‹ L'Égypte et l'Europe; la crise de 1839-1841;Chapitre 61 sur 189 · LES POPULATIONS ARABES · texte numérisé non relu

LES POPULATIONS ARABES

à lui dire. Afin d^apprendre quelque chose de nouveau, je me suis rendu, hier goir, au Sérail, où Je n'avais pas été depuis neuf jours, Méhémet Ali me reçut parfaitement bien. Il me demanda, avec un peu d^emharras, si vous m'aviez écrit. Il avait probablement calcidé que je devais recevoir une réponse à sa letl^re au Roi qui était jointe à ma dépêche du 11 novembre dernier. Je lui dis que je n'avais rien reçu, et que cela ne devait pas lui paraître extraordinaire, parce que les arrangemens précipités, dont vous aviez eu presqu'en même tems connaissance par le paquebot anglais VOriental^ avaient rendu inutile toute espèce de conununication de votre part. Il me demanda ensuite quelques nouveDes de Constantinople. Je lui dis que je n^avais rien reçu d'officiel de M. F Ambassadeur du Roi, mais que je savais cependant que la convention faite par le Commodore Napier avait plutôt irrité que disposé les esprits a lui être favorables. U paraît effectivement que Reschid Pacha, excité par lord Ponsonby et peut-être aussi poussé par la Russie s'était exprimé sur cette convention dans des termes qui laissaient peu d'espoir d'en finir par ce moyen. On disait hautement que le commodore Napier s'était arrogé un droit qui n'appartanit qu'au Sultan; qu'en allant au-devant des désirs de Méhémet Ah, il lui avait donné les moyens de faire revenir ses troupes de la Syrie et de sauver son fils, en enlevant piix Turcs l'occasion de réduire Méhémet- AH à se rendre à discrétion en demandant seulement la vie sauve. Reschid Pacha avait dit que tout n'était pas perdu et que SéUm Pacha ou le général Joclotiuss ne laisseraient certainement pas Ibrahim Pacha opérer tranquillement sa retraite. H est probable que ces généraux ont reçu des instructions dans ce sens car jusqu'à présent on n'a eu aucune nouvelle d^Ibrahim Pacha, ce qui peut faire supposer qu'on a cherché à soulever les habit ans et à lui couper toutes les communicationg. Il est possible, cependant, que les derniers arrangemens dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte le 11 de ce mois et qui doivent être connus aujourd'hui à Constantinople, mettent fin à

l'ÙTÎtation de la Porte et au mauvais vouloir des Puissances Alliées, car tout a été conclu d'après le désir de celles-ci et on doit supposer «ju'elles tiendront leurs promesses.

Il serait fort à regretter qu'il n'en fût pas ainsi, car on pourrait craindre que Méhémet Ali, arrivé comme je vous l'éoivais dernièrement, au dernier degré de Thumiliation, ne voulût tenter, dans le cas où on le pousserait à bout, quelqne moyen de résistance doit il serait infailliblement la victime. Dans ce moment^ on travaille à soulever coure lui toutes les populations arabes, et il est malheureusement démontré qu'elles seront disposées à Fabandonner.

Quoique bien décidé à ne plus prendre sur moi la responsabilité d'aucun conseil, je n'ai pas cru pouvoir me dispenser de dire à Mehémet AU que je l'engageais à prendre de lui-même, avant d'y être forcé par la Porte, quelques mesures qiii satisferaient les populations, et je lui ai indiqué le licenciement des gardes nationales qu'on pousse à bout en les fesant travailler, sans distinction d'âge et de rang, dans les magasins du gouvernement, à charger et décharger les grains, comme une de celles, qui feraient, dans ce moment, le meilleur eflfet, en même temps qu'elle ôterait les armes des mains d'individus qui paraissent prêts à s'en servir contre lui, dans l'occasion. Mais j'ai reconnu, dans cette ciconstance, comme dans tant d'au* très, où il s'est refusé à suivre mes avis, qu'il n'y avait neo à obtenir de ce vieillard tenace et opiniâtre, par la persuasion, et que c'était la force seule qui poiirrait Pamener à des concessions. Il semble que la fataUté et la force soient les seuls argumens des Turcs. Malheureusement, Tune poursuit Méhémet Ali, et l'autre lui échappe.

Je suis avec respect. Monsieur le Ministre, etc.

COGHELET.

p. S- — Je continue à vous envoyer ci-joint, une copie de la correspondance de Constantinople, 4|ui ni'est commumqué à ranivée de chaque pacpiebot.

