‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 16 sur 189 · LA GUERRE OU LA PAIX · texte numérisé non relu

LA GUERRE OU LA PAIX

France et les quatre Cours, conforme aux exigences naturelles des deux parties. Dans le moment oii Tarrêté, pris dans le centre de Londres, et dont la dépêche de Lord Palmerston à Lord Ponsonby du 15 octobre dernier renferme la substance, nous a été connu, nous avons regardé comme convenable d'user, pour notre part, de la faculté réservée aux cours de Vienne, de St. Pétersbourg et de Berlin de munir leurs organes à Constantinople des instructions qu'elles jugeraient à propos. Nous avons donc ordonné à Tlntemonce de déclarer à la Porte que le principe arrêté à Londres obtenait notre plein assentiment, mais en même temps nous lui avons enjoint de s'abstenir, jusqu'à ce que nous lui en transmettions Tordre, d'inviter le Divan à faire envers Méhémet -Ali la démarche qui serait le complément du conseil à prêter au Sultan^ vu qu'en faisant cette démarche, il fallait avoir des égards à l'opportunité.

On peut admettre comme une base de calcul que le Monarque ottoman sera disposé à se prêter à la rétractation de l'acte de déchéance; comme cependant cette rétractation ne pourrait jamais être que conditionnelle, c'est-à-dire dépendante de l'acte de soumission, il serait certes désirable que Méhémet-AU formulât lui-même la demande de ce que, en accord avec les conseils que les Puissances se sont déclarées disposées à prêter au Sultan, il est encore en mesure d'obtenir, et qu'il le fît dans la forme d'un recours à la grâce Souveraine, caractère que Méhémet- Ali a, au reste, et jusqu'ici toujours jugé utile de conserver à ses démarches directes envers le Sultan. Si tout ne me trompe, en suivant ce mode, la position du Gouvernement français se trouverait allégée, et cela par deux raisons: d'abord parce que le pays ne pourrait lui adresser le reproche de ne point avoir soutenu le Pacha, puisque ce serait l'intérêt qu'elle lui porte qui aurait contribué le plus puissamment à sauver son existence aujourd'hui si évidemment compromise, même matériellement; puis par la considération que le Gouvernement français n'au-

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rait aucuiL motif potu étendre 8on appui ati-delà des limites que son protégé lui aurait posées lui-même.

Dans ce système. M, l'Ambassadeur, il n'y a rien qui blesse les positions, telles que le passé les a faites. La Porte seule serait appelée à faire un sacrifice, mais celui-ci porterait le caractère de la clémence Souveraine. Le conflit entre le Maître et le sujet arriverait à son terme, moyennant l'aide de touies les Puissances, et cela bien évidemment par les conseils que les unes prêteraient au Monarque ottoman, et que Fautre aurait donnés à Méhémet-Ali. L^affaire ne serait-elle pas ^tueUement ramenée par ce double fait à son point de départ?

Ce système. M, le Comte, est, vous le savez, celui que depuis longtemps nous regardons comme celui véritablement praticjue, pour empêcher que Fœuvre de pacification, qui entre dans les vues et les intentions des Puissances, ne change de nature et ne devienne une source de désunion qui serait ce qu'il pourrait y avoir de plus opposé à l'intérêt général. Ce que nous pensons de la guerre entre les Puissances Chrétiennes, vous le savez et à cet égard il ne me reste rien à ajouter à ce que je vous ai bien particulièrement exposé dans mon expédition du 18 septembre dernier.

Là où une entreprise pohtique ne renferme pas d'étofle pour la guerre, si cependant celle-ci éclate, elle prend alors le caractère d*une monstruosité morale, La guerre, lorsqu'elle se fait pour le soutien d^un droit, est un moyen consacré par le Code des Nations, mais quand elle est faite pour des causes injustifiables, eUe devient un crime de lèse-société. Or, dans la présente occurrence, pour que la guerre eût lieu, il faudrait qu'elle fût déclarée par la France, et qu'elle le fut, non pas à une Puissance, mais à toutes. Si en France cjuelqu'un révoquait en doute cette vérité, ceux qui s'en rendraient coupables seraient bientôt convaincus par l'événement de la grave erreur, dans laquelle ils seraient tombés. Personne, M, rAmbassadeur, ne songe à attaquer la France; toute l'Europe par contre se défendra si eUe est attaquée. En doute*

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