De Paris à Monsieiir Ckxdidet
SomiAnut; Rappel de la drcalaire dn 2 novembre et du discoun du trône. — On ignore la confiance qne Mohamed-Aly garde encorr sur sa situation en Syrie, où il compte sor une intervention de la France: Il ne faut point qu'il s'abuse c sur ce que la France veut et peut faire pour lui ». — Opinion universelle que le Vice-roi n*a de cbance de salut qu'en renonçant à toute résistance. — La France ne fera pas la guerre pour la question de Syrie; s'il espérait pouvoir l'y entraîner, c il tomberait dans la plus dangereuse des illusions ».
Paris, 9 novembre 1840.
Monsieur,
Ma dépêche officielle du 2 (1) vous fait connaitre la pensée du nouveau cabinet sur Tensemble de la situation que le traité du 15 juillet a fait à l'Europe et particulièrement à la France. Le discours de la couronne prononcé jeudi dernier à Pouverture de la session des Chambres est Pexpression la plus solennelle et la plus haute de cette même pensée. Je crois donc inutile de m'y arrêter ici et je passe à ce qui concerne spécialement le Vice-roi, sa position telle qu'elle me semble résulter de vos derniers rapports, et son avenir.
Je ne sais. Monsieur, si Méhémet-Ali se flatte d'un retour de fortune en Syrie, s'il espère pouvoir reprendre ce qu'il y a perdu, s'il se croit tout au moins en mesure de conserver par les armes la possession de territoires situés à l'est des chatnes du Liban. Je ne sais si à défaut de cette confiance dans 868 propres ressources, il compte purement et simplement sur la France, pour échapper, je ne veux pas dire à sa ruine complète, mais à la nécessité de subir, dans toute teneur, les conditions du Traité du 15 juillet.
L'impression que j'ai reçue de la lecture de vos rapports du 18 octobre s'accorderait plutôt avec cette dernière suppo- 8ition.
(1) Cette dépêehe offiddle du 2 novembre 1840 manque: les £«• 207-209 du voL XI qui fan étaient résenrés sont restés en blanc.
Quoiqu'U en soit, il est boii que Méhémet-Ali sache, comment, aujourd'hui eu Frauee et dans le reste de PEurope, ses plus chauds partisans eux-mêmes apprécient sa situation. Il est bon surtout que Méhémet-Ali ne s^abuse point sur ce <fue la France veut ou peut faire pour lui.
Tout le monde à cette heure, est convaincu que s'il reste au Vice-roi ime chance de conserver ou d'obtenir quelque chose au-delà de l'Egypte seule, cette chance n'existe qti'à la double condition de se déclarer immédiatement prêt à accepter tout ce qui lui serait offert et de renoncer à toute résistance fondée sur l'espoir de concessions plus amples. Cette conviction, le Gouvernement du Roi la partage. Je n& dis pas que Méhemet-AH ne puisse point pour un temps assez long peut-être prolonger la lutte en Syrie; je l'ignore; mais le sentiment général, mais mon propre sentiment est que, dans cette voie, le temps ne peut en définitive que tourner contre lui, et amener des compHcations nouvelles dont l'effet pourrait aller jusqu'à l'atteindre au siège même de sa puissance.
Quant à la France, elle ne veut pas, elle ne fera pas la guerre pour la question de Syrie; elle ne veut pas, elle ne fera pas la guerre pour permettre à Méhémet-Aly d'aitmenter la lutte dans cette contrée, Méhémet-Ah est encore aujourd'hui maître de demeurer tranquille possesseur, possesseur héréditaire de l'Egypte; il a même encore, je le crois du moins, quelque chance d'obtenir, par la voie des négociations, un peu plus que rËgypte; s'il entre, sans retard, dans cette voie, s'il est franchement disposé à accepter désormais les décisions du Divan, la France redoublera d'efforts pour que ces décisions soient aussi favorables au Vice-roi que la situation le comporte. Mms s'il était, au contraire, dans la pensée de Méhémet- Aly de jouer le tout pour le tout, de risquer même son existence en Egypte pour se maintenir en Syrie, s'il espérait pourvoir entraîner ainsi la France à prendre pour lui les armes, il tomberait dans la plus dangereuse des illusions. La
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9 NOVESfBRE IMÙ.
Bien que ce moyen ne fat pas absolument sûr, comme il m^était impossible de les faije parvenir moi-même, je les Im ai remis, et n*ai gardé que la lettre adressée à Ismaël, qui était devenue inutile, et que j'ai rhouneur de vous adresser.
J'appareillai de Beyrout aussitôt que quelques réparations, indispensables à ma machine, me le permirent, c^est^à-dire le 6, à 8 heures du soir et j'arrivai devant Acre le 7, à 7 heures du matin.