CorrespODdftiice politique. Egypte, XI, f« 274-275.

55. — Copie de la conespondanœ pârticuIièFe Comtantinople en date du 18 décembre 1840.

Sommaire: Protestation ofËcielIe de lord Ponêdoby à la Porte contre la convention Na* pier, qai considère Mohamed-Âly comme une Puissance tandis que le traité de Londres du 15 juillet ne voit en lui qn*un vassal rebellei — Il n'avait qu'à faire sa sonnunÎBsion, et c*était à Sa Hantesse de lui accorder le pardon. — Il faut, contisne lord Ponsonby» donner à Faitural Stopford Tordre de s^mparer d'Alexandrie* — Mohamed Ali sera enlevé par ton entourage et livré à reseadre anglaiie, ^^ n ne fant pas lui laisser TË^pte, même viagèrement. — Mais, d^autre part, on annonce la sounùssion du Vice-roi; et les ambassadeurs des quatre Cours sont en trûn d*en délibérer. — On commence à parler des conditions qui lui seront im-

I posées.

Le 8 du courant, lord Ponsonby a envoyé son premier Drogman chez Réchid Pacta; il était porteur d'une protestation, I rédigée par le Ministre anglais, contre le traité de Napier. Cette pièce a été présentée au Ministre turc avec intimation de la faire copier de suite, de la signer et de la communiquer aux ^atre ambassadeurs Alliés, ainsi qu'à M. de Pontois. Le le public en a ressenti une grande peine; il a été indigné de Cette démarche hostile de la Porte et surtout du changement «le poUtique de Rechîd Pacha à Finstigation de lord Ponsonby* Une circonstance digne de remarque, c'est que la personne <pii a apporté à Réchid Pacha la première nouvelle de la conciiision de la paix, a reçu de ce ministre deux miUe piastres A^étfennes, Il est impossible de vous exprimer la fureur et \* emportement de lord Ponsonby lorsqu'il eut connaissance de la paix; £1 était impatient de se rendre à la Porte; il 8*y est présenté dans la journée du 9 et U a dit à Rechid Pacha: a Hier

18 DÉCEMBRE IBiO

je VOUS ai envoyé par mon interprète. M. Pisani, un modèle de protestation contre le traité conclu par le Commodore Napier; ce trait é, je Pai considéré comme non avenu, car U n'avait pas Pautorisation de le conclure, d'autant plus qu'il considère Méhémet Ali, comme une puissance, tandis que le traité du 15 juillet le traite comme un vassal rebelle; par conséquent il aurait dû faire sa soummission au Sultan, et c^était à Sa Hautesse à lui accorder le pardon. L'honneur de votre pays exige que la note que vous avez présentée hier ait son entière exécution. Expédiez des ordres à Tamiral Stopford, moi-même je les lui confirmerai, pour qu'il attaque sans retard, et qu^il s'empare d'Alexandrie. Je vous ai communiqué toute la correspondance que j'entretiens avec des personnes qui se trouvent auprès de Méhémet AJi; elles sont disposées à l'enlever et à le remettre à rescadre anglaise qui fera feu sur Alexandrie; ne lui accordez pas même l'Egypte \iagèrement. Notre escadre, ses équipages et nos troupes sont a votre disposition; profitez de cette occasion ».

Vous voyez par cet entretien qu'on ne peut plus espérer ai3cun accommodement; les préparatifs militaires continuent; de nouvelles troupes vont être expédiées* Des ordres sont partis pour la Syrie, afin d'embarquer des troupes pour opérer un débarquement à Alexandrie en même temps qu'on l'attaquera avec les vaisseaux.

D'après les avis arrivés hier de Marmarizza par deux bateaux à vapeur de guerre anglais, où se trouvent les escadres alliées, il paraît que le Vice-roi a fait sa soummission au Sul* tan sans conditions^ Les quatre ambassadeurs se sont réunis ce matin, et, dans ce moment, ils sont encore assemblés. Quel u'un bien informé vient de me dire que Ton a rédigé les conditionB à imposer au Vice-roi; c'est lord Ponsonby qui les a dictées et on va les remettre à la Porte^ pour qu'elle les communique au Pacha; il s'agit de l'évacuation entière de la Syrie, de la restitution de la flotte turque et de la flotte égj^ tienne; il lui sera défendu de construire des vaisseaux de guerre;

il sera reconnu Paclia héréditaire de l'Egypte, mais Pacha pu- Tement civil, c'est-à-dire que les troupes devroot être commandées par un Pacha de la Porte. Je me sais si le Pacha acceptera ces conditions; au reste lord Ponsouhy compte beaucoup sur un refus.

