LA LETTRE DE MOHAMED-ALY
promptes sont devenues d'urgence, car nous sommes gagnés de vitesse.
J'aurais pu ne pas faire poser de limites aux concessions dans la lettre de Méhémet-Ali et laisser tout à la disposition do Roi, mais j'ai pensé qu'il pourrait peut-être mieux vous convenir que les concessions soient énoncées par Méhémet-Ali lui-même que par la France. Au surplus vous interpréterez cela comme vous le jugerez convenable; le fait est qu'il a ewUendu se soumettre sans aucune restriction à tout ce que le Roi déciderait à son endroit.
J'avais profité du voyage de VEuphrate en Syrie pour y envoyer monsieur de Yalbézen qui m'accompagne ici; pendant son court séjour à Beyrouth il s'est mis en rapport intime avec Champlatreux et plusieurs Français qui sont en Syrie depuis longtemps. Leiur opinion à tous est que la France conserve une grande influence dans la Montagne, et au contraire les Anglais y sont déjà exécrés. Champlaixeux est lié à^amitié €t ffintérêis avec le nouveau Grand Prince. S'il y avait lieu, il ferait auprès de ce dernier tout ce que vous voudriez.
Méhémet-Ali, dans le premier moment, en apprenant la nouveUe de la prise d'Acre avait envoyé à Ibrahim l'ordre de revenir en Egypte; il me demanda mon avis à ce sujet. Je lui dis qu'il s'était trop pressé, qu'il fallait avant rappeler à Damas toute l'armée de Caramanie et alors seulement se replier s'il y avait lieu, sur le Pachalick d'Acre et plus tard sur l'Egypte. H a envoyé de nouveaux ordres dans ce sens à Ibrahim. 11 faudra beaucoup de temps avant que celui-ci reçoive les lettres de son père, et en tous cas il est certain qu'il ne se retirera que quand toutes les forces de la Caramanie l'auront rejoint. D y a donc du temps et son mouvement de retraite sur l'Egypte n'aura lieu en tous cas, s'il a lieu, que dans âx semaines au plus tôt.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Président du Conseil,
etc.
Walewski.
P. S. — II est important qu vous sachiez que Pile de Candie est toujours sous la domination de Méhémet-AIi. Mustafa Pacha, gouverneur de cette île, est tout dévoué au Vice-rd; il lui a offert à plusieurs reprises d^envoyer, toute sa famille à Alexandrie pour répondre de son dévouement; il n^a pas reçu Nourri-Bey envoyé par la Porte pour le confirmer dans son Gouvernement, cependant il n'a pas fait d'acte de rébellion envers le Sultan. Mustafa-Pacha vient encore d'écrire il y a deux jours à Méhémet-Ali par les bâtiments du Pape qui sont venus ici pour prendre de Talbâlxe et qui avaient relâché à Candie. Dans cette lettre il proteste de son dévouement et de son obéissance aux ordres que Méhémet-Ali voudrait lui transmettre.
La garnison de Candie est composée des troupes du Vice-roi qui portent son uniforme, bien diffèrent de celui des troupes du Sultan.
Correspondance politique, Egypte, XII, £«• 128-132.
16. — Monsieiir Walewski à Son Excellence Monsieiir Thiers, Président du Conseil, etc.
Sommaire: TransmiBsion du brouiUon qui a servi de modèle à la lettre du Vice-roi; quelques variantes par la faute du traducteur. — Demande de la croiz de la Légion d^Honneur pour Artin-bey, le principal secrétaire de Mohamed Aly. — H m mie grande influence sur lui. — D espère être un jour le chargé d'affaires de TËgypte à Paris. — C'est par lui que Walewski est parvenu à faire écrire la lettre au RoL — Demande aussi de la croix pour M. Bonfort, un Français, qui a rendu de grands services en Egypte.
Alexandrie, 11 novembre 1840.
Je vous envoie ci-joint la note qui a servi de base à la lettre de Méhémet-Ali. La différence qui existe entre cette note et le texte turc provient de l'inexactitude du traducteur; car Méhémet-Ali m'a répété à plusieurs reprises qu'il était