LA DÉFENSE DES CÔTES
■ je résume en qiieli|yes mats les observationB qpie j^ai faites en ces circonstances.
• A Alexandrie, l'insuffisance des arméniens de la côte ne pouvait échapper à Toeil le moins exercé. L'ingénieux chargé de ces armemens, M. Galice, en était lui-même si convaincu qu'il m'avait prié, à mon départ pour le Caire, de conjurer Méhémet-AH qui s'y trouvait, de lui accorder quinze mille maçùns à Faide desquels il espérait se mettre en mesure dans l'espace de six semaines. Le Vice-roî n'a jamais pu réunir ce nombre d'ou\Tiers*
Depuis, la flotte a été désarmée. On a aussi avoué Fimpuis* sance où l'on était de lui faire prendre la mer, ainsi cpie Finsuffisance de Fartillerie des forts.
L'inondation presqu 'inouïe du Nil a rendu la rentrée des impôts impossible. Le Vice-roi se trouve même obligé de nourrir ses fellahs et de leur distribuer le grain des semailles, quoique la plupart des magasins du gouvernement aient été détruits par les eaux.
B Au Cau^e, la pohce, toute active qu'elle est, a peine à faire taire les mécontens, La Garde INatîonale refuse de se laisser désarmer, et un officier arabe de cette milice disait hier en un heu où j'ai pu l'entendre: Méhémet-AH a fait de nous des hommes. Nous devons prouver que nous le sommes devenus.
■ Les Turcs n'ont pas sujet de se plaindre, mais ils ont des honneurs, de hauts emplois, et voyant la conduite de la Porte, ils agiront peut-être dans Fespoir de se faire légitimer* Les irréguUers, on Bachibousouks, chargés de la poHce du désert, sont aussi des Turcs, la plupart Rouméliotes et se soumettraient facilement au Sultan,
H La misère est ^ande d'ailleurs. La solde de l'armée est due depuis plus d'un an, et la Porte paye l'arriéré à ceux qu'elle prend. Le prix de toutes les denrées se ressent de la hausse excessive que les objets d'importation ont subie par l'effet du court blocus d'Alexandrie. Le commerce du Caire me fait, soit par caravanes, de Damas pour les objets de luxe.
tek <jue les étoffes de Perse, les éeharpes et les tapis de SjTÎe si généralement employés ici; soit par mer de Chypre et de Syrie pour le tabac, les firomages, les fruits, etc. Ces deux routes sont fermées, et les Anglais ont eux-mêmes interdit la route à leur commerce, prévoyant bien l'effet désastreux qui s'ensuivrait pour TÉgypte,
Enfin les côtes sont mal ou ne sont point gardées. Damiette est à peine protégée et ne devra son salut cju^à la difficulté d'aborder pour les bâtimens de guerre. Ainsi de Rosette. Les canonniers de la côte qui sont tous des marim turcs, désertent malgré eux, ne sont pas sûrs. Moi-même, j'en ai surpris sur ma route s'en allant par bandes et fuyant vers la S}TÎe. Le seul fort qui se trouve sur cette ligne, celui où j'ai été renfermé, manque de canons et de poudre. Les créneaux y sont découverte et le soldat exposé de tous côté». La porte tombe en ruines, et toutes les remontrances faites a ce sujet par les Gouverneurs depuis un an, ne sont pas parvenues au Vice-roi. Cependant, une fois maître de ce petit fort, on commande tout le désert entre les lacs salé^ et la mer jusqu'au bord du Nil. En un mot, à voir l'Egypte, il faut conclure que le Gouvernement de Méhémet-Ali, bien préparé à l'offensive envers le Sultan, a beaucoup trop né* gligé la situation défensive; vous savez, Monsieur le Ministre, qu'on ne s'entend guère à faire deux choses à la fois en Orient.
Puisque j'ai commencé, j'épuiserai jusqu'au bout la liste des conditions défavorables oii se trouve, en cet instant, le Gouvernement égyptien.
n y a un an, quand Méhémet-Ali manda à Ibrahim-Facha qu'il serait peut-être sage d'évacuer la Syrie, celui-ci répondit, si je dois en croire un de ses intimes^ que si son père accédait à ces idées, il se verrait forcé par l'armée de tourner ses ca* nons contre FËgypte. Aussi Ibrabim-Pacha s'est acharné sur le Liban dans ces dernières circonstances, c'est là qu'il a placé toute la question, tandis qu'une retraite faite sur Jaffa, dès la première attaque des alliés, eût assuré le salut de !'£*
L'ARMÉE DIBRAHIM-PACHA.
