‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 142 sur 189 · LES CONDITIONS DE MQHAMED-ALY · texte numérisé non relu

LES CONDITIONS DE MQHAMED-ALY

Vous verrez. Monsieur le Ministre, par cette réponse, d'ailleurs très soumise et très obséquieuse, que les observations de Méhémet-Ali portent principalement sur la manière dont la Porte entend conférer rhérédité, sur Fexécution des lois admioistratives et des règlemeus militaires de l'Empire appliqués à rÉgypte, et sur la demande exorbitante du tribut. Quant à la réduction de l'armée au taux de 18.000 hommes, à la défense de construire de nouveaux bâtimens de guerre, à l'as* similation des monnaies de l'Egypte avec celles de Constantinople et au changement de costume, Méhémet-Ali se soumet, dès à présent, à ce qu'on exige de lui. Vous remarquerez, Mon* sieur le Ministre, qu'il n'est rien dit dans la réponse du droit fort important que se réserve la Porte de nommer les officiers pupcrieurs et généraux de rarmée ég^^tienne et sur le mode de recrutement*

Les dépêches que j'ai eu l'honneur de vous transmettre, le 23 février dernier, par le paquebot anglais, et qui vous sont sans doute déjà parvenues aujourd'hui, ont dû vous préparer à la réponse de Méhéraet-ALi- On doit se féliciter qu'elle ait j&té faite dans des termes aussi concihans. Peut-être, cependant, se formalisera-t*on à Constantinople de ce que Méhémet-Ali désire que son successeur, parmi ses enlans mâles, soit désigné au choix du Sultan par les membres de sa tamille et les principaux lonctionnaires de rEg;^^te. On sera sans doute aussi peu satisfait de l'assurance qu'il donne que les principes du Hatti-chérif de Gulhané sont en vigueur en Ég\^te depuis plus de 20 ans, car c'est, en quelque sorte, rehausser son administration en critiquant celle de l'Empire, Il en est de même de ce qu'il dit relativement aux règlemeus boilitaires français qui régissent l'armée égyptienne depuis 20 ans. Les Puissances Alliées ont toujours vu avec jalousie

P'ils avaient été introduits, et s'opposeront à ce qu'ils soient Qservés. Quant au tribut dont Méhémet-Ali espérait, dit-il, être exempté pendant deux ou trois ans, û n'est pas probable que la Porte, obérée comme elle l'est, et privée de toutes res-

sources, voudra le réduire. Méhémet-Ali, afin de donner à l'Europe une haute idée de sa puissance, a peut-être exagéré Pétat de ses finances. Son dernier état officiel, comme je vouj récrivais le 3 février dernier, porte à 88 millions de francs le revenu d*mie année de l'Egypte. La Porte, cpii n'a jamaû su administrer sês finances, ne voudra pas manquer l'occasion de les refaire à Taîde de TËgypte. Il est donc probable que la réponse de Méhémet Ali ne sera pas accueillie favorablement à Constantinople, et qu'elle donnera lieu à une ré* pli que sévère* Il est à désirer seulement qu'elle soit de nature à laisser encore une voie ouverte aux négociations*

Ma dépêche, du 1^ de ce mois, vous fait connaître le but du voyage de Méhémet Ali au Caire. Ce n'est qu'à son retour, et lorsque la réponse de la Porte aura été faite, que nous pourrons apprécier les suites du Hatti-Chérif du 13 février.

Les nouvelles alarmantes qu'on avait données sur la santé d'Ibrahim Pacha et dont je vous avais fait part dans man n. 248, étaient fort exagérées. M- de BourvilJe, qui a vu ce Prince au Caire et qui en a été parfaitement reçu, m'a écrit que son état était assez satisfaisant.

