LA LETTRE DE MOHAMED- ALY
de la paix, les affaires de TOrient, Il est à désirer seulemeiit qu^une transaction pacifique trop désavantageuse à Méhémet- Ali nVût pas lieu afin qu^elle ne nous fasse pas perdre la considération et Finfluence dont nous jouissions en Egypte. De mon côté» Monsieur le Ministre, j 'engagerai le Vice-roi, comme je Fai toujours fait depuis plus de trois ans, à être conciliant et modéré. En apprenant le changement de Ministère, je n'ai pas négligé, afin d'éviter des interprétations fâcheuses 9 de dire au Vice-roi que je supposais que le nouveau Cabinet se maintiendrait sur le terrain du mémorandum du 3 et de la note du 8 octobre. Méhémet-Ali a paru satisfait de cette assurance qui Fempêchera probablement d'adopter des résolutions précipitées et irritantes.
Au moment où le Caméléon entrait dans le port, il était
svdxn par un parlementaire venant de Fescadre anglaise,
apportant une lettre du commodore Napier adressée à Mé-
iiémet-Âb. Cette lettre invite le Vice-roi à échanger contre
un nombre égal d'officiers égyptiens, les Cheikhs et Emirs du
X^iban qui ont été envoyés au Sennaar. Elle le presse aussi
d'accepter l'hérédité de FÉgypte. Après la réception du
parlementaire qui était un officier supérieur de Fescadre,
Hdéhémet-AH a été de nouveau fortement circonvenu par
^oue ses affidés pour accepter définitivement les propositions
de l^Angleterre. Il paraît que son intention est de répondre
^^^il a laissé à la France le soin de décider de son sort et
^pi^'il attend ses déterminations. Quant aux Emirs, il fera
«connaître qu'il les avait déjà rappelés et que son désir était
de les renvoyer dans le Liban avant la demande qtii lui en
^ast faite*
1 J'ai informé votre Département, par ma dépêche du 24 oc- ^Kobre que le blocus commercial d'Alexandrie qui devait savoir lieu le 16 octobre avait été prorogé jusqu'au 21 no- ^vembre. Avant- hier le Consul général de Hollande, chargé ^e la gestion des afifaires britanniques a reçu la lettre cij ointe du commandant de Fescadre anglaise devant Alexandrie
qui lui annonce que le blocus commercial, par les vaisseaux de S. M. britannicpie n^aura plus lieu. Cette nouvelle a produit une grande sensation dans le commerce qui y a vu un acheminement pacifique de la question turco-égyptienne. Méhémet- Ali lui a fait inmiédiatement une vente de 120 mille ardebs ou quintaux métriques de céréales.
On est toujours sans nouvelles d^Ibrahim Pacha depuis sa lettre du 28 octobre qui était jointe à ma dépêche du 5 de ce mois. On en a eu seulement de Mahmoud Bey, ancien gouverneur de Saint Jean d'Acre, qui est arrivé à Gaza avec les deux mille hommes qui s'étaient sauvés de la forteresse. U paraît que son intention était de chercher à rejoindre Ibrahim Pacha. Il y avait eu à El-Arich, sur la frontière de l'Egypte et de la Syrie, un soulèvement parmi les Arabes auxquels on avait distribué des proclamations imprimées. L'Ëcole de cavalerie de Gizeh près du Caire était partie avec 1.500 cavaUers arabes irréguhers et le 15^ régiment d'infanterie réguhère arrivé de l'Hedjaz, pour comprimer ce mouvement qui n'aura probablement aucune suite. On suppose au contraire que ces troupes se réuniront à celles de Gaza pour essayer un mouvement en avant, afin de rétablir les communications entre l'Egypte et la Syrie, et faciliter ainsi la retraite d'Ibrahim-Pacha avec toute son armée.
M. le comte Walewski qui avait été envoyé en mission en Egypte par votre prédécesseur et qui a donné à plusieurs reprises des preuves d'habileté, de tact et de finesse dans les diverses négociations qu'il a entreprises, s'embarque demain sur le paquebot anglais V Oriental qui se rend directement à Falmouth. En apprenant le changement de Ministère, il s'était empressé de faire avec moi toutes les représentations convenables et nécessaires à Méhémet-Ali pour le persuader des bonnes intentions du nouveau Cabinet à son égard. En lui annonçant hier son départ, motivé seulement sur ce qu'il n'a reçu aucune lettre qui lui prescrit de rester, il a dit au Yice-roi qu'il espérait encore plaider sa cause à son pas-