‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 59 sur 189 · LES DISPOSITIONS DE MOHAMED-ALY · texte numérisé non relu

LES DISPOSITIONS DE MOHAMED-ALY

convention, j'étais resté chez moi. Vous avez vu, Monsieur le Ministre, par ma lettre du 27 novenibre, que je n'avais aucune confiance dans les pouvoirs de cet officier supérieur, et votre dépêche du 19 novembre est venue ensuite m*éclairer sur le véritable état des choses* Cependant je ne disais rien, car j'aurais cru manc^er à la dignité et au calme que nous devons chercher à conserver dans les circonstances actuelles, en engageant Méhémet-Ali à accepter le nouvel arrangement qui lui était dicté, et je me serais fait aussi un cas de conscience de le pousser à une résistance désespérée^ lorsque j'étais entièrement convaincu qu'il lui était impossible de résister à une attaque sérieuse de Fescadre anglaise. Je pris donc le seul parti qui convenait à ma situation. Ce fut de m'enfermer chez moi et de laisser Méhémet-Ali entière* ment libre de faire ce qu'il voudrait. Il me fit pressentir cependant plusieurs fois pour avoir mon opinion. Je lui fis dire que je n'avais aucun conseil à lui donner. Je crus cependant devoir le faire assurer que la démarche faite cette fois par ramiral Stopford, était sérieuse et conforme aux intentions des puissances signataires du traité du 15 juillet* J'ajoutai aussi que je n'avais aucun doute que ces Puissances agiraient auprès de la Porte pour lui faire obtenir l'h^édité de l'Egypte par considération pour la France qui l'avait formellement demandée.

Il y eut quelques incertitudes sur les intentions de ces Puissances, des pourparlers avec l'officier anglais, des exclamations sur la convention Napier, qu'on regardait comme un fait accompU, quelques réminiscences de résistance, fondées sur ce qu'Ibrahim Pacha ramenait avec lui 40 mille hommes de bonnes troupes. Tout a fini par se conclure comme on s'y attendait. Méhémet-AH a répondu à l'amiral Stopford la lettre dont la traduction est ci-jointe (pièce n^ 4) et a écrit au Grand Vizir celle qui est également annexée (pièce n^ 5).

Le Vice-roi montre par ces deux lettres qu'il subit, dans toute l'acception du mot, la loi du vainqueur. Il la subit sans

ebnditions pour lui-même, car poux prix de tout ce cju^îl s^est engagé à faire, on se boime à lui dire cpi'ou le recommandera à la Porte et on ne parle pas même de l'hérédité de l'Egypte^ Je crois cependant qu'il est arrivé maintenant au dernier degré de rhumiliation qu*on a voulu lui faire subir, et que si Fintention de la Porte et des Puissances est de la pousser plus loin, il résistera maintenant avec toutes ses forces et ses Pachas, qui sont revenus ou vont revenir auprès de lui.

L^attitude que j'ai prise dans ces derniers tems et pendant les négociations de PAngleterre, a satisfait complètement nos nationaux et a donné aux populations de ce pays une idée juste de nos sentimens et de nos intentions» En ne nous voyant prendre aucune part à ce qui se fesait, on a pensé que nous n^approuvions pas le dénouement et que nous nous réservions l'avenir. On nous a su gré aussi de n'avoir pas poussé Méhémet-Ali à la résistance, car on redoutait pardessus tout un bonabar dément* On sent bien déjà que la Porte va peser de tout son poids sur l'Egypte, et on est persuadé que la France seule cherchera à tempérer la rigueur des ordres qui peuvent être donnés. Notre rôle ici, comme à Constantinople, sera d'observer pendant quelque tems la marche des choses; mais, comme je l'écrivais dernièrement à Votre Excellence, nous devrons veiller dans l'intérêt de notre politique et de notre avenir dans ce pays, à ce que Méhémet-AIi reste, autant que possible, indépendant de la Porte, sous le rapport de son administration intérieure.

Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, etc.