M. Loewe Veimar^ qui s'est embarqué le 24 février à Suez pour Bombay, d'où il se rendra à Bagdad, m'a fait connaître que les Arabes avaient pillé la poste du gouvernement. Ib se sont même emparés des tapis sacrés envoyés de la Mecque au Caire* Ils avaient aussi menacé d'assassiner désormais les courriers. Ces scènes de brigandage se renouvelleront sur tous les points de l'Empire ottoman où le prestige de la puissance de Méhémet Ali n'existera plus et où Tautorité ne sera plus assez forte pour les réprimer. Des lettres d'Aden apportée^ par le dernier bateau à vapeur anglais disent que le nouveau Chérif de rYemen vexait et avanisait les négocians des prin* eipales villes, telles que Moka et Hodeda qui, pour la plupart, avaient pris la fuite, M. Guys écrit d'Alep cpie les Arabes, qui avoisinent cette viUe, ont commencé à mettre des contribu*

LES tMm^ T^RT ZES.

tioiis sur les villages. Le Libaii était toujours dans une grande fermentation. Les Maronites voyaient avec jalousie, que la protection anglaise s'étendait particulièrement sur les Druses (1). Les Emirs dont je vous ai fait connaître l'arrivée au Caire sont ici depuis deux jours. J'avais écrit à M. de BourviUe ^pie je mettrais à leur disposition, pour retourner en Syrie, la Corvette V Embuscade, mais il avait été déjà décidé qu'ils iraient sur un bateau à vapeur égyptien et que le colonel Napier les accompagnerait. Ce dernier leur a dit qu'il était venu au Caire tout exprès pour les voir et les prévenir que les vaisseaux anglais les attendaient à Alexandrie pour les transporter en Syrie. « Si je ne vous eusse pas trouvés ici, aj ont a-t 'il, j'avais l'ordre d'aller à votre rencontre ».

L'Emir Fares Chihab, qui racontait cette conversation au Drogman du Consulat de France au Caire, prit uue attitude superbe et lui dit solennellement: <t Depuis longtems les Anglais travaillent à s'attirer TafiFection des Maronites, mais quoi qu'ils fassent, nous ne reconnaissons pour protectrice et amie que la France, à laquelle nous souEunes tous dévoués. Elle se cherche un allié en Orient; ignore-t-elle donc qu'elle en a un puissant dans les vastes montagnes de Syrie, et que cet aUié peut lui offrir 40 mille combattans. Si les vaisseaux français se fussent montrés dans les parages de Djoumé, les montagnards se seraient déclarés pour eux et auraient consenti à rester sous le régime égyptien dans l'espoir que la France, prenant en considération leur dévouement et leur obéissance, leur aurait assuré un averdr plus heureux ». C'est ee que m'a écrit M. Geffroy, Il ajoute que les Emirs ont perdu sept de leurs compagnons d'infortune par suite des mauvais traitemens et des fatigues. Je compte aller aujourd'hui offrir quelques consolations à ceux qui sont revenus et les assurer que la protection de la France ne les abandonnera jamais.

(1) Note aa Crayon d cet endroit, avec nu signe în^liqnant qu'il i*agit de tout ee ipi a rapp{»n aux Eniii»: « Ëxtf aire ■.

Vous savez sans doute, Monsieur le Ministre, que le paquebot n'est pas parti de MarseiUe le 21 février, à cause de la perturbation qu'apporte dans le service le mois de 28 jours. Il n'est donc parvenu aucune correspondance avant-hier. Je regrette que votre département ne profite pas quelquefois du bateau à vapeur anglais qui part de MarseiUe le 9 de chaque mois, va à Malte, et rejoint le bateau à vapeur qui vient de l'Angleterre en 15 jours, de sorte que les lettres et les journaux de Paris, jusqu'au 5, arrivent ici de Marseille en 8 jours. C'est la voie dont se sert maintenant le commerce. Notre service des paquebots a beaucoup perdu dans l'opinion et sera cette année d'un faible rapport. Je ne vous ai pas fait un rapport à cet égard, parce que je suppose que les commandans des paquebots et les agens des postes font coimaitre à M. le Ministre des finances, l'état au vrai des choses et qu'on y remédiera bientôt; mais il est certain que les bateaux à vapeur anglais s'empareront, comme ils ont déjà commencé à le faire, des transports de la plus grande partie des passagers, des lettres et de l'argent, si nous ne nous empressons pas de réorganiser notre service sur d'autres bases.

Je suis avec respect, de Votre Excellence, etc.

COGHELET.

P.S. — Je reçois à l'instant une lettre de M. de Bourvillc qui m'informe qu'une grande réimion de pachas et des principaux chefs de l'armée, a eu lieu le 4 mars chez Ibrahim-Pacha. Il y a été question de la réorganisation de l'armée, en partant de la formation d'un camp dans la Basse Egypte.

Gomspondance politique. Egypte, XIII, f>« 227-2S0.

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