‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 143 sur 189 · AVANTAGES DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

AVANTAGES DES ANGLAIS

124. — M. Coohelet à Son E^ccellence Monsieur Guizot IDinstire Secrétaire d^Etat des Aflâires Etrangères.

SOMMMSMi Le* avaatages obtenus paz les Angkii en Egypte se réduisent juiqu'tci à peu de choie: coacesdîona de terraim; Comintmi c atiopa avec Tlnde; la compagnie pfeiÎTUtiilaire-orient aie; Mis bateaux vont a«8iirer des services particulièrement rapides. — San» donte les Anglaia vont cbercber à diriger quelques services publics: ainsi te commodore Napier a ofiert à Mohamed Aly le concours d%n amiral anglais; Mohamed Aly l*a refusé; il aimerait mieux les Sfcrvices d^un amiral français, — H sera possible à la France de garder en Egypte une place privilégiée.

Monsieur le Ministre,

Alexandrie le 8 mars 1841.

On a beaucoup parlé, dans ces derniers tems, des avantagea que les Anglais avaient et espéraient avoir en Egj^te, des demandes (ju'ils avaient faites et de ce qui leur avait été accordé. On a comme à Fordinaire exagéré leurs prétentions et leurs faveurs.

Il est difficile de savoir ce que l'avenir réserve aux Anglais dans ce pays. Jusqu'à présent leurs avantages se réduisent à peu de chose.

En fait de commerce, ils participent, comme les autres Européens, aux faveurs que Méhémet-AU accorde à ceux qu'il appelle ses agens. Boghos bey les favorise quelquefois, parce qu'il trouve chez eux plus de garanties et d'argent comptant. Cependant une maison française est toujours considérée ici comme la première*

Les Anglais ont eu, comme d'autres Européens, des concessions de terrains sous la condition de payer au gouvernement les droits arriérés et annuels. Ceux qui ont offert le plus d'argent ont eu les plus grandes exploitations. Il paraît jusqu'à présent que celles-ci ne donnent pas beaucoup d'avantages, mais comme la libre exportation des produits a commencé, moyennant le payement du droit du traité 'du 25 novem-

a MABS 184L

bre 1838, il est probable que des bénéfices ne tarderont pa& à se réaliser.

Il y avait autrefois au service égyptien plusieurs Anglais. Maintenant il n*y en a pas un seul. Les Français et les Italiens sont presque les seuls Européens qui soient employés.

Toute Tattention des Anglais s'est portée sur la promptitude, la facilité et la sûreté des communications entre l'Angletent et rinde à travers l'Egypte. Depuis les derniers évènemens, ils ont obtenu de Méhémet'Ali que deux bateaux à vapeur navigueraient sur le Nil, pour transporter leurs voyageurs. Ils ont ici deux hôtels pour les recevoir. Ils en ont deux au Caire pour le même usage. Ils ont sept stations du Caire à Suez. Ils en auront probablement bientôt à ThèJ>es et à Cosséir,

Une compagnie dite Péninsulaire Orientale^ fait le service des communications entre l'Angleterre et FÉgypte en 14 à 15 jours. Il parait qu'elle va se charger aussi de celui entre Suez et Bombay. Bientôt un voyageur venant de l'Inde aura débarqué en Angleterre quelques jours avant qu'un voyageur allant d'Alexandrie en France, par nos paquebots, soit descendu à Marseille. On a calculé qu'un voyageur qui ira d'ici sur les bateaux à vapeur de la Compagnie Péninsulaire allant alternativement a Liverpool et à Southampton peut être arrivé à Paris dix jours avant que les voyageurs qui vont par nos paquebots soient sortis du Lazaret de Malte. Peu de personnes se con damneront à faire une quarantaine, lorsque^ par les bateaux à vapeur anglais, on sera en libre pratique après quinze jours de navigation. Il est impossible que cette nouvelle organisation n'opère pas de grands changemens dans le service de nos paquebots et de nos lazarets.