COCHELET

P. S. — Au moment où j'allais fermer cette dépêche, on m^ remis une copie de la lettre qui a été adressée par Lord Palmerston aux Lords de TAmirauté, C'est probablement celle officieUe, dout vous me parlez dans votre dépêche du 19 novem» bre. J'ai l'bonneiur de vous la transmettre (pièce n** 6).

Correspondance politique, Egypte, XI, £->■ 262-266.

DEMANDE DINSTRUCTIONS. 143

51. — Mbnsieiir de Beaufort d'Hautponl à Son EzceUence Honsieiir Onizot, ministre des Affaires étrangères.

SomiAiRX: An retoor de sa mÎMioii en Perse, il «nrait désiré avoir de nouvelles instme* . tîona. — n a donc cm devoir s'embarquer aussitôt et il est actuellement à Syra. — n espère être rentré bientôt à Paris. — On annonce que la Porte a refusé de xeoonnattre la convention signée par le commodore Napier.

Syra, le 11 décembre 1840.

Monsieur le Ministre,

Votre Excellence sait sans doute, qu'à peine de retour de mon voyage en Perse, j'ai été chargé par son prédécesseur d^une mission auprès de Méhémet-AIi et d'Ibrahim Pacha. Je ne suis arrivé que le 22 novembre à Alexandrie où j'ai appris la chute d'Acre. Néanmoins, et quoique les communications fiissent interrompues, j'aurais cherché à pénétrer en Syrie, si deux jours après le Vice-roi n'avait signé avec le commodore Napier une convention pour l'évacuation de cette province. Je n'avais dès lors plus rien à faire en Syrie. J^espérais recevoir de nouvelles instructions, ou du moins un ordre de rappel de votre Ministère, à la disposition duquel je me trouve depuis quinze mois. Les deux derniers paquebots ne m'ont rien apporté, je ne suis pas même nommé dans les dépêches adressées à M. le Consul général. Si j'avais cru pouvoir êtie utile à Alexandrie, j'aurais attendu encore. M. Cochelet m^engageait lui-même à attendre l'arrivée d'Ibrahim Pacha, qui me connaît depuis longtems et qui a beaucoup de bienveillance pour moi, mais ma position était si fausse que je n*ai pas osé prendre sur moi de retarder ainsi indéfiniment mon départ. Je me suis embarqué le 7 au soir sur le paquebot qui se rend à Malte. Le même jour im bateau à vapeur anglais a ramené de Syrie l'officier que le Vice-roi avait envoyé porter à son fils l'ordre d'évacuation. L'amirdl Stopford a paru mécontent d'abord de ce qu'avait fait le commodore

Napier et raccusait d'avoir outrepassé ses pouvoirs. H a ensuite ajouté que le résultat était bon et conforme à la volonté de son Gouvernement. L'Amiral avait jugé inutile le voyage de Pofficier égyptien à Damas, puisque depuis plusieurs jours, Ibrahim Pacha, à la tête d'une quarantaine de mille hommes, avait quitté cette ville pour rentrer en Egypte. Au moment de mon embarquement, j'ai appris que le Vice-roi venait de recevoir par terre la nouvelle qu'Ibrahim Pacha était près de Gaza. M. Cochelet doit adresser à Votre Excellence de plus amples détails par le Ph^MoUj bateau à vapeur de l'Ëtat, qui a dik quitter hier Alexandrie.

Je ferai ma quarantaine à Malte et j'espère être à Paris du 20 au 25 janvier. Je m'empresserai d'aller prendre les ordres de Votre Excellence.

J'ai l'honneur d'être, etc.

M. de Beaufort d'Hautpoul.

P. S. — Le paquebot de Constantinople nous apprend que la Porte a refusé de reconnaître la convention signée par le commodore Napier.

Corretpondaiioe potitique. Egypte, XI, fo« 268-269.

52. ~ M. Vâttier de Bourville à Soq EseeUence Mcosieur le ministre et Secrétaire d*ltat au Département des Affaires Etrangères, à Paris.