Je trouvai sur rade 4 vaisseaux, 4 frégates, 1 brick, et 2 bateaux à vapeur. Je fiis voir M. le Commandant anglais, afin de juger si les nouvelles, que j'avais apprises à Beyrout, se trouvaient être exactes, et je pense qu'en effet elles étaien^:^ la vérité, autant du moins qu'il est possible de l'obtenir, après ime si grande catastrophe. Je vis également M. le Con^ sul de Caïffa et de tous ces rapports il résulte;
1^ Que la flotte, composée de 7 vaisseaux anglais, da 1 vaisseau turc, de 6 frégates ou corvettes anglaises, d'un« frégate et une corvette autrichiennes, avait appareillé die Beyrout le samedi, commandée par l'amiral Stopfort,
2^ Que dans la journée du dimanche deux bateaux à vapeur s'étaient rapprochés de la ville et lui avaient lancé des obus. Le lundi la flotte mouilla devant Acre, et le mardi elle commença le feu.
Le nombre total des bouches à feu montait à 800. La place répondit d'abord assez vigoureusement et maltraita un vaisseau, une corvette et un bateau à vapeur; mais une heure après le magasin à poudre sauta et fit d'énormes ravages parmi les hommes composant la réserve et qui se trouvaient tout près, • . On fait monter à 1600 le nombre des hommes tués par cet acci* dent; toutefois le combat se continua jusqu'au coucher du soleil.
Mahmoud alors, profitant de la nuit se retira avec i^ qui lui restait de troupes disponibles; mais les Montagnards s 'étant présentés pour lui barrer le passage, une partie fnt forcée de rentrer en ville. On porte à 2000 le nomire des soldats qui se sont sauvés et cherchent à gagner l'Egypte.
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de main sur Alexandrie; elle paraît pleine de confiance, et les ^ chefs décidés à poursuivre vivement leurs faciles succès.
Je ne terminerai pas ce rapport, M. le Consul général, ,^^ sans vous faire connaître les bruits qui circulent dans le pays .^a et que les Anglais eux-mêmes y ont répandus:
1^ Us promettent le rétablissement d^un royaume d^Israël^^^fl 2^ Que chaque canton de la Montagne sera gouvetm^^^ par un Cheick de son choix, et soumis au Grand Seigneur qur:.^ n^y régnerait que de nom.
Malgré Tafifection connue des Maronites pour nous, des che£z4 eux-mêmes ont offert d'embrasser la Religion anglicane s'^l^^ le fallait plutôt que de retomber sous la domination d^Ibrahinrrr:^.
S'il en était temps encore, et que la France rentrât dans ^^e traité des Quatre Puissances, il faudrait assurer aux Mar-— ^ nites une indépendance, qui, sans elle, ne sera qu'illusoire, et notre prépondérance serait rétablie, et le nom anglais c^B^ testé, car ils ont déjà fait bien du mal.
J'ai l'honneur d'être, etc.
DE Yalmont.
A bord de VEupkraie^ en rade d'Alexandrie le 9 novembre 1^S40. Correspondance poHtiqoe. Egypte, XII, £«• 1 19-120.
LA PRISE D'ACRF.
12. — M. Cûchelet à Son Excellence Monsieur Thiers Président da Conseil, Ministre des Afiaires étrangères.
:>MMAI]I£: La triate nouveUe de la prise d^Acre. — La malveillance et la tralilson n'y ont pas été étrangères. — Conjstematîoïi à Alexaiidrie. — Cochelet, accompainié do commandaiit Gallice, a porté ae» consola tiotid au Vice-roi. — Il donne pleins pouvoirs au commandant Gallice pour la défense d^ Alexandrie, — A Cochelct comme « véritable ami » û demande conseil pour le cas où ramifal Stopford lui demanderait de a^adresser directement â TAngteterro pour garder FÉgypte à titre héréditaire. — Cochelct répond qu^aprèa la note du fl octobre et la position que la France a prise^ c'est sur elle surtout qn^il peut et doit compten il ne peut pas courber la tète c lorsqu^un ami généreux et désintéressé lui a noblement tendu la main en présence de cinq Puissance coalisée s« » — Mohamed- Aly se redresse âèrement buj ton divan et déclare qu'il restera soumis et dévoué & la France. — n a donné ordre & Ibtahim-Pacba de ramener son armée en Egypte; mais le pourrat-il? D*autre part les populations catboHques de la Syrie appellent la protection de U France et les Anglais y sont déjà détestés. — L'anarchie y règne partout. — Et le Vice-roi se montre « supérieur à la mauvaîie fortune p. — * D se prépare à la défense d* Alexandrie. — Cochdet n'y a pas confiance, si la France n*y intervient {MIS, — Le Vice-roi voulait faire sortir sa flotte: Cochelet a réuasi à Fen dlssuadert eUe ne doit être mise en mer que par notre ordre et sous notre patronage.
Alexandrie, le 10 novembre 1840,
MoNiiEUR LE Ministre,
Le bateau à vapeur VEuphrate qui est entré hier matin
daJtXB ce port de retour de soa voyage sur les côtes de la Sy-
ne, nous a apporté la triste nouveUe de la prise de Saint-
Jean d'Acre, M. de Valmont, commandant de ce bâtiment,
Mxi*SL remis aussitôt son arrivée le rapport ci- joint et les deux
dépêches, n*** 22 et 23, également annexées, de M, le Consul
4^u Roi à Beyrout, qni vous sont adressées.