Correspond aoce politique. Egypte, XI, fo 276-277.

IL Cochelei à Son Escellence Monsieur Gukot ministre des iUtaires Étrangères

Somvairk: Dépêches des consnls de France en divers postes du Levant. — Tarsousi départ des troupes égyptiennes, leurs chefs avec la rage au eeeur; les routes de la province d'Adaoa déjà infestées de brigands. — L'ordre et la tranquillité jusqu'ici à peu près maintenus, — Ahpi évacuation de la ville par le» Égyptiens; entrée du Gouverneur turc le 19 novembre. — Le Consul de France n'a pas cessé d*être entouré des plus grands égards. — DamaiV concentration à Damas ûeA troupes d*Ihrahim«Facha, environ 70.000 honuiLes, dont 30,000 réguliers, suivis d*environ 12.000 femmes et 15.000 enfants, soit près de 100,000 âmes. — Hépreision énergique d'une rébellion au village de Sbs»b. — Au B décemJbre Ibrahim n'avait pas encore commencé son naouvement de retraite vers l'Egypte: il attendait des îns* tznctionj de son père, — Bêyrùuir Mouvements de troupes destinées à agir contre Ibrahim; elles s*y montrent mal disposées. — Grande misère dans la montagne du Tiban; routes infestées de voleurs et d 'assassins; apathie de l'administration turques. ^-- Réaction déjà contre les nouvelles autorités. — Autres nouvelles: A Jérusalem, les anciennes avanies ont recommencé contre les Chrétiens* — Les Arméniens, qui sont riches, vont trouver moyen de reprendre la Chapelle de l'Ascension. — Les religieux catholiques n'ont plus de recourt que dans la protectitin de la France. -^ Détails sur les circonstances de la prise de Saint- Je an d'Acre. — « L'avenir fera voir si cette victoire a été utile à la Porte et au bien-être de la Syrie j>.

Alexandrie, le 22 décembre 1840.

MoNsiEUB LE Ministre,

n navire de commerce grec, venant de la Syrie, «jui est lentré hier dans ce port, m'a apporté pour votre Département des dépêches des Consuls du Roi à Tarsoug, Alep, Damas et Seyrout. £Ues vous feront connaître exactement l'état des choses dans ces diverses localités. Toutes les commimications

par terre et par mer étant interrompues depuis longtemps, nous étions privés de nonveDes positives, et nous étions obligés de nous en rapporter à celles qu*on fesait circuler. Voici maintenant la vérité telle qu VUe ressort de la correspondance des Consuls et des lettres particulières qui me sont parvenues.

Tarsaus. — C'est le 19 octobre que la vOle a été évacuée par les troupes et les autorités égyptiennes. Le gouverneur m* litaire, Veli-Bey, fit, le lendemain, sa jonction avec AJimet- Pacha- Menicli, commandant en chef les troupes de la province, qui avait quitté Adana. Le général Aàmet-Bey, qui commandait les fortifications de Kulek-Bogaz, élevées à si grands ^rais et avec tant d'éflForts, les avait abandonnées, après avoir ^ait enclouer les canons. Tous ces généraux s'étaient retirés, la rage dans le cœur» en voyant qu'il n'avait aucun ennemi devant eux.

Les routes de la province d'Adana étaient infestées de bri* gands. Les Turcomans avaient voulu tenter un coup de main sur Tarsous, mais le Muft et le Cadi, qui y étaient restés, avaient organisé un Gouvernement provisoire. Une garde civique composée des notables, avait été formée, et Tordre n'avait pas été troublé.

Le Consulat de France avait servi de refuge à un grand nombre d^îndividus qui craignaient une réaction, et le Consul du Moi avait montré une intelligence de sa position, une prudence et une fermeté qui ont puissamment contribué à assurer le maintien de l'ordre et de la tranquillité.

Alep. — Ahmet Pacha Ménicli, après avoir conduit ses troupes à Hama, avait reçu l'ordre d'aller à Alep, oii il était arrivé le 9 novembre au soir. Le 10, il avait fait évacuer la ville. Les divisions de Marasch et d'Orfa dont la retraite n'avait été signalée par aucun accident ni aucun excès, s'étaient dirigées en trois corps sur Damas. Le fils d'Ibrahim Pacha était parti dans la nuit de 13 au 14, L'armée égyptienne avait entièrement évacué Alep le 15, au matin. Immédiatement après sa sortie, on avait lu au Mahkeiné, ou tribunal de justice.

