LA POSITION DE LA RUSSIE
L'expression de leur désir d'améliorer les relations politiques de la France avee les puissances européennes et de faire cesser dans les esprits une effervescence dangereuse en rétablissant Tordre au-dedans et la paix à Textérieur, ne pouvait qu'être appréciée par notre Auguste Maître. Les paroles que le Roi vous a adressées en particulier portent le cachet de cette sage modération qui préside aux vues et aux dispositions de ce monarque.
L'Empereur a vu avec satisfaction que le Roi Louis-Philippe ait rendu justice à l'esprit qui avait dicté au Cabinet Impépérial la circulaire par laquelle nous avons communiqué aux différentes Cours étrangères la convention du 3-15 juillet. La manière dont nous nous y sommes exprimés à l'égard de la France nous avait été inspirée par un sentiment sincère^ notre cour ayant toujours regretté que cette puissance Testât en dehors d'une transaction à laquelle l'appelait l'importance de sa position en Europe et qu'il eût été si désixable de voir fortifiée par son concours. Le discours que M. Guizot a récemment prononcé à la Chambre des Pairs dans la discussion de l'adresse vient encore à l'appui des 4UB6urances pacifiques qu'il vous a données dans ses entretiens. Ce discomrs est empreint d'une franchise courageuse à laquelle nous nous empressons d'applaudir. En replaçant 4BOUS un jour plus vrai les circonstances qui ont précédé et suivi la conclusion du traité de Londres, en redressant les idées fausses répandues et accréditées en France relativement aux intentions des puissances signataires de cette transaction, en proclamant tout haut et sans détour qu'elles n'ont voulu ni insulter, ni tromper, ni isoler le Gouvernement français, M. Guizot a rendu un véritable service à la -caxiBe de tous les amis de l'ordre et de la tranquillité. Nous diirons plus, il se faciUte à lui-même, aussi bien qu'aux autres puissances, les moyens de sortir des complications fâcheuses, 4unenées par une pohtique moins franche et moins habile ^ la fois.
94 25 NOVEICBRE 1840.
Le désir d*y contribuer pour notre part n'a jamais cessé de nous animer un seul instant, et si, dans les témoignages que nous aurions pu en donner au Cabinet des Tuileries, noiu avons cru devoir, sous le Ministère précédent, apporter une certaine réserve, cette réserve nous était dictée seulement par la crainte que nous avions de ne point les voir accueillir avec confiance. Lies dispositions qu'on nous témoignait ne pouvaient nécessairement ne point influer sur les ndnes. D'injustes préventions nous faisaient envisager et nous désignaient même à Topinion comme les promoteurs volontaires du dissentiment qui s'était manifesté entre la France et l'Angleterre. Dans des circonstances pareilles, aller au-devant des explications, c'était s'exposer sans profit à provoquer de fâcheuses récriminations, aigrir peut-être, plutôt qu'améliorer le caractère des relations réciproques.
Nous avons donc préféré en laisser l'initiative à nos alliés et nous montrer plus sobres de protestations que nous n'aurions désiré l'être. Mais cette sobriété même, dérivant de notre circonspection, attestait nos intentions pacifiques.
Elles ressortent surtout bien évidemment du silence que nous avons gardé dans la polémique qui s'est engagée publiquement sur l'origine et les conséquences du traité du 3-15 juillet, entre les Cabinets de Paris et de Londres. Et pourtant. Monsieur l'Ambassadeur, le nom de la Russie s'y était trouvé mêlé plus d'une fois par M. Thiers d'une façon pour le moins gratuite.
Le mémorandum du 5 octobre en particulier renfermait sur la conduite de la Russie plus d'une insinuation peu équitable. Sa tendance était assez claire pour n'avoir point échappé à notre attention. Elle était manifestement de raviver à dessein, entre l'Angleterre et nous, plus d'un souvenir irritant, de faire peser sur notre cabinet le reproche d'inconséquence dans la marche qu'il a suivie avant comme après la note collective du 27 juillet, de dénaturer, par ce rapprochement, les motifs qui nous ont portés à adopter pour les