‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 15 sur 189 · LES FORMULES DE M. THIERS · texte numérisé non relu

LES FORMULES DE M. THIERS

mière, en ce cju^eOe place son Cabinet dans Femliarras de veiller à la fois à deux intérêts directement opposés l'un à l'antre, savoir la conservation de Tintégrité et de l'indépendance du trône et de l'Empire ottoman, et la conservation d'un Pacha rebelle- Où se trouve, pour le Cabinet français, le moyen de concilier deux points de vue aussi opposés? Ce moyen se trouve évidemment dans le problème d'une tigne moyenne à trouver. Les Puissances qui dans l'affaire n'ont à consulter qu'un seul intérêt, celui qui régit l'affaire commune, ont-elles laissé échapper une seule occasion dans tout le cours des longs pourparlers entre les cinq puissances, de constater la disposition oii elles sont d'aider la France à se placer sur une lig^ne qui puisse terminer le conflit existant, sans en provoquer un nouveau?

Je vous avoue franchement, M, T Ambassadeur, avoir le sentiment que je ne pourrais m'expliquer la marche qu'a suivie le Cabinet français dans cette affaire si importante, si je n'admettais — comme il est juste de le faire — que cette marche a été grandement influencée par Vesprit de partie esprit qui se nourrit de chimères, qui prend constamment des illusions pour des réaUtés et qui finit par conduire les hommes et les choses dans de bien fausses et bien dangereuses directions* J'éprouve d'autant moins d'embarras de vous exprimer ce sentiment que je ne saurais douter, d'après ce que M, le Ba- :^on de Neumann nous a mandé de ses entretiens antérieurs sivec M, Guizot, cjue ce Ministre, s'il se fût trouvé placé au ^Simon des affaires, aurait fait choix d'une toute autre marche ^que celle qu'a si malheureusement adoptée son prédécesseur! Le Cabinet français en se maintenant placé dans l'affaire, eût été -siussi fort qu'il a été faible en se posant à côté de l'affaire; je -^8 que par cela il est devenu faible, à moins que Ton ne veuille -qualifier de force cette excitation des esprits dans une cUrec- ^on pleine de dangers pour un pays dont le mal réside parsus tout dans le mouvement désordonné qui y règne dans Tes esprits*

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Les hommes sages doivent s'appliquer à changer une situation, qui, si elle se prolongeait, ferait naître des perturbations dont les conséquences dépasseraient la limite des calculs. Quelles chances existe-t-il encore d^améliorer la position? En essayant d*expo8er à cet égard ma pensée à M. Guizot, j'écarterai soigneusement tout ce qui ne me semblerait point pratique.

Que se sont proposé les cours signataires des actes du 15 juillet? Ce qu'elles ont voulu se trouve exprimé dans cet acte, et elles pourraient, malgré elles, se trouver entraînées plus loin, si le voile trompeur qui a couvert la fantasm^agorie égyptienne devait tomber encore plus qu'il n'est déjà tombé. Par mon expédition du 23 octobre, je vous ai rendu compte de mes impressions à cette époque; elles sont encore les mêmes: ce qui a changé, ce sont les hommes à Paris. Peut-on en dire autant des positions? Ce n'est pas moi qui pourrais en décider, ce qui est certain c'est que si dans ces dernières années il s'est opéré un changement, l'avantage qui, sans doute, résulte des individu aHtés nouvelles doit se trouver plus ou moins compensé par les difficultés que ceux qui ont compromis les positions, lèguent toujours, en se retirant, à des successeurs chargés de la lourde tâche de les rétablir t

Le Cabinet français actuel dispose, à mon avis, d'une issue pour entrer dans une meilleure voie, et s'il devait partager mon sentiment, il n'aura point attendu pour s'y engager.

La formule que M. Thiers a adoptée, ou que pour le moins il a avancée dans ses dernières pièces diplomatiques, a été de couper en deux la cjuestion turco-égyptienne, en faisant de l'existence de Méhémet -iUi en Egypte la question politi' qae^ et abandonnant au sort des armes celle du gouvernement de Mébémet-Ali sur des parties de la S^^Tie. Cette distinction que vous nous avez vu faire spontanément à la même époque, le nouveau Cabinet aura dû l'adopter, car elle lui prête de la force. Bien employée, eMe pourra assurer la foi du conflit, et cela au moyen d'une distribution des rôles entre la

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