Pour en revenir à ce qui fait l'objet principal de cette dé* pècbe, vous voyez, Monsieur le Ministre^ que jusqu'à présent les Anglais n'ont obtenu que ce qu'ils étaient fondés à demander pour la facilité et la promptitude de leurs communications. Ils demanderont sans doute davantage plus tard. lU

LA PÊNINSULAIRE-ORIENTALE. . 383

voudront exercer de rinfluence sur les déterminations du gou- 'vemement, par le moyen de la Porte. Ds cherclieront à diriger quelques services publics. C'est ainsi par exemple que le Commodore Napier, auquel Méhémet-Ali se plaignait demiè- Tement de ne pas avoir un bon amiral, lui proposa d'en faire irenir un d'Angleterre en l'assurant que le gouvernement ne ferait aucune difficulté de l'accorder. Mébémet-Ali, qui me fesait part de cette proposition, me dit, avec un sourire mafin et sardonique, qu'il l'avait refusée. On lisait sur sa pbysiojiomie que c'était un amiral français qu'il aurait désiré et ^pie nous n'avions pas voulu le lui envoyer.

U ne faut pas croire à ce que l'on dit de l'influence que les

^Anglais exercent en Egypte au préjudice des autres nations.

^ussi longtems que Mébémet Ali et les siens la gouverneront^

£X que nous le voudrons bien, la sympathie sera pour nous.

'^oos aurons toujours au moins les avantages que les Anglais

^tiendront, mais pour cela il faudra que nos agens aient

^ savoir faire. D faudra qu'ils tirent parti de tout ce que nous

0VO118 fait pour ce pays, de ce que nous voulions pour Méhé-

met Ali et de la neutralité que nous avons gardée. H faudra

enfin, avec beaucoup de prudence et de modération, ne pas se

latfser déborder par les intrigues et les rivalités qui cberche-

lont toujours ici à combattre l'influence de la France.

Je Buis avec respect. Monsieur le Ministre, etc.

COCHELET

politique. Egypte, XIII, fo« 231-233.

125, — M. Coehelat à Son Excellence Monsieur Guizot Ministre Secrétaire d^Etat des Afiaiies Etrangères, (^)

Sommaîbe; Le départ dei émir» du Liban aceompagiiéi du conunodore Napier. — Co* cbelet les a vus; il leur a rappelé le» privilège» obtenu» pour enx âmm le pafêé ptr la France et notaioment par Louii XI¥ lof^ de Tambaftsade du marquis de Noutel; il les a engagés à avoir confiance dan» Favenir. — On dément ce qui a été dit d'un mariage du colonel Napier avec une parente de Témir Haldar. — En cjuittant le coninlat de France* le» émir» sont pa»Béfl devant le portrait du Roi* — L*éniir HJ^ dar a mis sa main sur la botte du portrait et Ta ensuite portée sur ton coeur et u bouche. — Cette marque de soumission a été accueillie avec respect par les aatrei émirs qui nomment le Roi de France leur sultan.

Alexandrie, le 10 mars 1841.

Monsieur le Ministre,

Les Emirs du Liban, dont j'ai eu l'honneur de vous faiiî connaître, il y a quatre jours, Tarrivée à Alexandrie, sont partis hier pour BejTOUt, sur un bâtiment de guerre ég)'^tien, accompagnés du colonel Napier. Ils étaient venus chez moi l'avant-veUle de leur départ au moment où je me disposais à aller leur faire une première visite- Nous eûmes une conversation dans laquelle je leur témoignai tout l'intérêt que mm n'avions pas cessé de porter à leur cause. Je leur fis connaître les représentations réitérées que j'avais toujours faites à Méhémet'Ali, d'après les instructions du Gouvernement du Roi pour améliorer leur sort. Je leur dis que j'avais constamment trouvé, de la part de S. A,, des dispositions à leur être favorable, mais que leurs malheurs venaient de l'Emir Bechii qui avait prélevé des impôts énormes à son profit, exaspère les habitans de la moutagne et demandé leur exil. Je mis enfin sous leurs yeux la dépêche de votre prédécesseur du 3 septembre et le post-scrîptum de celle du lendemain, pour leor faire connaître l'énergie de nos représentations en leur faveur.

(I) Note AU crayon, i Copier i.