1 Lorsque j'annonçais à Votre Excellence, le 7 de ce mois,
éfua le bombardement de Saint- Jean d'Acre avait commencé
le X^^ novembre, j'étais loin de supposer que deux jours après
je lui apprendrais un dénouement aussi prompt que celui de
Ja Reddition de cette forteresse, surtout avec les assurances
positives qui avaient été données par le colonel Schultz, of-
ficîer du génie Polonais, qu'elle tiendrait loaglemps. Ce brave officier a fait ati reste son devoir jusqu'au moment où il a eu le bras fracassé p^ un éclat d'obus. Il paraît que la malveillance et la trahison n'ont pas été étrangères à la prompte soumission de la garnison qui avait perdu, ce que j'ai peine à croire, 1600 hommes par l'explosion du magasin à poudre.
La consternation a été grande à Alexandrie en apprenant cette nouvelle- J'ai envoyé aussitôt M. de Valmont chez Méhémet-Ali, qui le connaissait déjà, pour lui donner les détails que contenait son rapport. Le vénérable vieillard paraissait fort affecté, mais sa doiJeur était concentrée. Le soir j'ai été le visiter. Vous devez bien penser, Monsieur le Ministre, que je lui ai adressé des consoiations plutôt que des reproches. Ma présence seule était déjà un reproche tacite de ce qui s'est passé en Syrie, car après tout ce qu'il m'a dit sans cesse de la force de son armée et de l'esprit qui l'animait, il doit éprouver, en me voyant, une certaine gêne qui est bien naturelle mais que je cherche à rendre moins pénible, par un redoublement d'égards.
J'avais amené avec moi le Chef de bataillon français du génie, Gallice, qui est chargé avec le général d'artillerie Sélim Pacha, de la défense d'Alexandrie. Méhémet-AH leur a donné immédiatement, en ma présence, des pleins pouvoirs pour prendre toutes les mesures que les évènemens peuvent nécessiter. Aussitôt qu'Us furent partis, Méhémet-Ali me dit qu'il avait appris que l'amiral Stopford devait venir bientôt devant Alexandrie et qu'il supposait que son intention était encore de lui proposer de s'en remettre à lui du soin de lui faire obtenir par l'Angleterre, rhérédité de l'Egypte. II me priait donc de lui donner, en véritable ami, un conseil sur ce qu'il devrait répondre. Après avoir un peu réfléchi, je lui dis qu'il me semblait que sa ligne de conduite étmt maintenant toute tracée, par la communication de la note du 8 octobre que j'avais eu l'honneur de lui faire, qu'il ne devait avoir aucun doute sur l'intention bien arrêtée de la France de lui conser*
la plaine de Balbec, mais tpie ses commuatcatjons étaient entièrement coupées par les Montagnards avec le littoral, Alep, Damas et l'Egypte. Il avait, dit-on» avec liii 18,000 homjnes, infanterie, cavalerie et artiEerie, ce cjui était bien suffisant pour se porter partout où il voudrait et faire une diversion, mais on dit que la situation de la Syrie, où il voit maintenant qu'il est détesté, lui donne de violents accès de colère et qu'il se livre à sa passion pour l'ivrognerie et un infâme libertinage avec un cynisme révoltant.
Au reste, il résulte de toutes les informations cjue j'ai prises auprès des voyageurs qui étaient embarqués sur VEuphrcUe que la conquête des côtes de la Syrie est bien loin de produire les fruits qu'on en attendait. L'anarchie est partout. Aucun pouvoir ne peut se faire respecter et obéir. Les Anglais sont tellement à l'index dans le Liban que les Montagnards ne veulent pas même avouer que des Protestans leur ont donné des fusils. Ils disent que c'est F Au triche qui les a fournis. La France est et sera toujours la Puissance chérie et désirée. Si nos bâtimens de guerre se présentaient sur les côtes avec quelques mille hommes de débarquement, une réaction s'opérerait en faveur de Méhémet-Ali* Ce n'est pas lui qu'on déteste, c'est son fils. Le moment n'est pas éloigné où on regrettera son administration, toute fiscale qu'elle était, parce qu'elle fesait régner l'ordre, et la sûreté dans les villes et sur les routes. Méhémet Ali me disait hier; <( Nous avons commis des fautes, mais nous avions fait disparaître de grands abus. Il n'y aura pas maintenant un seul pouvoir capable de gouverner la SjTie. Si la chance tourne, vous verrez les Syriens revenir à moi. Dans un an, nous irons ensemble parcourir cette province et cicatriser bien des plaies. J'avais fait renaître l'agriculture et le commuée. Tous les cultes étaient respectés. On ne fesait plus des avanies aux Chrétiens. D'ici à peu de temps vous apprendrez que le peu de bien que j'avais fait, est entièrement p^du D.
En me parlant ainsi, il semblait que Méhémet-Ali fesait