi cpie les milices de la province de Brousse, soient renvoyés complètement à Constantinople, de quelque part qu'ils puissent être.

(f Ces régimens avaient été expédiés en Syrie; jusqu^à présent aucune partie de ces troupes n'est revenue ici* Il est à croire que quelques hommes de ces régimens sont devenus Cavass et que la plupart des autres sont allés de Beyrouth à Constantinople, Le colonel des milices, Yadighiar Hassan Bey, est seulement venu en Egypte avec Ibrahim Pacha. Si dorénavant des soldats appartenant à ces régimens arrivent ici^ je les enverrai immédiatement à Constantinople conformément à la volonté souveraine ».

27 février 1841-5 mouharem 1257.

D'après les instructions que j'avais reçues, j'ai fait tous mes efforts, comme Dieu le sait, pour remplir ma mission conformément aux désirs de la Sublime Porte; mais le Pacha, mettant en avant les inconvéniens qui, dans sa manière de voir, existent relativement au ^ des revenus et à la succession dans sa famille, n'a pas acquiescé à ces points. A grand' peine ai-je pu lui faire prendre l'engagement de faire réduire ses troupes, de ne pas faire construire de bâtimens sans en avoir obtenu la permission, de battre la monnaie de la manière indiquée, et de faire les autres choses, ainsi que S. H. le veut. En parlant de sa famille, je lui dis aussi;

« V. A. veut que la succession ait à passer, comme une condition établie, de l'aîné à l'aîné, mais il y a des inconvéniens à cela, et entre autres, le ci-devant Begler-Bey de Tripoli de Barbarie, Mustapha-Pacha, fils de Youssouf-Pa-

cha, n'ayant pas été capable de gouverner, le pays a été en proie aux désordres, et un autre gouverneur fut à la fin nommé et envoyé par la Sublime Porte à Tripoli. Or TÉg^^te est une des plus importantes provinces de FEmpire. Cela étant et vu que l'on ne sait pas ce qui peut arriver avec le tems, la Sublime Porte, qui pense à tout, a jogé convenable la mesure qu'elle a adoptée »•

« Effendi, mon fils, vous avez raison; maïs mes enfants étant des hommes lettrés, des hommes sensés, il n*y a pas un pareil ineonvément à craindre ».

ail est vrai, Altesse, que vos fils qui existent à présent sont des hommes sensés et judicieux; mais de génération en génération, le gouvernement de l'Egypte peut échoir à un homme sans jugement, et alors, à Dieu ne plaise, on peut s^attendre à ce que la province soit en désordre, que la scission se mette dans votre famille, et qu*il sur\ienne d'autres maux cjui ne se présentent pas à l'esprit dans ce moment-ci. L^histoire nous offre une foule d'exemples de choses semblables arrivées autrefois. Peut-être même, V, A, a-t-elle été témoin de pareHs évènemens qui touchent de près la Sublime Porte.

« Ce pays appartient à la SubEme Porte • Si le gouvernement de ce pays tombait entre les mains d'un homme incapable, la Sublime Porte le saurait, on le lui écrirait même d'ici; et comme elle ne laissera plus le pays en désordre, il n'y aura aucune espèce de difficulté pour elle de conférer le gouvernement de la province à un digne sujet, et elle en a le droit ».

Voilà ce que le Pacha finit par dire, en conséquence de quoi j'aî rédigé et divisé par paragraphes le présent rapport qui ne renferme que la 3**^* partie de mes discussions avec Mé* hémet-Ali; je Tenvoie avec une lettre de sa part à S. A. le Grand- vizir et j'attendrai à Alexandrie la réponse de la Su* bHme Porte.

GoxrespoadâiLce politique. Egypte, XIII, fot 138-148.

jamais se faveiirs sur les hommes et brille dans le royaume de la justice et de requit é.

Il est clair et évident que, quelques efforts que nous fassions, mes fils, mes arrière -neveux et moi, jusqu'à notre extinction, pour remplir les devoirs de notre dévouement, nous ne pourrons jamais témoigner comme ù faut notre reconnaissance pour ces faveurs insignes. Cependant j'ai la confiance que Sa Hautesse, qui est pleine de générosité et de clémence mue par son caractère magnanime^ ne croira pas qu'il soit digne d'elle que, lorsque le Créateur du monde dispense les hommes de conditions dures, les Padischahs, qui sont doués des qualités divines, attachent à leurs bienfaits et à leurs faveurs des conditions inexécutables. Je prends donc la liberté d'exposer ici mes motifs pour ne pas accepter certaines conditions*

Et, en premier heu, pour ce qui regarde l'hérédité, il est dit qu'eUe appartiendra à ma postérité mâle, et que le gouvernement de FÉgypte sera conféré à l'individu qui aura été préféré par le Sultan. Moi aussi j'ai la conviction qu'en effet ce qu'il y a de mieux, c'est que l'hérédité appartienne à la ligne masculine. Mais c'est au temps et à l'expérience seuls à faire voir lequel des enfants est le meilleur et le plus digne sujet; et ce point, c'est la famille qui se trouvera ici et les principaux employés de la famille qui le sauront. H est donc clair que, s'il est établi comme condition que l'hérédité passera de l'aîné à Tainé, dans la ligne masculine, la famille existante et ses principaux employés feront la demande que l'aîné soit nommé, et Sa Hautesse daignera accueillir leur demande, et, de cette manière le bon ordre et la tranquillité seront maintenus. Il est évident, d'ailleurs, que, mue par des sentiments de clémence, Sa Hautesse veut le maintien du repos et de la tranquillité, et c'est pour cela que je prie que la question de rhérédité soit arrangée comme il a été dit plus haut.

Vient ensuite l'exécution complète, en Egypte, des disposi*

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