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gypte. La Syrie même n'eût pas été infaillibleiiient perdue pour le Vice-roi par cette opération; car les éléments de désordre sont si grands dans la Syrie qnVUe se soulèvera pour et contre tout le monde.
D^abord, les Naploueains, partie notable du peuple syrien, sont musulmans, en guerre presque constante avec les Druses et massacrent comme Os Font fait, U y a sept ans, les régiments qu'on enverra pour appuyer la levée des impôts. Il suffit de les gouverner pour avoir ces redoutables gens contre soi.
Les Druses sont également contre tous ceux qui les gouvernent, même provisoirement. On le verra bien tôt. Comme les Turcs les persécutaient autrefois, ils ont pris l'habitude d'aller dans les mosquées et dans les églises, disant aux Turcs: Nous sommes Musulmans; aux Chrétiens : IS ous sommes Catholiques. Le fait est qu'ils ignorent qui ils adorent, et qu'ils n^ont, ainsi que les métuaUis, qu'un ennemi qui est leur maître, quel qu'il soit. Les Métuallis sont des payens dont le culte est infâme et les rend hostiles aux Chrétiens et aux Turcs, aux Druses et aux Naplousains.
Les Vends, autre population Syrienne, adorent le Diable et dans toute la basse Syrie, remplie en outre de Chrétiens, l'action reEgieuse dont vivent tous les gouvememens orientaux est absolument nulle ou même un élément de troubles continuels* Les intérêts matériels rendent aujourd'hui la Syrie hostile au Pacha d'Egypte, elle s'est soulevée contre lui grâce aux Anglais; mais la Syrie peut être ainsi soulevée par tout le monde, et le Vice-roi aura cette faculté comme un autre, quand il s'y trouvera un autre Gouvernement que le aien. Dans ma première dépêche d'Alexandrie, j'ai rapporté au Gouvernement du Roi, les paroles que m'adressait le Vice-roi au sujet des impôts de la Syrie. Méhémet-Ali a toujours agi en conséquence. En outre il payait à peine les milliers d'ouvriers qui exploitaient pour lui les mines de eharbon du Liban, et forçait les habitants de la montagne à
porter à Beyrouth et à Saîda les bois de mâture que ses jurés choisissaient, acceptant cent arbres sur 600, et rendant le reste sans indemnité de transport. Ce sont là, avec les impôts, les griefs du Liban. Pour la religion chrétienne, jamais elle n*a été plus protégée <jue sous Méhémet-Ali.
En s^obstinant à occuper la Syrie et particulièrement le Liban, Ibrahim Pacha a ôté à l'Egypte tout le ressort qu'elle pouvait avoir dans ce moment critique. Son armée était considérable, Votre Excellence le sait. Il y aurait maintenant en Ég^'pte 35 réginaents d'infanterie y compris l'armée de rArabie qui est revenue, mais amoindrie par les privations inouïes qu'elle a eu dans sa route, 12 régiments de cavalerie à 600 chevaux, 8 régiments d'artillerie complets et la garde qui forme 5 régiments sans les Baltagis, tandis qu'on est réduit, daiiB l'intérieur et au Caire, aux Bédouins soldés et à ces pauvres écoles militaires de Ghiseh, de Toura et de Damiette, qui n'iront au feu qu en tremblant. En outre, l'armée d'Ibrahim Pacha, une fois en Egypte, se trouvait gardée par la mer et le désert, isolée et par conséquent plus à l'abri de l'emhaU' chage* J'ai vu beaucoup de simples soldats qui revenaient de Saint Jean d'Acre, leur patience et leur résignation soot admirables, nus, aflFamés, abandonnés comme ils étaieEt. ils ne songeaient pas à la rébellion, et le contact des irréguliers n'aflfaiblissait pas leurs sentimens d'obéissance. La fidéhté de tous ces gens-là eût été à toute épreuve, si on les avait placés dans une situation soutenable. J'ai vu arriver entr' autres, sur une mauvaise barque et par un tems aflreux, huit malheureux soldats du 26* ré^ment dont le colonel avait été tué dans la tranchée à Beyrouth. Ils vinrent échouer, à nos yeux, sur le rivage d'El- Arich, et le peu qui leur restait, fut enlevé par les Arabes.
Soliman Pacha, le seul capitaine que possède ce pays, s'est trouvé ainsi également perdu pour la défense de l'Egypte, comme l'est Ibrahim, dont le seul nom eût maintenu l'obéissance à Alexandrie et au Caire. Le reste de la famille du Vice-