LA POSITION DE LA RUSSIE
conditions territoriales à imposer à Méhémet-Ali, le plan proposé par rAngleterre. Certes, Monsieur le Comte, si nous avions voulu rentrer dans Parène de la discussion, nous n^arions pas manqué d^argumens pour repousser ces insinuations. Il ne nous eût pas été difficile de démontrer que, sans vouloir, comme on le supposait, profiter du dissentiment des deux cours maritimes^ il était tout simple, qu^après rengagement d^honneur que nous avions pris envers la Porte par la note du 27 juillet, nous options pour celui des deux plans, qui lui assurait les conditions les plus avantageuses. Nous avions parlé, dans ce sens, de la signature de la note sus-mentionnée, et avant qu'il ne fût question d'un plan français et d'un plan anglais, pour déterminer les limites entre la Turquie et l'Egypte. Au protectorat exclusif que M. Thiers nous attribuait l'intention de vouloir exercer sur la Turquie, nous pouvions certes opposer de notre côté le patronage bien autrement exclusif et avoué qu'annonçait le mémorandum lui-même. Ce Mémorandum avait été communiqué à tous les Cabinets étrangers, et avait été immédiatement reproduit par tous les organes de la Presse, il nous déférait pour ainsi dire à l'opinion du public européen et cependant nous sommes restés muets devant l'Europe. Nous avons pensé qu'une discussion retentissante nous entraînerait peut-être plus loin que nous ne voulions aller, qu'elle ne ferait sans doute qu'ajouter à l'irritation des esprits et nous n'avons pas voulu introduire de nouveaux germes de complication dans une situation qui n'en renfermait déjà que de trop graves.
Les mêmes vues nous ont engagés, en recevant communication de la note postérieure du 8 octobre, à ne point relever tout ce que, dans notre opinion, elle renferme de contestable, et, ajoutons-le, de peu bienveillant pour nous, dans la manière dont M. Thiers explique ce qu'il entend par l'indépendance et l'intégrité de l'Empire ottoman, tout ce qu'elle présente de contraire aux droits de souveraineté de la Porte à l'égard d'un de ses fonctionnaires et de propre à encoura-
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ger ce dernier à persister dans sa rébellion. U nous suffit que cette tâche ait déjà été remplie par le Cabinet britannique et, préférant, pour notre part, déblayer le terrain de la discussion, en écartant toute controverse de principe, nous nous en tiendrons purement à ce que la pièce contient de pacifique et de pratique pour arriver à la solution du problème turcoégyptien.
Monsieur Guizot appréciera, nous Tespérons, les motifi de conciliation qui nous dirigent. La politique de paix qu^il professe est également celle qui préside aux résolutions de notre Cabinet. Moins que jamais, nous prétendons fermer à la France la voie d'un rapprochement avec les quatre autres Cours. Les obstacles qu'il a présentés jusqu'ici tenaient avant tout à l'attitude qu'avait adoptée le dernier Ministère.
Recourir de prime-abord aux démonstrations belliqueuses, employer à l'égard de l'Europe un système de provocations et de menaojÉL c'était interdire soi-même aux puissances toute avance rqu'elles auraient pu être disposées à faire, pour renouer avec le Gouvernement français, car l'initiative qu'elles en auraient prise pouvait être interprétée comme une faiblesse de leur part; du moment oii, au contraire, le nouveau Cabinet s'annonce comme un ministère de paix, l'honneur et la dignité des puissances cessent par là-même d'être en cause; et dès lors elles n'ont plus de motifs de se refuser à lui faciliter la tâche de réconciUation qu'il entreprend. Monsieur Guizot en trouvera la preuve dans la promesse qu'elles viennent d'adresser à Méhémet-Ali d'intercéder auprès de la Porte pour lui faire rendre le Gouvernement de l'Egypte, s'il renonce aux territoires que la convention replace sous l'autorité du Sultan. Cette démarche, à laquelle notre plénipotentiaire a concouru avec empressement, témoigne assez des sentimens des quatre Cabinets alliés. Elle prouve que loin de se prévaloir des avantages de leur position actuelle en Syrie, ils ne sont nullement disposés à pousser les choses à l'extrême envers le Vice-roi et à donner aux conséquences