A DAMAS ET BFAROUT.

Wd ordre du Pacha coiaiiiandant les forcaB ottomaneB, qui rétablissait rautorité du Sultan dans la villa d^Alep et y uom^ mait gouverneur Yousset-Bey-Chereief. Ce personnage avait fait son entrée à Alep, le 19 novembre, avec 300 cavaliers. La satisfaction des babitans avait été très grande. Les Turcs surtout s'étaient félicités hautement d'être délivrés du Gouvernenaent égjrptien.

Le Consul du Roi, qui avait toujours eu peu de sympathie pour lui, a partagé la joie commune. Ses relations avec la famille du nouveau Gouverneur, dont il avait fait délivrer un des principaux membres, Osman^éfendi-Cbereief, au moment du départ de Farmée égyptienne, lui assuraient de la part de la nouvelle autorité turque les plus ^ands égards et une pro« tection efficace*

Dumas, ~ Ibrahim Pacba avait quitté la position de ZaMé» où il s'était rendu le 28 octobre pour prendre rofiFensive et combattre le nouveau Prince du Liban; et à la tête des 15 mille hommes qu'il y avait rassemblés il avait fait son entrée à Damas le 22 novembre. Les troupes qui avaient évacué les provinces d'Adana, Marach, Orfa et Alep, l'avaient rejoint le 1^ décembre. On évaluait, à cette époque, la force de son armée à 70 miUe hommes, dont 30 mille seulement de troupes régulières. Cette armée était suivie d'environ 12 mille femmes et 15 mille enfans< C'est donc près de 100 mille âmes qui s'étaient concentrées à Damas^ et étaient venues augmenter sa population déjà si considérable*

Dans la nuit du 26 au 27 novembre, le Général en chef avait été prévenu qu'un nommé Ahmet Aga^el Yussef, ancien agent d'affaires de l'Emir Béchir, ainsi que l'EImir Ahmed Kartouch, Chef des MutuaHs, étaient venus à la tête de 3 à 4 mille paysans, pour soulever le Hauran. Ibrahim-Pacha monta aussitôt à cheval, se rendit au camp situé au viUage de Nezaï à une lieu de Damas, prit avec lui 5000 cavaliers irréguliers et un escadron de cavalerie régulière, atteignit les insurgés au village de Sassa, fondit sur eux et les taïUa en pièces. Les prison-

22 DÉCEMBRE iUB,

niere fiireiit massacrés. Cet engagement, sans une très grande importance, avait cependant un peu relevé le moral de Tarmée égyptienne.

Jusqu'à la date du 8 décembre, époque des dernières nouvelles reçues de M. le Consul du Roi à Damas, Ibraliim*Paeha n^avait pas encore commencé son mouvement de retraite vers rËgypte, soit parce que la saison trop avancée, un froid très vif, les pluies et les neiges l'empêcliaient de le conMnencer avec une armée si considérable, privée de vêtements d'hiver et D*étant pas suffisamment approvisionnée de vivres, soit parc€ qu'il n'avait pas encore reçu les ordres positifs de son père, que l'Amiral Stopford avait fait la faute de ne pas lui envoyer, probablement dans la crainte qu^on n'interprétât sa démarche comme une sanction donnée en quelque sorte à la convention Napier.

Le Consul du Roi, qui était déjà préparé à l'ordre de la retraite de l'armée égyptienne, avait, avec l'activité et l'énergie qui le caractérisent, concerté quelques dispositions pom éviter les malheurs qu'elle pourrait entraîner dans une ville fanatique, kostUe surtout aux Chrétiens, Il s'était entendu avec les principaux Agas de Damas, qui étaient même venus le consulter, pour qu'un Gouvernement provisoire fût organisé la veille du départ des troupes égyptiennes, en attendant ^a^ rivée de celles ottomanes. De son côté Ibrahim Pacha lui avait donné l'assurance qu'il n'y aurait aucun excès commis par son armée, si les habitans se tenaient dans la ligne de conduite qu'ils avaient observée jusqu'alors.

BeyrouZ. — Le 27 novembre, quelques troupes ottomanes étaient parties de cette viUe, moins pour combattre l'armée égyptienne que pour la remplacer dans les Heux qu'eDe avait cessé d'occuper. Le fameux Chef druse, Chobli Arian» dont la défection avait entraîné la soumission du Hauran et qui avait donné à Ibrahim Pacha des preuves de son dévoue* ment, avait déserté le camp égyptien et était arrivé le 26 novembre à Be\Toiit,

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