‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 125 sur 189 · MOHAMED ALY AU GRAND VIZIB · texte numérisé non relu

MOHAMED ALY AU GRAND VIZIB

tions du Hattî-Chérif de Gulhané, des lois de la Sublîme Porte établies et à établir, et de tous les traités faits ou à faire avec les puissances amies.

Tous les principes consacrés par le Hatti-Chérif susdit, ainsi que la plus grande partie des conséquences qui en découlent, sont depuis plus de vingt ans mis en pratique ici* Seulement, quelques-unes de ces conséquences n'étant pas en harmonie avec les dispositions des pays et la nature des choses, sont nécessairement restées sans effet. Malgré cela, cependant, il ne se fait rien, grâce à Dieu, sous les auspices de Sa Hautesse, qui ne soit conforme à l'équité et à la modération.

Venons maintenant à mes procédés envers les puissances amies. Ces procédés ont, de tout temps, été basés sur leurs traités avec la Sublime Porte* Je n'ai pas, moi, et je n'aurai pas, en mon particulier, de traitée avec elles. En ma qualité de sujet, et de sujet soumis, il est de mon devoir de con* former ma conduite aux traités existants entre la Sublime Porte et ces Puissances.

Quant aux lois faites ou à faire par la Sublime Porte pour l'administ ration intérieure des Etats de Sa Hautesse, je dirai relativement aux lois militaires et aux lois administratives ce qui suit. Votre Altesse sait, que le système des troupes réglées a été introduit en Egypte il y a vingt ans: or, à Tépoque de Tintroduction de ce système, j'ai fait traduire le code militaire français, je l'ai fait rédiger par les oulémas, adapter à la portée des indigènes et à la nature de leurs dispositions, et conciUer avec les prescriptions des lois saintes; et cela est devenu un livre légal entre les mains du public, livre dont les dispositions ont été, à la longue, adoptées peu à peu par tous; de manière qu'aujourd'hui tout le monde s'y conforme et 8*y soumet. Votre Altesse voit donc, sans doute, qu'il y a de nombreux inconvénients à abolir des lois solidement établies, pour leur en substituer de nouvelles. Je prie, par conséquent, qu'on laisse exister ce code tel qu'il est.

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Les aflfaijeâ de chaque pays dépendent de la nature de &a position: de là la nécessité naturelle d^établir des principes administratifs dans un pays suivant la nature des affaires qui lui sont propres; et il est clair qu'on ne peut appliquer à ce pays-ci des lois faites pour un autre pays- C'est là une règle naturelle, qui est observée même dans les Etats de l'Europe, où chaque partie d'un royaume a des lois analogues aux dispositions des habitants. Je prie, donc que, prenant en considération ce que les règles d'une bonne admiuistration et de la prudence exigent, on renonce à l'abrogation des règlements existants*

Un autre point: savoir la perception des dimes, des autres droits et des impôts, de la manière qu'eUe aura lieu dans les autres parties de l'empire, et le recouvrement avant tout, et sans défalquer aucune dépense, poiir le compte de la Sublime Porte, de la quatrième partie du montant annuel des droits de douane, des dimes, des impôts, et de tous les revenus de l'Egypte. Quant au mode de perception, je dis: on n'ignore pas que les impôts arbitraires et les droits fixés sont, dans chaque pays, deux choses distinctes, et que cette distinction provient de ce qu'il faut établir les impôts suivant l'état de la population et la position des pays, et d'après l'état des affaires et des opérations des individus* C'est pour cela que tout système suivi dans les parties de l'empire situées en Asie et en Europe ne saurait être mis en vigueur dans les parties de l'empire situées en Afrique; aussi je prie d'être dispensé de cela aussi.

La condition de mettre à part la quatrième partie des revenus pour la Sublime Porte, avant que d'en avoir défalqué aucune dépense, est une condition à laquelle il est impossible de satisfaire; et la preuve en est que même les Grandes Puissances ne retirent pas, je ne dis pas un quart des revenus, mais même beaucoup moins que cela de nombreuses parties de leurs royaumes qu'elles ont mises dans Tétat le plus florissant possible, et dont les populations se trouveot

MOHAMED-ALY AU GRAm>.VIZlR.

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dans une situation aisée et tranquille. J^ai recoure, à cet égard, comme en toute circonstance, à réqiiité et à la faveur souveraine de Sa Majesté impériale, notre Seigneur et Maître» dont l*esprit est éclairé par des inspirations divines, et je la supplie de daigner user de clémence envers ces populations <jm ont, pendant nombre d'années, tant souffert des événements amenés par la force des choses, et qui méritent de jouir, sous les auspices de Sa Hauteese, de repos et de tranquillité. Je suppHe donc Sa Hautesse, que, par un effet de sa bonté souveraine, elle veuille protéger les habitants de ces contrées, eu les dispensant d'une condition extrêmement onéreuse qui redoublerait leurs souffrances.

Fort de ma sincérité et de mon dévouement, je pense que eu égard aux circonstances actuelles, on voudra bien me faire grâce des droits à payer, et cela pour deux on trois ans* Eu employant alors tous mes efforts poiur faire fleurir cette belle possession de Sa Majesté impériale» je tâcherai d^assu- Ter le repos et la tranquillité des habitants, et de leur faire bénir le nom de Sa Hautesse le Sultan, notre Seigneur et Maître, et de rendre un service essentiel en faisant prospérer et fleurir une partie de ses Etats. Mais à quoi bon? La diver^ gence d^opinions complique Faffaire. Quoi qu'il en soit, comptant sur ma grande franchise et sur mon parfait dévouement, je ne désespère point de voir enfin les opinions réunies à mon égard. En attendant, des conditions dont il s'agit, j'ai accepté les suivantes:

En temps de paix, le nombre de troupes égyptiennes n'excédera pas celui de 18.000 hommes.

Aucun nouveau bâtiment de guerre ne sera construit sans rautorisation de Sa Hautesse.

La monnaie impériale qui sera frappée en Egypte sera pareille, sous les rapports du poids, de l'aloi et des formes, à la monnaie impériale qui sera frappée à Constantinople.

n sera défendu de faire des incursions, comme cela se pratiquait autrefois de temps à autre, dans les villages de la

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Nigritie, dans lesquelles on enlevait des hommes et des femmes, et des jeunes gens dont on faisait des eunuques, état qui est un obstacle à la procréation.

Les troupes de terre et de mer, soldats et officiers seront habiUées comme les troupes impériales; leurs drapeaux seront tout-à-fait les' mêmes.

Ces conditions seront exécutées conformément à la volonté souveraine.

n y a seulement ceci à dire, quant à Thabillement; c^est que les habitants de ces pays-ci n^y sont pas accoutumés, et qu'on ne saurait faire un changement tout à coup. D tàul s'y prendre tout doucement, et les y accoutumer peu à peu. Mais, s'il plaît à Dieu, la volonté de Sa Hautesse sera faite à cet égard aussi.

En acceptant sans hésitation les conditions ci-dessus énamérées, j'ai donné une preuve suffisante de ma franchise et de la loyauté de mon dévouement. Ainsi, lorsque Votre Altesse aura pris connaissance de mes excuses pour ne pas accepter les autres conditions — excuses que j'ai développées plus haut ^— ce sera un acte de clémence de Sa Majesté impériale que de me dispenser de ces conditions, ou de les modifier.

Cozmpondanoe poUtiipie. Egypte, XIII, f^ 9 et t.

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