LE DÉPART DES ËBHRS D¥ LIBAI^ 385

L'un d'eux, l'Emir Haidar^ qui avait été particulièrement Tobjet de notre intérêt, me demanda si j'avais reçu pour lui une lettre du Roi,

J^ai rappelé aux Emirs que le Patriarche Maronite avait <lans ses archives des firmans obtenus par nos ambassadeurs, qui enjoignent aux Pachas de la Syrie de traiter avec humanité leur nation qui était protégée de la France et ne cesserait pas de l'être si on voulait la persécuter. Je leur dis que Louis XIV, par l'entremise de M < de Nointel, son ambassadeur, avait obtenu de Méhémet IV des concessions très avantageuses aux Maronites, Je leur parlai des démarches que la <îOur de Rome avait faîtes dans ces derniers tems^ auprès de nous, poux nous intéresser à leur sort et particulièrement à celui des Emirs Haidar et Farès, Enfin, Monsieur le Ministre, je n'ai rien néghgé pour leur prouver que nous avions toujours pris à coeur leur défense et leurs intérêts, mais j'ai ajouté aussi que les derniers événemens avaient marché tellement vite, qu'il n'avait pas dépendu de nous de les empêcher.

J'ai engagé les Emirs à avoir désormais confiance dans l'avenir et à compter sur Tint ér et que nous ne cesserons de leur porter. J'aurais pu leur reprocher d'avoir invoqué la protection des autres puissances et surtout celle de l'Angleterre; mais, comme ils reviennent en Syrie sous l'escorte du colonel Napier, j'ai craint leurs indiscrétions et je me suis borné à leur oflFrir avec instance de retourner à Beyrout sur notre bâtiment de guerre qui se trouve ici en station. Mais il avait été déjà convenu que le gouvernement égyptien se chargerait de leur retour, ce qui est plus convenable pour nous que s'ils étaient partis sur un bâtiment de guerre anglais. H paraît au reste que ce qui avait été dit sur le mariage du colonel Napier avec une parente de l'Emir Haidar n'est pas exact*

En reconduisant les Emirs, je les ai fait passer par la grande fiaUe de réception du Consulat général, dite Salle du Roi.

25 ~ TcuBtt IV.

11 MÂBS 184L

En voyant le portrait en pied de S, M., TEmip Haidar monta sur reBtrade cjui est placée au-dessous, mit sa main sur la botte du portrait et la porta ensuite sur son coeur et sa bouche. Cette marque de soumission a été accueillie avec respect pai les autres Emirs qui nomment le Roi de France leur Sultan.

Je suis avec respect. Monsieur le Ministre, etc*

COCHELET

Coffespoadaûee politique. Egypte, XIII, fo* 234-235.

126. — Note adressée le 11 mars 1841» par Son Excelenoe Cbékib-ESenâi, Ambassadeur de la Forte Ottomane à Londres, à Son Excellence le Vicomte Palmerston, principAl Secrétaire d'Etat de Sa Majesté Britannique pour les Af* faires Etrangères.

SomiAiEEt Coiafnniiicatioii des deux finnans qui attribuent à Mohamed Aly le govp vememeiit héréditaire de i*£gypte., et l^admiiiistration de 1a Nubie, du Daifooft du Kordofan et du Seuuaar, d^une ordounance relative aux azriéréf de* tnbirUi d'uDe lettre du Grand-vi^ir à radres»e du Pacha d'Egypte.

Le soussigné, AmbasBadeur de la Sublime Forte, a I^hon* neur d'informer Son Excellence Lord Palmerston, qu'cE eonsécpience des preuves cjue Méhémet Ali a données de sa soumission. Sa Hautesse vient d'accomplir gracieusement sa promesse, en le réintégrant, sous certaines conditions, au poste du Gouvernement héréditaire de l'Egypte, et en lui confiant Padministration de Nubie, Darfoux, Cordofan et Senaar; que MuMb-Effendi, Ministre de la Justice, était parti pour Alexandrie, chargé: 1^ des deux firmans concernant Tin* vestiture de MéEémet-Ali Pacha des gouvernements des sus» dites provinces; 2° d'une Ordonnance relative aux arrières des tributs; 3^ d^une lettre du Crand-vizir à Padresse du Pacha d'Ég5T)te.

Page 1