Sommadœ: Traiiimissioii du rapport du baron de Veîmars, — Mauvaiji« volonté gé* néraleenvcrt le gouvernement de Moïiamed-Aly^ même de la part des Etiropéens qui sont à fton service. — Agitation dans la garde nalionale. — La police redouble dVctîvité* — Rien h craindre cependant tant qn*il u*y aura point d^attaque extérieure. — Ou anjxoncc la procbiaine arrivée d'Ibrabim-Facba. — Mesures priseis en conséquence.

Caire, le IS décembre 1840,

MoNSiÊUK LE Ministre,

J'ai riioimeiir d'informer Votre Excellence de l'heureux retour au Caire de M. le baron de Veimars. Je joins ici un pli de oe consul général qui doit donner à Votre Excellence^ sur l'inBurreetion de Gaza et d'ËlaiicIi, des renseignements pris 8ur les lieux et qu'il serait superflu de répéter* La hardiesse des Arabes s'est montrée menaçante. Il y a eu des personnes dépouillées aussi sur la route de Suez naguères si sûre. J'ai entendu parler, vaguement il est vrai, d'émissaires anglo-turcs; c€ sont de ces choses qu'il est impossible de vérifier.

Mais un fait frappant qui s'est manifesté après les événe* ments de la Syrie, c'est une malveillance presque générale contre le gouvernement ég^^^tien et son Chef. J'ai éprouvé un ^^ regret à rencontrer ce sentiment chez des employés européens, et à devoir en manifester mon étonnement à des Français. Les exercices de la garde nationale sont ralentis. Un de ses ^ficiers supérieurs a été arrêté et mis dans un cachot de fiii^eete augure pour avoir tenu d'imprudents propos. Ou m*a désigné un autre officier que Ton surveille. Je n'ai jamais pen-

•se (jue l'on pût compter sur cette milice, et j'ai même eu l'oceasion de faire entendre à l'autorité qu'il convenait d'ouvrir les yeux sur ses chefs.

Je sais que la police redouble d'activité; ses agens déguisés parcourent toute la ville. Je suis persuadé cependant <jue rien n'est à craindre autant qu'il n'y aura point d'attaque extérieure. La moindre démonstration de l'étranger pourrait avoir les suites les plus déplorables, à moins que Ton pui««e compter sur la fidélité des troupes qui rentrent de l'Hedjaz.

On annonce la prochaine arrivée d'Ibrahim Pacha, le généralissime. Des dispositions sont prises pour sa réception, et déjà le Chef des eunuques du harem de la fille aînée de S. A, a été envoyé à sa rencontre. Aujourd'hui on le dit à El-Arich. Les troupes qui sont avec lui s'élèvent, dit-on, à 12.000 hommes. Des ordres circulaires ont été donnés, par le ministère de la guerre, aux différentes administrations, au sujet des préparatifs que nécessite la rentrée, en Egypte, de toute l'armée.

Je suis avec respect. Monsieur le Ministre, etc.

Vattier de BotmvnxE.

Correspondance poUtiqtie, Ëgypie, XI, f«" 270-271.

53, — M. Cochelet à Son Excellence Monsieur Ooizot minisbfe secrëtalFe â*£tat des Maires Etrangères*

SoMMAlBEî A propos des nÛMÎonft envoyées en Abyaeînie. — Sur la mitsioo de M. Gombea. — Convention ponr la formation d^une Compagnie ftançaiie d^Abynînie pour un établissement sor un terrain près de Vue de Cardonaka que Cocbcltt n*a pas pu découvrir sur ses cartes, — La mission de M. Hochet en Abyumîe. -^ Set bonnes relatloos avec le Roi d'Ëtbiopie Sabla Banghacl* — Mais il ptsél qu^il ii*y a pas de Roi d'Ëtbiopîe de ce nom.

Alexandrie, le 14 décembre 1840,

J'ai en plusieurs fois roccasion, et notamment par mes dépêches des 8 novembre et 22 décembre 1839 de faire connaître à votre département mon opinion but les missions qui ont été données en Abyssinie et le cboix des personnes appellées à les

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