SUE LA BATAILLE DE NËZLB
Arago) j'ai longuement causé sur les mêmes sujets; par là j'ai pu me convaincre que leur manière de voir était à peu près la même et qu'elle confirmait en grande partie ce que j'ai eu rhonneur de vous écrire jusqu'à présent. Monsieur le Maréchal; voici au reste le résumé de mes entretiens avec ces deux Messietirs.
La soi-disant bataille de Nézib, qui n'est pas même une escarmouche un peu sérieuse, a prouvé que les troupes du Pacha, supérieures, il est vrai, à celles du Sultan, sont cependant bien loin encore, au moment du danger» d'avoir assez de sang-froid et d'habileté dans les manœuvres pour lutter contre les plus mauvaises troupes européennes.
Cette infériorité tient principalement à ce que les grades supérieurs sont très mal occupés: pendant 15 jours, Sohman Pacha a fait faire, sur le même point, exactement la même manœuvre, et le 16*, l'armée, commandée par le plus savant des Pachas turcs, n'a pas pu l'exécuter, c'est-à-dire, passez de Tordre en colonne à celui en bataille.
Quelques oflBciers turcs savent par cœur la théorie, mais 0s ne la comprennent pas assez pour l'appliquer sur le terrain.
L'armée, commandée par ceux qui occupent les grades in* férieurs vaudrait beaucoup mieux.
Les fellahs sont plus sobres que les Espagnols, ils résistent aux fatigues, aux intempéries et aux plus grandes privations; une poignée de froment, de fèves, ou de maïs, dont ils font eux mêmes des galettes, suffit pour soutenir leurs forces, et obtenir d^eux de grandes marches, même lorsqu'ils sont sans souliers.
Les fellahs commandés par des hommes braves, fermes et instruits, ne laisseraient rien à désirer, et ceux d'entr'eux qui sont parvenus aux grades supérieurs {on compte un Pacha, 5 à 6 beys, et un plus grand nombre de Eeutenants colonels et de chefs de bataillons, sortis des fellahs ou Arabes) connaissent généralement mieux leur afiaire que les Turcs; mais le soldat, parce que les chefs en question sont de la même race que lui, n'a pas envers eux (du moins envers ceux qui occu-
p«nt les grades inférieurs) toute robéissance possible et désirable. Il obéit au Turc qui le frappe à rassommer, et demande au fellah parvenu, de quel droit celui-ci prétend le commander; cela n'est pas général, mais arrive assez souvent.
Les succès des Anglais sont dus à ce qu'on ne s'attendait pas à être attaqué sitôt, à ce qu'on ne leur a pu opposer dès le principe que les plus mauvaises troupes dont la facile démaralisation a entraîné les autres; et à ce qu'enfin Ibrahim Pacha, qui ne comprend guère la guerre, et pas du tout celle de position, a quitté, malgré l'avis contraire de ses généraux, un défilé qu'il fallait garder pour se porter sur un plateau élevé, dépourvu de ressources, et sur lequel il serait mort de faim, s'il ne s'était hâté de fuir au moment oii il allait être complètement cerné. Cette faute a ouvert la montagne à l'ennemi et a disloqué son corps d'armée au point qu'il ne lui restait plus fju'une escorte de quelques centaines de cavaliers, avec lesquels il a erré au hasard dans la montagne pendant 7 à 8 jours, et a eu toutes les peines du monde pour rejoindre son armée, traqué qu'il était par les ennemis et les montagnards insurgés contre lui.
C'est la faute à Ibrahim si Acre n'a pas été couvert par un camp de 12 à 15 miUe hommes; Soliman Pacha le lui avait conseillé verbalement et par écrit.
Avant la chute de Saint Jean d'Acre, les ennemis, les Turcs surtout, craignaient d'être attaqués et s'attendaient à être faits prisonniers de guerre, perspective qui, au dire des habit ans de la côte, n'efi'rayait pas du tout les Turcs.
La lâcheté est la seule cause de la chute de Saint Jean d'Acre: après 27 ou 37 mille coups de canon (je ne me rappelle pas lequel de ces deux nombres est le véritable) lancés par la flotte, il n'y avait encore qu'un éboulement de 6 à 7 mètres de longueur seulement, qui était à pic et par conséquent impraticable, et qu'une coupure nouvellement terminée sépa* rait d'ailleurs du reste de la place.
Les vaisseaux étaient embossés à 6 ou 700 mètres des rem*